Actu revendicative


La houille voit son avenir en blanc


Comme le gaz issu du charbon, l'électricité n'est pas une énergie primaire mais un vecteur d'énergie. C'est-à-dire un produit fabriqué à partir d'autres énergies avec des pertes. Une fois obtenue, l'électricité se transporte par des fils de cuivre et elle est d'un usage facile grâce à l'invention du « bouton ». On la fabrique d'abord avec des chutes d'eau : c'est la houille blanche.

Pour produire de l’électricité « en quantité » il faut disposer d’un « arbre » qui tourne. Au début (voir Du stock de charbon au flux du gaz ), l’atmosphère est mise à contribution : Phébus le soleil évapore de l’eau des mers et des océans (la rendant douce à l’occasion) et, grâce à notre fameuse petite pellicule de gaz, la transporte dans des nuages (qui font le charme des peintures romantiques anglaises).

Ceux-ci finissent par répandre leur contenu (au grand désespoir, en général, des touristes : personnes qui seraient mieux chez elles dans un lieu qui serait mieux sans elles). Ce contenu prend des formes diverses : crachin, grêlons, neige… L’eau, respectueuse du principe du camarade Newton coule du haut vers le bas et rend une partie de l’énergie solaire absorbée.

Ainsi va-t-on réaliser des « centrales » de production électrique dans les zones de montagne, au début. Et la distribuer par une toile, pardon, un réseau apportant éclairage (en concurrence au gaz manufacturé) et énergie mécanique décentralisée grâce au moteur électrique. Moteur beaucoup plus facile d’emploi que la grosse Mather à vapeur (voir La révolution à vapeur) : des fils, un interrupteur, des puissances adaptées à l’usage (du moulin à café au moteur de TGV…). Certains alors écrivent que cela va permettre le travail artisanal à domicile en alternative à l’usine. Cela ne vous rappelle rien : le télétravail en alternative au bureau !

Ce nouveau vecteur va se développer, d’abord localement : nombreuses sont les petites villes (par exemple Bourganeuf en Creuse) qui revendiquent d’être les premières à avoir un éclairage électrique « moderne » des rues donc sans les allumeurs de réverbères de la concurrence…

Souple moderne et propre

Ainsi les deux premiers vecteurs de transport de l’énergie : le gaz de houille et l’électricité vont se faire une redoutable concurrence qui va vite dépasser leur zones « naturelles » de chalandise. Elles se veulent globales et poussent leurs tuyaux et leurs fils vers les villes, même si les deux font un peu peur.

Le gaz inquiète. Par l’oxyde de carbone qu’il contient, c’est un tueur discret qui endort d’abord d’où l’attirance des candidats au suicide. Heureusement il a une mauvaise odeur qui permet de le repérer. Elle est si caractéristique qu’elle est devenue culturelle : « Cela sent le gaz ». Et ce alors que le gaz naturel, méthane, qui nous alimente maintenant, ne sent rien lui mais est explosif. Aussi le « parfume-t-on » à l’odeur « de gaz » (ne vous suicidez plus au gaz, si vous ne voulez pas provoquer une explosion).

L’électricité, elle, peut être « foudroyante » et mortelle même en dehors de la chaise électrique.

Le charbon, base du gaz de houille, s’intéresse rapidement à l’électricité comme nouveau débouché. La lutte est assez inégale. La Mather, machine à vapeur capable de faire tourner un arbre, se propose d’utiliser pour produire de l’électricité ce nouveau vecteur, souple, « moderne », propre, en concurrence avec le gaz manufacturé. Ainsi deux réseaux de distribution vont se développer en milieu urbain.

NDLR : Cet article est le quatrième d’une série sur l’énergie.