Actu revendicative


La pauvreté se porte bien


Depuis 1995, le Secours Catholique publie son analyse de la pauvreté en France sur la base des situations rencontrées dans ses points d'accueil. En 2010 la situation des personnes en difficulté se dégrade.

En 2010, les bénévoles du Secours Catholique ont rencontré près d’un million et demi de personnes (+ 2,3 % par rapport à 2009) dont 702 000 enfants. La proportion des familles avec enfants atteint un niveau jamais égalé (+ 10 % depuis 1999). Elles représentent plus de la moitié des ménages rencontrés. La part des mères seules est également en augmentation (26,6 % du total).

Isolement et pauvreté s’aggravent mutuellement. Si les personnes âgées sont particulièrement touchées par la solitude, personne n’est épargné : 71 % des personnes rencontrées vivent sans conjoint, 61 % n’ont ni famille ni ami. Et 81 % n’ont aucune activité collective. Elles sont globalement plus éloignées de l’emploi, soit en recherche d’emploi non indemnisées, soit inactives et ce pendant une période plus longue qu’auparavant. Pourtant dans le même temps il est noté une amélioration de leur niveau de formation. Les études, mêmes supérieures, ne mettent pas à l’abri de la pauvreté.

20092010
Difficulté à lire et à écrire 13,2 % 12,1 %
Primaire 40,1 % 36,6 %
Secondaire 36,7 % 39,8 %
Supérieur 10 % 11,5 %

92 % des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté (954 euros pour une personne seule, source Insee 2009) et l’origine de leur revenu varie peu. Près de 15 % sont sans ressources, 8.5 ont un revenu du travail seulement, 24 % un salaire et des transferts sociaux. Mais la survie des autres est liée au versement des prestations sociales.

Les personnes qui s’adressent au Secours Catholique cherchent d’abord quelqu’un qui prenne le temps de les écouter, de les conseiller, de les accompagner. En effet après avoir payé les factures incompressibles ils sont nombreux à ne plus avoir de quoi se nourrir. La nette augmentation de la demande alimentaire en 2010 (+4 points) en témoigne.

Les jeunes : génération précaire

La deuxième partie du rapport décrit les caractéristiques de la population des jeunes accueillis dans les points d’accueil du Secours Catholique. 11 006 situations de jeunes entre 18 et 25 ans ont été plus finement appréciées. Selon l’Insee, en 2009, le taux de pauvreté des jeunes est de 22,5% contre 13,5% pour l’ensemble de la population métropolitaine.

Ces garçons, ces filles vivent le plus souvent dans des substituts de logement. Ils ont un niveau de formation sensiblement plus élevé que leurs aînés mais rencontrent de vraies difficultés à stabiliser leur vie professionnelle. Ils ont moins de dettes mais des découverts bancaires plus fréquents et la faiblesse de leurs ressources se traduit par de nombreuses situations de détresse : 30,5% des jeunes rencontrés sont sans ressource et 40,2% au chômage.

17 % sont dans des situations extrêmes. Ils vivent dans la rue, en squat ou chez des proches. D’autres sont en recherche d’emploi, étudiants ou en formation (21%). Ils risquent de compromettre gravement leur avenir en abandonnant leurs études pour trouver des moyens d’existence. Les jeunes mères bénéficiaires du RSA (22%) avec un ou plusieurs enfants, ne vivent que des transferts sociaux. Seul l’accès à l’emploi et/ou la formation leur permettraient d’évoluer. Pour les jeunes travailleurs (14%), les jeunes familles étrangères (9%) ou françaises (17%) le moindre accident peut, s’ils s’en sortent un moment, les faire rebasculer dans la pauvreté.

Laisser à l’abandon ou presque une partie de sa population est indigne de la France. Le Secours Catholique fait une série de propositions courageuses. Investir de manière spécifique cette catégorie de personnes est une nécessité. Et le Secours Catholique de s’interroger pour savoir si cette préoccupation sera présente lors des prochaines échéances électorales.

Guy Gouyet

Le Secours Catholique va s’engager dans la prochaine campagne de la présidentielle avec une campagne de fond.