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La vie longue et le travail court


Jean Viard, sociologue qui a pris la lumière médiatique reflétée par les gilets jaunes, avance l’idée que l’espace se restructure du fait de « la vie longue et du travail court ».

Il faut sept ans à une majorité de jeunes pour s’insérer dans le monde du travail selon le sociologue. Et les vieux, qui ont servi de variable d’ajustement lors de la vague de désindustrialisation à travers le recours massif aux préretraites, découvrent, explorent, subissent un nouvel âge de la vie.

Ils ne sont d’ailleurs ni vieilles ni vieux, mais « seniors », de 52 ans à pas d’âge. Certains pointent au chômage, d’autres attendent le prochain plan social. Ils n’auront même pas besoin d’utiliser une des adaptations socialisées de ce nouvel âge de vie, la « dispense de recherche d’emploi ». Le « temps à soi » qu’on a grignoté sur le travail va permettre de reconstruire une nouvelle séquence, une nouvelle façon d’être au monde. L’illusion selon laquelle s’il y avait moins de vieux au travail, les jeunes en profiteraient, a fait long feu. Depuis quarante ans, c’est aux deux bouts qu’on recrute les chômeurs. Entrer et sortir du monde du travail, deux nouveaux âges de la vie sont en place avec leurs « dispositifs », « publics » et « mesures ».

Pour les seniors, un taux d’activité inférieur à la moyenne européenne

Le Conseil économique social et environnemental vient d’émettre un avis sur « Les jeunes et le travail » à la demande du Premier ministre. L’an dernier, Odile Esch, ancienne secrétaire générale d’Interco CFDT, a rapporté l’avis sur « Vieillir dans la dignité » en même temps que sortaient l’avis et le rapport sur « L’emploi des seniors ». La CFDT a voté les trois avis.

Le taux d’activité des 60-64 ans ne dépasse pas 33 % : 15 points de moins que la moyenne européenne ! Les plus de 50 ans sont plus souvent en temps partiel mais moins souvent en intérim ou en CDD et davantage en chômage de longue durée. Selon le Défenseur des droits, 34 % des seniors déclarent avoir été confrontés à des discriminations liées à l’âge. Pour autant, près de 9 seniors sur 10 se déclarent prêts à changer de fonction, 8 sur 10 sont disposés à une mobilité géographique et les trois quarts accepteraient de revoir leurs prétentions en matière de rémunération. Pas moins souples que les djeuns ! En tout cas, des résultats de sondages pratiquement analogues à ceux des « nouveaux entrants » au travail.

Tout ce qu’il reste de bonne vie et de vie bonne s’est joué au travail !

Mais plus on est riche, plus on a des chances de devenir vieux et de profiter de la retraite. L’attention se focalise sur le reste à vivre en bonne santé. « Retraités et en bonne santé, c’est pas gagné » titrait Libération du 20 novembre dernier. La première préconisation de l’avis rapporté par Odile Esch est la suivante : « Faire de la prévention un acte fort tout au long de la vie, notamment au travail, afin de limiter ou retarder les effets liés au vieillissement. » « Dans un contexte de vieillissement de la population, la soutenabilité du travail est une question qui nécessite de composer avec la diversité des parcours et des écarts d’espérance de vie suivant les catégories professionnelles », poursuit l’avis sur l’emploi des seniors.

Continuer à revendiquer, un devoir pour les seniors

Mais les statistiques ne valent pas prédétermination. Tout ne se joue pas avant 6 ans pour les apprentissages scolaires. Eh oui !, si on n’a pas perdu sa vie, en vrai, à la gagner, la sortie du travail n’a rien de fatal. En continuant à revendiquer, désormais totalement « hors travail », nous contribuons à la compréhension de la société d’aujourd’hui, à quatre générations, dont deux à la retraite, sans rêver à un retour de la société d’hier. Il faut repenser le commun possible avec « des seniors de 55 à 75 ans qui sont en pleine forme – ils font l’amour, ils divorcent, ils voyagent – dont près de 50 % aspirent à déménager au moment de prendre leur retraite » comme l’écrit, dans son Nouveau portrait de la France, Jean Viard.

Gérard Lopez