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La Roumanie à « à Hue et à dia »


La Roumanie n'a pas échappé à une austérité sévère avec l'insatisfaction sociale qui lui est liée. Le pays doit lutter contre la corruption, stabiliser ses institutions, intégrer ses minorités dont les Roms et mieux prendre en compte la société civile et les syndicats.

1. Présentation du pays

Un peu d’histoire. Divisée au Moyen Âge en principautés, unifiée en 1859, la Roumanie ne devient indépendante qu’en 1877. En 1918, avec la victoire des alliés, le territoire de la Roumanie s’agrandit : le pays s’unit à la Transylvanie, à la Bessarabie et à la Bucovine. Cette union est entérinée en 1920 par le Traité du Trianon (pour la Transylvanie, de Crisana et du Banat et du Maramures) et par le Traité de Versailles (pour la Bucovine et la Bessarabie).

A l’issue de la seconde guerre mondiale le pays est placé sous la sphère d’influence de l’URSS.

En décembre 1989 le peuple se soulève et le 22 décembre 1989 contraint le dictateur CEAUSESCU à renoncer au pouvoir : il est d’ailleurs -à l’issue d’un procès très court- fusillé le 25 décembre 1989.

Un peu de géographie. La Roumanie est située dans le centre-est du continent européen ; au nord-est des Balkans, le pays occupe la plus grande partie du bassin inférieur du Danube.

Le pays s’étale sur les deux versants des Carpates et possède une façade maritime sur la Mer Noire. Il a une superficie de 237.500 Km2.

Les pays voisins sont au nord-ouest la Hongrie, au nord-est la République de Moldavie, au Nord et à l’Est l’Ukraine, au Sud la Bulgarie, au Sud-Ouest la Serbie

Diverses données générales sur le pays

- Population : 21,7 millions (environ 4,36% de la population européenne) : la population se compose à 89,5% de roumains ; 6,6% de hongrois ; 2,5% de Roms ; 0,3% d’Allemands ; 0,3% d’Ukrainiens et 0,8% d’autres minorités (source : centre Inffo).

La France accueille près de 5000 étudiants roumains (première destination des jeunes roumains) et de son côté la Roumanie accueille plus de 1.000 étudiants français.

- L’espérance de vie est de 69,6 pour les hommes et 77,1 pour les femmes.

- Capitale : Bucarest. Principales autres villes : Iasi, Cluy, Brasov, Constanta.
- La religion dominante est la religion orthodoxe à 87%.
- La monnaie est le LEU.
- La Roumanie est membre de l’OTAN (2004) de l’Union Européenne (2007). - La question de l’intégration dans l’espace SCHENGEN est posée (comme pour la Bulgarie).
- La Roumanie est très active dans le cadre de la francophonie (elle a d’ailleurs organisée le 10ème sommet en septembre 2006).

Une situation politique compliquée. La Roumanie est une République avec un Président élu pour 5 ans et un Parlement bicaméral élu pour 4 ans.

Ces dernières années l’instabilité semble avoir prévalu avec une adversité marquée entre le Président de la République : M. Trian BASESCU (du « parti démocrate libéral » réélu le 6 décembre 2009) et Victor PONTA qui a remporté les élections législatives le 9 décembre 2012 au nom de « l’Union sociale libérale » formée par le parti social -démocrate -PSD- et le parti national libéral -PLD. Victor PONTA a donc été reconduit comme Premier Ministre.

Pour autant que l’on puisse en juger (de loin) les relations semblent désormais apaisées entre le Président de la République (qui n’a pu être destitué lors d’un référendum organisé le 29 juillet 2012 car celui-ci a recueilli une participation insuffisante de 46% des inscrits) et Victor PONTA qui a remporté les élections législatives.

Mais, le problème de fond en Roumanie est celui de la corruption qui entraîne une appréciation défavorable de la population à l’égard du monde politique.

2. Une situation économique instable

Dans une situation économique délicate le pays a dû faire appel à une aide extérieure du FMI, de la Commission Européenne et de la Banque Mondiale.
Celle-ci se présente ainsi :
- 2009 : 20 milliards € sur deux ans (assortis bien sûr d’un « programme d’ajustement ») ;
- 2011 : 5 milliards au titre d’un « programme de précaution » : somme mise à disposition mais, qui ne sera utilisée qu’en cas d’urgence

Sources : Ministère des Affaires Etrangères et Commission Européenne

Indicateurs macroéconomiques 2011

Croissance +2,5%
 [1]
Inflation 3,2%
Chômage (au sens du BIT) 7,7%
Déficit budgétaire 4,35%
Dette publique 34,5%

La croissance des années d’avant crise a été alimentée par diverses bulles (prix- crédits) et par un afflux important de capitaux étrangers.

Une enveloppe dédiée -dans le cadre du budget de l’UE- a permis d’attribuer à la Roumanie près de 20 milliards de fonds structurels pour la période 2007/2013. L’attribution de ces fonds est soumise à un « mécanisme de coopération et de vérification » pour les domaines de la réforme judiciaire et de la lutte contre la corruption : ce qui en dit long sur l’ampleur du problème dans ce pays.

Pour autant les écarts de niveau de vie restent très importants : en 2010 le PIB par habitant en Roumanie est de 5.800 € alors que pour l’UE il est de 24.400€.

3 : Toujours les mêmes contraintes sociales

La recommandation du Conseil Européen (de juillet 2011) concernant : « le programme national de réforme de la Roumanie pour 2011 » indique clairement les intentions : « le programme d’ajustement UE-FMI ayant été mis en œuvre avec succès et afin de consolider les résultats positifs, un programme proposé par l’UE et le FMI à titre de précaution a été négocié avec les autorités pour 2011-2013. Le nouveau programme … met davantage l’accent sur les réformes structurelles des marchés des produits (dans les secteurs de l’énergie et des transports) et du travail, nécessaires pour libérer le potentiel de croissance … ».

De fait les mesures concrètes prises sont assez radicales :
- suppression de 100.000 postes dans la fonction publique ;
- baisse de 25% du salaire des fonctionnaires ;
- baisse de 15% des allocations de chômage, de maternité et d’handicapés ;
- suppression du 13ème mois de salaire ;
- relèvement de l’âge de la retraite à 65 ans pour les hommes d’ici 2015 et 2030 pour les femmes ;
- privatisation de plus de 150 hôpitaux ;
- augmentation de 5% de la TVA de 19 à 24%).

Ces informations mériteraient d’être vérifiées et consolidées : en effet parfois on en trouve la trace dans des documents officiels et parfois pour d’autres à partir de sources diverses sur Internet.

Bref la Roumanie n’a pas échappé à une austérité sévère avec l’insatisfaction sociale qui lui est liée. Le pays souhaite s’intégrer encore plus dans l’Europe (notamment l’espace SCHENGEN) mais il a encore beaucoup à faire sur le plan de la lutte contre la corruption, la stabilité de ses institutions, l’intégration de ses différentes populations dont les Roms et une meilleure prise en compte dans son fonctionnement de la « société civile » et des syndicats.

Jean-Pierre Moussy