Actu revendicative


La démocratie : une idée neuve !


Refonder et approfondir la démocratie dans toutes ses dimensions. Les Semaines sociales de France ont consacré leur édition 2011 à cette question centrale pour la citoyenneté et l'égalité en France et dans le monde.

« En cette année où s’affichent les signes d’un rejet de la démocratie représentative, nous avons été pris de court par les manifestants de la place Tahrir. Ne se réclament-ils pas du souffle de liberté et de justice au cœur des institutions ? » indique d’emblée Jérôme Vignon, président des Semaines sociales de France. Et Asma Nouira, juriste chargée de la réforme politique tunisienne, d’expliquer la dynamique des réseaux sociaux, la soif de liberté d’expression chez la jeunesse laïque ou religieuse : « Dans notre démocratie naissante, nous voulons donner une place à tous, y compris aux islamistes, avec des pouvoirs et des contre-pouvoirs. »

Démocratie d’opinion ou démocratie représentative

Pour Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit : « la démocratie émerge dans des moments historiques dans chaque pays. La démocratie d’opinion prend le pas sur la démocratie représentative quand il n’y a pas assez de syndicats et de partis politiques forts et un mouvement qui part du bas ». Robert Rochefort, sociologue et député européen, trouve les représentants politiques trop enfermés ou piégés dans l’expertise et la technicité. Du coup on est passé à « un consumérisme de la démocratie. Chaque individu attend une réponse pour soi, alors qu’il faut retravailler l’articulation entre intérêts individuels et intérêts collectifs ».

D’autres obstacles font le lit du populisme : l’absence de culture du débat, la faible reconnaissance des espaces et de corps intermédiaires, soulignées par les partenaires sociaux présents, le manque d’ouverture de la participation à tous les individus quelle que soit leur situation sociale, « y compris les plus pauvres en partant de leurs savoirs et leurs valeurs » s’indigne Véronique Davienne d’ATD Quart Monde.

Localiser les problèmes globaux

Dialogue social et dialogue civil participent au renouveau démocratique. Geneviève Roy de la CGPME insiste sur l’écoute entre acteurs et la nécessaire représentativité syndicale et patronale. Marisol Touraine du Parti socialiste, soutient l’arrivée d’une « République contractuelle ». Loïc Blondiaux, sociologue, propose de réhabiliter la démocratie réelle et informelle à tous les niveaux de la société en s’appuyant sur la capacité des citoyens à se mobiliser sur des objectifs locaux.

Les responsables politiques victimes de l’urgence

Quant à la crise internationale qui est aussi celle de la légitimité démocratique, elle fait passer au second plan la réduction des inégalités en Europe précise Sylvie Goulard, députée européenne du Modem. Les responsables politiques sont victimes de l’urgence, alors qu’il faut aussi « se donner du temps pour aboutir à une prospective crédible et sortir de la spirale de la défiance » souligne Michel Camdessus, ancien directeur du FMI.

Localiser les problèmes globaux et non globaliser les problèmes locaux

Autres idées fortes, celles de Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : « Pour combler le déficit démocratique, on doit articuler le local et le global, localiser les problèmes globaux et non globaliser les problèmes locaux (…) ». Et enfin : « l’ouverture des échanges internationaux doit conduire à la réduction de la pauvreté dans le monde ».

De quoi alimenter des débats de qualité sur la période actuelle.

Jacques Rastoul

Les Semaines sociales de France

Les Semaines sociales de France sont nées en 1904, afin de faire connaître la pensée sociale de l’Église, de l’appliquer et de l’adapter aux problèmes de notre temps. Elles réunissent chaque année des milliers de participants sur une grande question de société. www.ssf-fr.org