Action internationale


La répression syndicale dans le monde se renforce


Chaque année la Confédération syndicale internationale (CSI) publie un rapport sur les violations des droits syndicaux à travers le monde. Le document de 2009 couvre 143 pays, pour un bilan dramatique.

La répression syndicale, déjà fortement ancrée et mondialisée, s’est visiblement accentuée dans le contexte de crise financière, économique et sociale.

Fondamentalement, les pays au passé le plus marqué par leurs pratiques répressives restent globalement en tête d’un triste palmarès. Et bien sûr, on retrouve en général dans le tableau de tête des pays aux régimes dictatoriaux, totalitaires ou à tout le moins autoritaires.

Cependant, certains pays considérés comme démocratiques, parce que leur régime politique est issu du suffrage universel, figurent parmi les pays à haut risque pour la pratique syndicale.

Au fil des ans, certains pays se sont forgés une solide réputation de pratiques antisyndicales généralisées comme le Belarus, la Birmanie, la Colombie, l’Iran, le Pakistan, les Philippines, le Soudan, le Swaziland ou encore le Zimbabwe.

La Colombie, record d’assassinats de militants

La situation la plus violente est celle concernant les syndicalistes assassinés dans leur mission de défense des intérêts des travailleurs.

Dans ce domaine, un pays se met largement en évidence depuis des années : la Colombie. Sur 76 syndicalistes assassinés dans le monde, 49 l’ont été en Colombie, une progression de 25% par rapport à l’année précédente.

L’Amérique latine tient d’ailleurs le rang de continent le plus meurtrier puisque l’on y retrouve aussi le Guatemala avec 9 victimes, le Venezuela (4) et le Honduras (3).

Bien entendu on relève d’autres cas sur divers continents, en Asie (Népal et Philippines), au Moyen-Orient (Irak) ainsi qu’en Afrique (Nigéria, Tunisie et Zimbabwe).

Au-delà de ces actes extrêmes, les pratiques d’arrestations, d’emprisonnements, de tortures, de licenciements, de menaces et pressions de toutes sortes sont le lot courant de nombreux syndicalistes.

Dans de nombreux pays, le syndicalisme continue d’être interdit ou son exercice strictement restreint. Ainsi la Chine persiste à refuser l’existence de syndicats indépendants.

Rapport annuel 2009 répression syndicale

Un bilan déséquilibré

Autre constat, le détournement des règles contenues dans les conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT) pourtant ratifiées par 149 des 159 États membres.

Là aussi la liste est longue et les formes de non respect des plus variées.

L’ingérence des pouvoirs politiques en place dans les activités syndicales s’avère aussi une grande préoccupation. Des situations apparues nettement en Irak, au Kirghizstan, au Koweït, en Lettonie, dans la Fédération de Russie, en Turquie et au Venezuela.

Dans un environnement aussi sombre, le rapport identifie quelques avancées. Ainsi de nouvelles législations autorisant le fait de pouvoir se syndiquer sont apparues en Australie, au Burkina Faso, au Kenya ou au Mozambique.

Mais chacun l’aura compris, le bilan d’ensemble est des plus déséquilibré et la tendance est visiblement à une répression syndicale renforcée et qui gagne du terrain.

Cette réalité doit évidemment inciter le syndicalisme international et les organisations syndicales des pays démocratiques à accroître leur solidarité notamment en apportant leur soutien aux organisations et militants en danger.

Jean-Paul Rueff

Note : Une part de la cotisation de chaque adhérent CFDT est affectée à la solidarité syndicale mondiale.

En savoir plus : consultez le rapport intégral sur le site de la CSI www.ituc-csi.org Il dresse un état des lieux par continent puis par pays.