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La sécurité alimentaire mondiale en débat à Rome


Depuis 2007, la hausse des prix alimentaires et les crises successives ont remis la question de la sécurité alimentaire et nutritionnelle sur le devant de la scène politique mondiale. La 39e session du Comité pour la sécurité alimentaire mondiale (CSA), un organisme dépendant des Nations unies, s'est tenue à Rome du 7 au 11 octobre 2013. Clara Jamart, d'Oxfam France, revient sur ses enjeux.

Quel est le rôle de la société civile au sein du CSA ?

Le CSA fonctionne de manière extrêmement originale et novatrice par rapport aux autres institutions des Nations unies. Les États ne sont pas les seules entités à participer aux débats : les organisations internationales, le secteur privé, le monde de la recherche, mais aussi la société civile sont parties prenantes des débats du CSA.

Oxfam a intégré dès 2009 le mécanisme de la Société civile du CSA, qui regroupe les ONG, mais aussi les représentants des organisations paysannes, des organisations de pêcheurs, les communautés indigènes, etc. Ce mécanisme innovant permet à la société civile de faire entendre sa voix sur les enjeux relatifs au droit à l’alimentation, et a transformé le CSA en plateforme centrale de plaidoyer pour tous ceux qui, comme Oxfam et ses alliés, luttent contre la faim dans le monde.

Quels sont les enjeux de la 39e session du CSA ?

Chaque année, deux thématiques prioritaires sont définies. Un groupe d’experts de haut niveau prépare en amont de la rencontre un rapport et des recommandations sur ces deux thématiques. En 2013, le CSA s’attache donc à débattre des enjeux liés à la promotion des agrocarburants dans le monde et à l’investissement dans les agricultures familiales(1) - deux thématiques phares pour Oxfam dans le cadre de sa campagne internationale « Cultivons » (2).

Les politiques de soutien aux agrocarburants mettent directement en péril le droit à l’alimentation des plus vulnérables, dans la mesure où elles aggravent la volatilité des prix alimentaires et constituent le principal moteur de l’accaparement des terres dans les pays du Sud. La 39e session du CSA constitue une opportunité unique pour les États de prendre enfin les mesures qui s’imposent, en éliminant les mandats et les subventions qui mettent en compétition les marchés alimentaires et énergétiques (3).

Quant aux investissements dans les systèmes d’agricultures familiales et paysannes, ils sont absolument indispensables pour assurer la sécurité alimentaire mondiale. Malheureusement, la majorité des initiatives internationales relatives à l’investissement agricole, telles que l’Initiative nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition lancée par le G8 en 2012, promeuvent un développement agricole fondé sur l’agrobusiness, qui met en péril l’environnement, la biodiversité et l’emploi dans les zones rurales du monde.

En octobre, les États ont l’opportunité de réaffirmer la nécessité d’investir dans des modèles paysans et des techniques agro-écologiques, seuls à même d’assurer le droit à l’alimentation des générations actuelles sans remettre en cause celui des générations futures.

Propos recueillis par Guy Gouyet

Clara Jamart (Photo : Oxam France)

En savoir plus

(1) Les rapports du Panel d’Experts de Haut Niveau du CSA sur ces questions sont déjà disponibles en anglais sur le site de la FAO : http://www.fao.org/cfs/cfs-hlpe/fr/
(2) Pour en savoir plus sur la campagne Cultivons : http://www.oxfamfrance.org/Cultivons-La-Terre-La-vie-Le-monde,1099
(3) Oxfam France s’est fortement mobilisé contre les politiques françaises et européennes de soutien aux agrocarburants dans le cadre de sa campagne « Nourrir ou conduire : il faut choisir » : http://www.oxfamfrance.org/Nourrir-ou-conduire-Il-faut,1480?lang=en