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Laurent Berger : Un ancrage dans la vie


« Un apparatchik ? » (L'Expansion), « Le cédétiste en CDI » (Libération), « L'homme de Saint-Nazaire » (Ouest France), « L'erreur de François Chérèque » (L'Express), « Le catho de gauche » (La Croix). À peine arrivé à la tête de la CFDT, Laurent Berger est déjà affublé de caricatures et d'idées reçues. Rencontre.

La déconfessionnalisation de la CFTC en 1964 ? C’était il y a 50 ans. « Et je n’étais pas né ! » plaide avec humour Laurent Berger. Mais s’empresse-t-il d’ajouter, « durant le congrès confédéral en 2014 nous y ferons mémoire. La CFDT a beaucoup gagné de son autonomie vis-à-vis des partis politiques et des Églises. »

Chacun d’entre nous pourrait être son père, sa mère. Sa jeunesse, son regard, sa structure d’esprit, son ouverture, son réalisme, sa lucidité, son sens de l’humain, son ambition pour ce que représente la CFDT ont de quoi surprendre. Son souci de la proximité, tout autant.

Avec les adhérents de la CFDT d’abord, avec les salariés et les retraités, mais aussi avec chacun, là où il est. Son identité est dans son enracinement dans les valeurs « éternelles » de la CFDT.

Laurent Berger est le prolongement de ce que nous sommes, avec, pour lui, un certain nombre de soucis en plus ! « Il y a 860 000 adhérents à la CFDT. Alors pourquoi moi et pourquoi ai-je dit « oui » alors que d’autres pouvaient y aller ? J’ai avant tout la culture de la responsabilité. Et puis demandez à François (Chérèque). Je n’aurais jamais quitté Saint-Nazaire en 2009 si je n’avais pas eu confiance en lui. »

« L’engagement syndical est fait de rencontres » constate Laurent : Jean-Yves Texier, Jean-Paul Leduc, son mentor dans les Pays de la Loire, François Chérèque et « un nombre incroyable de militants qui sont mes inspirateurs. » Une affirmation qu’il décline au présent. Chaque semaine, Laurent leur consacre une journée, sur le terrain.

Un brin de connivence

Lui un apparatchik ? Détrompez-vous ! Avec humour, alors qu’il a connu les petits boulots, une période de chômage, le reclassement professionnel, il l’affirme : « Oui je suis en CDI à la CFDT car je serai toujours fidèle à ses valeurs et ses pratiques ! » Il note d’ailleurs que « ce sont les copains de Saint-Nazaire qui ont hurlé le plus » à cette étiquette.

La proximité consolide sa « colonne vertébrale ». Elle lui est nécessaire. Il tient même un petit carnet où il note ici une phrase, ici une remarque ! Le premier « volume » est déjà à moitié plein après trois semaines aux responsabilités : « Nous sommes représentatifs. Mais il faut que l’on soit incontestables sur nos capacités à relayer le « cri du peuple » comme disait Edmond Maire dans une formule peu datée ».

Le grand défi pour la CFDT c’est d’être proche de la réalité de tous, particulièrement de ceux qui en ont le plus besoin. Le syndicalisme, surtout pour la CFDT qui fait de l’émancipation sa valeur forte, c’est de faire que « chaque salarié puisse participer à la définition de sa vie au travail. Et qu’il en soit acteur ».

Cela ne peut se faire sur les représentations que l’on a du monde du travail. Mais sur des rencontres. « Je suis très ancré dans la vie ». Et de citer l’enquête sur les basses pensions conduite actuellement par les retraités CFDT. « Il y a place pour les retraités au sein de la CFDT. Ils ont beaucoup d’expertises à partager. »

Il y a place aussi pour une collaboration renforcée avec les associations « une des richesses de la démocratie sociale. J’ai beaucoup de bonheur à travailler avec les réseaux associatifs pour traiter notamment des questions de pauvreté. »

Laurent a aussi milité à la Joc. Il dit que c’est « une grande école de militantisme, de l’écoute, du faire ensemble malgré les différences, de la responsabilité, de l’émancipation… »

Sensible à la qualité de la transition entre les générations, Laurent Berger est franc et direct. S’il a quelque chose à vous dire, il ne s’en cachera pas. Et si vous ne le connaissez pas, lui vous devine déjà avec un brin de connivence. Par son exigence de proximité, cet homme saura nous emmener très loin.

Daniel Druesne

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT (crédit photo Info-com.CFDT)