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Le Familistère de Guise une utopie sociale réalisée


En 2015 en France, 3,5 millions de personnes sont mal logées, voire sans domicile. Pourtant depuis deux siècles, initiatives ou décisions politiques se sont multipliées pour assurer un logement décent à tous. Parmi toutes les constructions pour créer de l’habitat ouvrier le Familistère de Guise est une réalisation unique et originale.

Jean-Baptiste André Godin naît dans l’Aisne en 1817. Dès l’âge de 11 ans, il travaille dans l’atelier de serrurerie de son père, puis fait son Tour de France de compagnon. Autodidacte, il lit beaucoup, en particulier Charles Fourier (1772-1837). Fourier fait partie de ce qu’on nomme les « socialistes utopiques ». Penseur et philosophe, il veut créer des sociétés socialistes à petite échelle et imagine un bâtiment appelé « phalanstère » qui regrouperait une communauté harmonieuse de travailleurs. Godin, qui a été confronté au paupérisme ouvrier, est séduit par l’idéal fouriériste.

Jean-Baptiste André Godin un patron utopiste ? (photo Collection Familistère de Guise)

Après avoir transféré son activité à Guise sous la forme d’une usine en 1846, Jean-Baptiste André Godin va développer la conception et la production des appareils de chauffage et de cuisson en fonte tout en appliquant à l’entreprise ses idées sociales (augmentation du salaire, baisse de la journée de travail, création d’un système de soin…).

C’est un industriel inventif, novateur, qui dépose brevet sur brevet, améliore continuellement ses produits. Les poêles Godin rencontrent un énorme succès. Il fait rapidement fortune et met son argent au service de ses idéaux. Il s’est lié avec un disciple de Fourier, Victor Considerant. Celui-ci part en Amérique en 1853 et, soutenu financièrement par Godin, fonde un phalanstère appelé La Réunion.

Godin pense un temps le rejoindre, mais le phalanstère périclite et Godin y perd le tiers de sa fortune.

Instruit par cet échec, Godin décide de monter seul un projet. En industriel novateur, pour qui l’idéal est pragmatique et opératoire, il adapte le phalanstère de Fourier et fait construire, entre 1859 et 1884, le « Familistère » à Guise, ou Palais social, pour loger ses ouvriers.

Palais social car Godin veut offrir à ses ouvriers ce qu’il appelle « l’équivalent de la richesse » : le confort, l’instruction, les loisirs. L’immense « Palais » de briques contient 495 logements qui abritent à la veille de la Première Guerre mondiale 1 750 personnes.

Société idéale

Une pensée philosophique et sociale préside à la construction : chaque famille a son logement mais les coursives communes et la grande place couverte d’une verrière créent une proximité qui, pour Godin, est facteur d’autodiscipline et d’émulation. Les logements, les mêmes pour les ouvriers et les ingénieurs, possèdent un confort exceptionnel pour l’époque : lumière, ventilation, chauffage, accès à l’eau potable, à des douches, buanderies…

Godin crée en plus du logement, crèche, école pour filles et garçons jusqu’à 14 ans, magasins coopératifs, bibliothèque, théâtre, piscine, jardin d’agrément ! Godin lui-même s’installe un appartement au Familistère. C’est un dirigeant inclassable en bute à l’hostilité des autres patrons et de sa propre famille, car il crée en 1880 une association par le biais de laquelle le contrôle et la propriété de l’entreprise et du Familistère passent aux mains de ses ouvriers.

Godin meurt en 1888. Le Familistère et l’usine lui survivent. Aujourd’hui, le Familistère est intégré dans le vaste programme Utopia qui permet de conserver le lieu en vie, et surtout la mixité de ses usages. Près de 300 personnes y résident toujours. Les écoles sont encore en activité. Et le théâtre est toujours un lieu culturel de premier plan. Le Familistère est devenu le musée du site, un musée qui présente le rêve concrétisé de Godin : une expérimentation de grande ampleur pour une société idéale.

Françoise Berniguet

La place du familistère aujourd’hui (photo Chalmeau)