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La voiture et les seniors


Les générations du papy-boom bougent. Tous éprouvent un besoin de mobilité et d’autonomie. La voiture répond à cette aspiration. Certains retraités achètent même des camping-cars et font le tour de l’Europe. Mais l’expérience de la conduite ne donne pas toujours la sécurité nécessaire. Il arrive un temps où les choses se compliquent. Deux experts donnent leur avis sur la mobilité.

Que représente la voiture pour nos contemporains ?

Charles Sasso  : Les seniors privilégient l’automobile pour se déplacer. Ils sont les plus nombreux à choisir des voitures neuves. Cela correspond au modèle culturel des années 1960-1970 où tout était fait pour l’automobile. C’était une forme de libération. Les choix de vie opérés dans ces années-là, l’urbanisme étaient centrés sur « la bagnole » avec ce qui en découle : fin du commerce de proximité, obsolescence et disparition de certains transports en commun, ferroviaires notamment.

La simplicité de déplacement pour rejoindre le véhicule joue certainement un rôle, on n’est pas aussi agile, passé un certain âge. De plus, le temps ne se mesure pas de la même façon et les seniors ont gardé l’habitude de bien anticiper sur leurs temps de déplacements. Ils bénéficient en « décalé » des Trente Glorieuses… Après avoir galéré avec l’occasion, ils ont des moyens financiers pour aller vers du neuf. Les progrès en qualité et en confort des véhicules actuels compensent les désagréments de la circulation d’aujourd’hui en milieu urbain.

Jean Zadka  : La multiplication des camping-cars est en soi éloquente. De mieux en mieux équipés, ils répondent à un besoin grandissant de mobilité, de liberté favorisé par un mode de vie libéré de différentes contraintes. Si certains camping-cars requièrent le permis poids lourd, la plupart d’entre eux ne nécessitent que le permis B. Il convient alors d’être très vigilant dans la prise en main de ces véhicules en termes de maniabilité bien sûr, mais également de comportement routier au freinage ou bien encore dans la prise en compte des angles morts. Un temps d’adaptation sur de courts trajets est sans doute à recommander avant de partir à l’aventure !

Quels sont les facteurs qui rendent la voiture obligatoire ?

Charles Sasso  : N’oublions pas dans ce débat une réalité. Beaucoup de retraités habitent la campagne où la voiture s’impose. Les transports publics ne sont pas toujours adaptés pour eux. Et pas seulement en milieu rural. La pratique des transports urbains aux heures de forte fréquentation n’est pas de nature à encourager leur utilisation. Les à-coups au démarrage et à l’arrêt peuvent représenter pour les anciens en situation debout un risque de chute.

Quant aux fréquences et aux itinéraires, la question est posée et la « compétition » entre collectivités territoriales n’a pas toujours arrangé les choses. Le choix des sites desservis est parfois assez incompréhensible pour les personnes non averties. Cela est pour partie la cause d’un recul de l’usage des transports en commun. Les autobus et les trains ont parfois un effet repoussoir par leur difficulté d’accès et les horaires pas toujours réguliers. Les ruptures de charge en cas de correspondance, ou de changement de mode de transport, les différences de tarification ne facilitent pas la tâche des défenseurs des transports en commun. Jusqu’ici, des villes et des régions ont fait des efforts de tarification unique. Seront-ils poursuivis ?

Que dire des seniors et de leur voiture ?

Jean Zadka  : On a récemment souligné que les retraités avaient plus de voitures neuves que les autres. Certains y ont vu une nouvelle expression d’une classe privilégiée. Mais outre la dimension économique, l’état général de la voiture est en effet essentiel en termes de sécurité. Pas seulement pour les seniors, mais pour tous les automobilistes. Concernant plus particulièrement les seniors, j’insisterai aussi sur l’importance du critère « confort » en conseillant d’être attentif à la position de conduite, à l’accessibilité des commandes ou à l’intérêt des différentes aides à la conduite.

Pour autant, l’accidentologie routière reste essentiellement une affaire de comportement. Il est important de ne pas stigmatiser les seniors automobilistes sans pour autant nier que les personnes de plus de 75 ans sont, après les 18-24 ans, parmi les plus touchées puisqu’elles représentent 14,5 % de la mortalité routière alors qu’elles représentent 9,2 % de la population. On peut noter également une surreprésentation des personnes de plus de 75 ans dans la mortalité piétonne.

Y a-t-il un âge pour ne plus conduire ?

Charles Sasso  : Arrive un moment où il faut s’interroger sur la poursuite de la conduite automobile. Psychologiquement, comment convaincre un senior qui n’a plus toutes ses facultés physiques et intellectuelles à abandonner la conduite automobile ? Peut-être faut-il envisager des « accompagnants » pour les aider à aller vers des centres de soins, des lieux commerciaux, mais aussi des lieux culturels comme les cinémas.

Se former pour conduire le plus longtemps possible

Afin de favoriser la mobilité des conducteurs seniors, l’association Prévention routière propose dans tous les départements des séances de sensibilisation et/ou des ateliers pratiques. Adaptées aux problématiques des seniors, ces actions n’ont d’autre ambition que de leur permettre de conduire le plus longtemps possible en sécurité.

Jean Zadka  : L’arrêt de la conduite pose clairement la question de l’autonomie, c’est pour cela que le sujet est si délicat. Avant toute chose, il est important de s’entretenir physiquement bien sûr, mais aussi d’entretenir ses capacités psychiques et d’être à l’écoute de soi-même et des autres. Des signes nouveaux comme une appréhension grandissante dans les giratoires, des difficultés à voir un panneau ou un véhicule, la perception de l’inquiétude de son entourage doivent inciter à consulter son médecin qui a un rôle de conseil et qui peut prescrire, si besoin, des mesures thérapeutiques pour compenser certaines déficiences.

Le choix de l’itinéraire, la décision de ne plus conduire dans des conditions stressantes comme un trafic dense, des intempéries ou la nuit permettent également de prolonger la conduite en sécurité. Vient enfin le moment d’accepter de se faire conduire ou d’opter pour les transports en commun lorsque cela est envisageable. Si les possibilités offertes sont sans doute plus nombreuses en ville, des solutions se développent également en zone rurale.

Propos recueillis par Georges Goubier

Présentation des débatteurs

Deux experts donnent leur avis sur la mobilité.

Charles Sasso  : ex-ingénieur au Cetim (Centre technique des industries mécaniques) à Paris. Il est aujourd’hui secrétaire général de la CFDT Retraités de la Loire et secrétaire adjoint de la CFDT Retraités Rhône-Alpes.

Jean Zadka  : Agent d’assurances honoraire, il collabore à la prévention routière depuis 2001. Il assume la présidence du comité départemental de la Loire depuis avril 2014.