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« La liberté de choisir sa vie va jusqu’à choisir sa mort »


Dans un congrès, il est des moments rares où l’attention des militants revêt une sorte de solennité. À Rennes, début juin, Annette Bon nous a permis d’en vivre un, lorsqu’elle a défendu l’amendement sur la fin de vie.

Adhérente depuis 1959, Annette a côtoyé Paul Vignaux, Jacques Julliard et Antoine Prost au Sgen-CFDT. Elle était de l’entreprise collective Reconstruction qui a permis l’évolution CFTC-CFDT, et considère que ce fut fondateur pour ses engagements.

Quand on défend un amendement à la tribune du congrès confédéral de la CFDT et qu’il obtient 94 % des voix, on doit penser qu’on a drôlement bien fait. Pourquoi la CFDT Retraités Hauts-de-Seine a-t-elle décidé que cette question avait sa place dans des orientations syndicales confédérales ?

C’est un long cheminement. Nous avions proposé un amendement analogue pour le congrès de la CFDT Retraités à Nantes en mai 2015 qui n’avait pas été retenu. Nous sommes donc revenus à la charge à l’étage supérieur, la Confédération, qui n’avait pas exprimé d’avis sur la question, faute d’en avoir débattu, au Conseil économique social et environnemental (Cese) en avril 2018. L’avis favorable du bureau national confédéral, l’absence de syndicat pour contrer notre proposition et le score obtenu traduisent un mouvement d’opinion générale.

Depuis la loi Kouchner (2002), en face du pouvoir du médecin ont été ouverts les droits du malade. Le vieillissement de la population multiplie les « occasions » de se trouver confrontés, en tant que personnes, aux maladies chroniques, dégénératives, aux situations de dépendance, à la condition d’aidants.

L’actualité sociale dans les Ehpad, les questions de maltraitance subies par les personnes âgées, la qualité des soins palliatifs ont évidemment des dimensions syndicales, mais l’amendement parle d’être « acteur de sa fin de vie ».

Mon union CFDT de retraites, comme beaucoup, a une pratique syndicale d’enquête sur les Ehpad, sur les aides à domicile, en lien avec les syndicats Santé Sociaux. Pas de ruptures d’égalité entre les citoyens. Et aujourd’hui sur la fin de vie, elles sont manifestes, non seulement en fonction de ses revenus et de sa fortune, mais aussi de l’endroit où on habite.

La mort reste trop souvent un tabou. Un nouveau droit est à affirmer. « Nous devons, pour vivre, chercher l’approbation d’autrui, la mort la meilleure est celle qui plaît. » (Sénèque, Lettres à Lucilius, LXX). Cessons notre hypocrisie devant la réalité.

Quelles sont les initiatives législatives que nous pourrions, comme le dit désormais le texte d’orientation de la CFDT, soutenir ? Comment en faire un objet revendicatif dans la CFDT Retraités ?

Après les États généraux de la bioéthique, le débat sur la loi santé en offrira l’occasion : mieux prendre en compte la diversité des parcours de fin de vie, demander l’élargissement du choix des possibles en autorisant « les derniers soins » (jusqu’à une sédation explicitement létale), expliquer et insister sur l’importance de la rédaction de directives anticipées…

Un sondage IFOP/La Croix constate qu’il n’y a que 11 % des citoyens qui disent qu’il ne faut rien changer aux lois Leonetti. Ils sont 155 députés à demander par pétition « Le droit à l’euthanasie ». La responsabilité des médecins (arrêt du traitement, prescription de sédatifs profonds) est discutée. La mort ne touche pas que les vieux ! Nous avons un rôle, celui d’informer tant les personnels de santé que nous tous, en distinguant euthanasie, suicide assisté et aide à mourir, c’est un droit nouveau qu’on exerce. Comment faire de ce droit de liberté individuelle, un droit véritablement généralisable ?

Propos recueillis par Gérard Lopez

Annette Bon au congrès CFDT de Rennes.