Actu revendicative


La science économique aux bords de la crise de nerfs !


La science économique et les économistes font aujourd'hui l'objet de critiques. La crise économique en est la cause. Mais les courants de pensée et certaines impostures en sont aussi responsables.

Les définitions de la science économique peuvent varier. Mais elles ne nous disent pas que les économistes inspirent des courants de pensée. Et pourtant… Les courants libéraux mettent l’accent sur la liberté des individus, l’importance du marché, la non-intervention de l’État.

L’école « marxiste » s’intéresse à la répartition de la richesse. L’école « keynésienne » part du principe que l’économie de marché est rarement en équilibre : l’État doit alors intervenir pour rétablir les grands équilibres.

L’école de Chicago et le courant monétariste (dont Milton Friedman) s’inscrivent dans le « courant libéral dur ». Ils prônent la réduction de l’État. Ce courant a marqué les années Reagan et Thatcher. L’école de la régulation critique la conception libérale qui postule le caractère autorégulateur du marché.

Des recherches récentes ont également mis en avant « l’économie comportementale » qui vise à comprendre pourquoi les êtres humains adoptent un comportement qui peut sembler non-rationnel. « L’économie de la qualité » étudie les liens entre la qualité des produits et services et les attentes des consommateurs.

25 millions de chômeurs

Mais la crise est toujours là, avec celle des « subprimes » (prêts hypothécaires à risque) née aux USA et celle de l’endettement public et privé dans l’Union européenne. À l’évidence, la financiarisation de l’économie a montré ses limites et « l’efficience des marchés » a fonctionné comme un mythe jusqu’à une période récente.

Convenons par ailleurs qu’au plan économique et social, les multiples concertations internationales n’ont pas abouti à retrouver une situation stable. Ainsi l’évolution de la croissance du PIB (en % annuel).

Pays200720092011
USA 1,9 - 3.5 1,7
Chine 14,2 9,1
Allemagne 3,3 - 5.1 3,-
France 2,3 - 3.1 1,7
Source : Banque Mondiale

Sauf en Allemagne, le taux de chômage lui n’a fait que croître en Europe. En 2000, dans l’UE à 27, il y avait 19,5 millions de personnes au chômage (8,7% de la population active). En mai 2012 : 10,3% soit 24,868 millions.

20072010
UE à 27 7,2 % 9,6 %
Zone euro 7,6 % 10,1 %
Allemagne 8,7 % 7,1 %
France 8,4 % 9,7 %
Source : Eurostat

Rémunérations diverses

Il n’est donc pas surprenant que les économistes soient mis en cause. Ils constituent d’ailleurs une profession en expansion. Ils sont dans les institutions internationales, les entreprises, les milieux académiques, des organismes publics ou parapubliques. Ils se retrouvent dans divers cercles d’influence : « cercle des économistes », « association française d’économie politique », les « économistes atterrés », le « centre Bruegel »…

Pour autant les économistes sont-ils des « imposteurs » comme le développe Laurent Mauduit dans son livre ? (1) Les questions de conflits d’intérêt et du financement privé de certaines universités semblent pertinentes.

Mais la charge est personnalisée et sans nuance. Ce n’est donc sans doute pas par hasard que des économistes de sensibilités diverses ont, en 2010, publié le « manifeste d’économistes atterrés ». Ce n’est pas par hasard non plus que l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a adopté en 2012 un code de déontologie qui insiste sur la connaissance préalable des rémunérations diverses de ses économistes.

Sur toutes ces questions qui engagent notre avenir, l’emploi, la protection sociale, la stabilité des systèmes financiers, le financement de l’économie, il faut réintroduire du pluralisme, de la clarté, de la transparence : la démocratie et les citoyens ont tout à y gagner.

Jean-Pierre Moussy

(1) « Les imposteurs de l’économie », Ed. Gawsewitch, mars 2012

Pour aller plus loin

www.lecercledeseconomistes.asso.fr/

www.atterres.org/

www.ccbruegel.be/

www.ofce.sciences-po.fr/en/