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Le Grenelle du pouvoir de vivre, une revendication CFDT


Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, répond à nos questions sur la situation sociale actuelle.

La vie sociale garde une part d’imprévisible. La fiscalité a toujours suscité des révoltes. Cette fois c’est autour de l’automobile que ce « mouvement social » a surgi. Avec l’utilisation de diverses formes d’action souvent violentes, refusant tous leaders et toutes organisations. Avec de la continuité entre les moments forts, les samedis, avec un ancrage territorial, les ronds-points. Et un objectif politique, rejouer avant terme les élections de 2017 ! Ce mouvement se développe sur l’ensemble du territoire, DOM compris. Il est soutenu par des forces politiques ayant des groupes parlementaires : France Insoumise avec véhémence et Rassemblement National avec discernement. Il y aura un avant et un après « gilets jaunes ». Le gouvernement a répondu par des mesures sociales immédiates et par l’organisation d’un grand débat. La CFDT apportera sa contribution, elle y affirmera la nécessaire place des corps intermédiaires.

Nous sommes allés poser nos questions à Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

Pour quelles raisons la CFDT compte-t-elle s’investir dans le Grand débat ?

La crise actuelle, c’est une colère légitime qui s’exprime pour dénoncer les inégalités sociales et territoriales qui ont atteint un niveau inacceptable. C’est une crise démocratique liée à l’incapacité à répondre collectivement aux aspirations de la population. Le tout sur fond de dérives violentes inquiétantes et de récupération politique à l’œuvre par l’extrême droite et l’extrême gauche. C’est aussi la conséquence d’un pouvoir vertical qui ignore les corps intermédiaires et laisse du coup le pouvoir dans un face-à-face avec les citoyens. On a alerté pendant dix-huit mois sur les conséquences de la hausse de la CSG pour les retraités à partir de 1 200 € de pension. Il a fallu de la violence pour que cela bouge, ce n’est pas normal.
La CFDT a été la seule, dès le 17 novembre, à appeler à l’apaisement et au dialogue avec la tenue d’un grand débat national et dans les territoires.

Débattre, échanger, c’est l’ADN de la CFDT. Ces débats, nous devons nous y impliquer à notre juste place : nous ne sommes pas les initiateurs ni les co-organisateurs de l’initiative. Nous ne sommes donc pas les garants de sa bonne marche.

Nous devons être présents dans ces débats, y participer, mais aussi en co-organiser avec nos partenaires, par exemple les associations des Places de la République (voir NB ci-dessous). C’est le seul moyen pour qu’à la fin nous fassions valoir nos revendications et que les décisions ne se prennent pas sans nous.

Quels sont les principaux thèmes dont elle souhaite débattre ?

Nous traiterons les quatre thèmes fixés par le président de la République : la transition écologique, la fiscalité, les services publics, la démocratie. Nous voulons notamment convaincre que la transition écologique est un impératif vital, et que la condition de sa réussite est la justice sociale.

Mais ne nous limitons pas ! Pouvoir d’achat, qualité de l’emploi, pauvreté, insertion des jeunes, utilisation des subventions publiques telles que le CICE, nous avons d’autres propositions ! Notre rôle sera également d’interpeller les employeurs dans les débats, notamment sur la question du partage de la richesse.

Quels outils auront les militants et adhérents à leur disposition ?

Nos adhérents et militants pourront s’impliquer dans les débats territoriaux en tant que citoyens. Nous mettons à leur disposition un cahier revendicatif sur les quatre thèmes du débat, ainsi que sur le pouvoir d’achat. Nous avons aussi proposé un kit d’animation pour aider les structures CFDT à organiser des débats dans leur territoire ou dans les lieux de travail, sur les thèmes qu’elles souhaitent. Nous ne pourrons évidemment pas passer à côté des questions de l’emploi et du travail. Toute initiative est bonne pour dialoguer avec les travailleurs, les citoyens, et aussi les Gilets jaunes quand c’est possible.

Nous incitons aussi nos équipes à ouvrir des cahiers d’expression des travailleurs, ou à organiser des assemblées générales et de débats sur les lieux de travail, pendant la durée du Grand débat national. En appui à ces actions syndicales, la Confédération va lancer une campagne « Mobilisés pour le pouvoir d’achat » sur les réseaux sociaux.

Quels liens avec nos partenaires comme « les Places de la République », les Ceser, le Cese… ?

Dès que c’est possible, nous avons tout intérêt à co-organiser les débats avec d’autres dans les territoires, en particulier les organisations du collectif les Places de la République. Un travail collectif est également en cours pour construire une plateforme commune de revendications, qui tienne compte des remontées des débats.

C’est aussi avec ces partenaires que nous poussons pour que le Cese et les Ceser prennent toute leur place dans le Grand débat, ce qui est déjà bien engagé.

Le « Grenelle du pouvoir de vivre » : pour la CFDT, une conclusion aux débats ?

Notre revendication d’un « Grenelle du pouvoir de vivre » à l’issue des débats, c’est la garantie que les acteurs sociaux, associatifs, économiques et territoriaux aident à la construction de solutions concertées et réellement applicables. Sans cela, le risque est que le Grand débat ne produise rien ou alors que quelques-uns décident en huis clos de ce qui est bon pour tous. Pour sortir de la crise dans laquelle nous sommes plongés depuis plusieurs semaines, le président de la République doit comprendre qu’il n’a pas d’autre choix que de faire place à l’intelligence collective et à la démocratie sociale.

Propos recueillis par Gérard Lopez et Danielle Rived

Organisations membres des Places de la République

ATD Quart Monde, Confédération française démocratique du travail (CFDT), Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), Fédération nationale des associations d’accueil et de la réinsertion sociale (FNARS), Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme (FNH), France nature environnement (FNE), France terre d’asile, le Mouvement associatif, le Pacte civique, les Francas, la Ligue de l’enseignement, la Mutualité Française, l’Union nationale des syndicats autonomes (Unsa), World Wildlife Fund (WWF France).

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. (photo Virginie De Galzain)