Actu revendicative


La maison de retraite pas toujours bien vécue


L’arrivée en maison de retraite n’est pas toujours bien vécue. Certes, la personne doit légalement être consentante. Mais la réalité est plus complexe. Les personnes entrent en établissement avec des pathologies de plus en plus lourdes, un âge d’admission plus élevé (entre 85 et 90 ans), et donc des durées de séjour plus courtes. Les moyens et les qualifications sont de moins en moins adaptés à cette nouvelle donne. La future loi sur le vieillissement et la perte d’autonomie prendra-t-elle en compte cette évolution, alors que les contraintes budgétaires ne cessent de peser sur la qualité des prestations ?

Le maintien à domicile est dominant, plébiscité par la personne et la famille, mais aussi contraint, en comparaison du coût financier, d’un placement en établissement. Conséquence, l’entrée en Ehpad est de plus en plus une solution par défaut. Elle est souvent vécue comme un traumatisme. Pourtant, si le maintien à domicile est à soutenir, il est aussi source d’isolement, d’accidents, de maltraitances plus nombreuses qu’en établissement. Les aidants, conjoints ou enfants, sont surinvestis. Leur état de santé en prend un coup. Un accompagnement continu jour et nuit par du personnel à domicile revient plus cher qu’en établissement.

Mais entre les deux, comment créer un sas ? L’idéal est une familiarisation au séjour permanent par la fréquentation progressive des diverses structures d’accueil temporaire (accueil de jour, séjours temporaires et autres). Ces structures sont en principe sources de stimulation de la personne. Elles permettent de rompre sa solitude, d’être assuré d’un accompagnement continu. La personne et ses proches sont sécurisés. Un autre type de relation, plus apaisée, peut s’instaurer avec des aidants familiaux, moins surmenés.

Démarches médicales et administratives

Quand le placement s’impose, tout se bouscule. Il faut choisir, parfois trop rapidement, un établissement le plus proche possible. Le plus onéreux ou le plus luxueux n’est pas toujours le meilleur, mais c’est celui qui souvent dispose de places libres. Les tarifs journaliers, selon les régions et le type d’établissement, varient du simple au double. De 60 à 140 € par jour en Île-de-France, ils sont moins élevés en province. Ce financement représente en moyenne 60 % du coût global. Le reste à charge pour la personne et sa famille est source de préoccupations, voire de conflits familiaux.

Les personnes du grand âge et leurs proches en général connaissent peu le fonctionnement et la législation, les droits et les prestations des Ehpad .
L’entrée en établissement donne lieu à un certain nombre de démarches médicales et administratives :
- dossier d’admission unique pour l’ensemble des établissements ;
- entretien médical avec le médecin coordonnateur de l’établissement ;
- contrat de séjour qui détermine toutes les prestations et engagements réciproques ;
- livret d’accueil, règlement de fonctionnement, charte des droits et libertés de la personne accueillie sont fournis à cette occasion.

Le Guide des droits pour l’autonomie

Sur le plan médical, le résident doit choisir un médecin traitant extérieur à l’établissement. Il est rare que le médecin traitant d’origine puisse se déplacer. L’Ehpad dispose normalement d’un médecin coordonnateur (1) à temps partiel, chargé de coordonner les soins avec le personnel soignant – infirmiers et aides soignant(e)s – et d’établir un lien avec les médecins traitants.

Les droits et libertés de la personne accueillie sont très précis et indiqués dans la charte nationale (2) de 2003. Les clauses de non-discrimination y figurent, ainsi que le droit à un accompagnement adapté, droit à l’information, y compris d’être informé sur les associations d’usagers, le respect des liens familiaux, de son autonomie, de sa dignité et de son intimité, les droits liés à sa citoyenneté ainsi qu’à la pratique religieuse.

À cette charte parfois oubliée par les résidents et les familles, s’ajoute le projet de vie personnalisé ou individualisé (PVI) co-construit avec le résident et, si besoin, son référent familial. Il indique l’identité et l’histoire du résident, ses attentes, les points d’attention, objectifs et mode de suivi pour le bien-être de la personne.

Prestations sociales et fiscalité doivent aussi être regardées de très près, sachant qu’elles sont différentes de celles prévues à domicile. Le Guide des droits CFDT « Pour l’autonomie » les précise (3) . Les Ehpad, qu’ils soient du secteur public ou privé, sont le plus souvent conventionnés avec le conseil général et l’agence régionale de santé (ARS). La convention pluriannuelle tripartite comporte des obligations et des objectifs qui déterminent les moyens en personnel et en matière de tarification et ce, dans le cadre budgétaire du conseil général (dépendance et hébergement) et des règles nationales de la sécurité sociale pour les personnels soignants.

La vieillesse : un marché ?

Les maisons de retraite médicalisées, toutes ou presque toutes, sont engagées dans une démarche qualité, avec des normes et des recommandations (4) qui doivent faire l’objet d’évaluations internes et externes. Par exemple, les chambres à deux lits encore existantes ne sont plus dans les normes. Le conseil général et l’agence régionale de santé sont habilités à effectuer des inspections et des contrôles.

Les personnels sont en nombre toujours insuffisant et bien inférieur à ce qui se pratique dans le secteur du handicap et en Europe du Nord. Ils sont tenus de respecter les obligations liées à la bientraitance. Une toilette complète pour une personne en grande dépendance nécessite au moins vingt minutes. Comment faire lorsqu’on ne dispose que de cinq minutes ? La douche ne se prendra alors qu’une fois par semaine. Mis à part les professions où le diplôme est obligatoire, les personnels sont peu reconnus, peu rémunérés et pas toujours formés, surtout chez les nombreux vacataires. Pourtant, les aptitudes exigées en matière de soutien, d’écoute et d’accompagnement sont multiples.

La bientraitance des résidents est un point central qui repose sur une implication des personnels, mais aussi des familles. Elle concerne l‘écoute et la participation des résidents, le respect de leurs droits et libertés, la qualité des relations, de l’alimentation et des soins (prévention de la dénutrition, des chutes, des escarres…), l’animation socio-culturelle, le soutien psychologique et l’existence d’actions et de formations aux accompagnements non médicamenteux. Le confort de sa chambre comme des parties communes, ainsi que l’entretien des locaux, l’hygiène et la sécurité sont aussi essentiels. Tous ces aspects relèvent de la compétence du conseil de la vie sociale.

Le bien-être et la qualité de vie en maison de retraite dépendent donc d’une mobilisation de tous les acteurs, de moyens suffisants et adaptés, par un financement reposant sur la solidarité nationale. La vieillesse n’est pas un marché !

(1) Le médecin coordonnateur, sauf en cas d’urgence ne peut pas délivrer de prescription médicale
(2) Charte des droits et libertés de la personne accueillie. www.social-sante.gouv.fr / documentation-publications
(3) CFDT Retraités : guide des droits pour l’autonomie 2013. www.cfdt-retraites.fr
(4) L’agence nationale d’évaluation médico-sociale (Anems) du ministère fixe des recommandations qui servent de normes pour les professionnels. www.anesm.sante.gouv.fr