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Le centenaire de la CFTC-CFDT


La CFTC créée en 1919 est devenue CFDT en 1964.

1919, création de la CFTC, Confédération française des travailleurs chrétiens. 1964, année fondatrice de la CFDT, Confédération française démocratique du travail. Le congrès d’Issy-les-Moulineaux transforme la CFTC, en modifiant à la fois ses statuts et son sigle après 45 ans d’existence. Retour sur l’histoire de cette centenaire toujours jeune.

Les prémices

Le syndicalisme chrétien naît en même temps que le mouvement ouvrier. La réflexion sur les problèmes ouvriers dans les milieux catholiques est déjà un phénomène européen. En France, dès les lendemains de la Commune, en 1871, l’idée de « syndicats mixtes », regroupant dans une même structure patrons et ouvriers, apparaît et fait l’objet d’un amendement lors du vote de la loi de 1884 autorisant la constitution de syndicats. Mais elle rencontre peu de succès, et on s’oriente vers des syndicats patronaux et ouvriers distincts.

Entre 1885 et 1912, différents syndicats chrétiens, surtout des syndicats de métiers, se constituent dans plusieurs villes de France et dans de nombreux secteurs d’activité. La première fédération, celle des instituteurs libres, est créée en 1905. Une deuxième fédération naît en 1913 regroupant des délégués de différents syndicats d’employés. Signalons enfin à cette époque la création de syndicats exclusivement féminins, à Paris, mais aussi à Lyon dès 1899. Globalement, les effectifs sont de l’ordre de 30 000 membres. Reste à construire une organisation nationale interprofessionnelle, c’est ce qui se fait en 1919.

La constitution de la CFTC

Sur l’initiative de la Fédération des syndicats féminins de Paris, constituée en 1916, le conseil syndical du Syndicat des employés de commerce et de l’industrie (SECI), fondé en 1887, décide en février 1919 de proposer le regroupement des syndicats chrétiens en une confédération nationale. Les 1er et 2 novembre 1919, 200 délégués, représentant 350 syndicats, décident de constituer la Confédération française des travailleurs chrétiens dont les statuts, soumis aux organisations, seront adoptés dès le 7 février 1920. Cette décision est confirmée lors du 1er congrès de la CFTC les 23 et 24 mai 1920, auquel participent 578 syndicats, représentant au total 156 000 membres.

L’amorce d’une évolution

Le mode de recrutement de cette époque ne se fait pas dans les entreprises. C’est donc surtout dans les paroisses que les employés entendent parler des syndicats chrétiens ou à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), créée en 1927, suite à une prise de conscience de la situation des ouvriers en France.

Parallèlement, en 1935, une équipe d’universitaires, avec notamment Paul Vignaux, fondateur du Syndicat général de l’éducation nationale (Sgen) en 1937, va influencer les militants, en développant chez eux une conscience critique dans une période de montée des fascismes, sans écarter la référence morale de la CFTC.

Lors des grèves de 1936, de nombreux militants s’imposent dans l’action malgré les accusations de division de la classe ouvrière et les brimades diverses lancées par la Confédération générale du travail (CGT), alors puissante dans les entreprises. Cette attitude se révèle payante, engrangeant les adhésions, pour atteindre 500 000 syndiqués.

Dans le même temps, l’apparition de sections d’entreprises bouleverse les choses. On commence à syndiquer les gens sur leur lieu de travail et la CFTC s’ouvre à des non-catholiques, au grand dam de certains anciens de l’organisation. Cela oblige aussi à réfléchir à la nécessité de regrouper tous les membres dans une même section, les femmes, les employés, les agents de maîtrise, les ouvriers, qui relèvent encore de syndicats ou structures différentes.

La naissance d’une minorité

Après l’armistice, le gouvernement de Vichy dissout les confédérations CGT et CFTC. Les échanges entre les dirigeants de la CGT et de la CFTC aboutissent à la publication du « manifeste des douze », signé par 9 représentants de la CGT et 3 représentants de la CFTC. Pour la première fois, un texte a été élaboré en commun par les deux confédérations.

De nombreux militants CFTC s’engagent dans des réseaux de résistance, et aident les travailleurs à échapper au Service du travail obligatoire (STO). Clandestinement, les formations de militants continuent. La CGT et la CFTC participent au Conseil national de la Résistance. Et, ensemble, elles constituent un Comité confédéral d’entente, qui lance en août 1944 l’ordre de grève générale insurrectionnelle.

À la Libération, les relations se durcissent entre la CFTC et la CGT, qui tente par tous les moyens de réduire la place de la CFTC tant sur le plan institutionnel que dans les entreprises. Malgré ces controverses, la CFTC va bénéficier du courant de sympathie envers les syndicats, et les adhésions affluent. La confusion entre engagement politique et syndical est forte, notamment à la CGT où les liens avec le Parti communiste français (PCF) sont notoires. À la CFTC, dès 1946, le congrès vote l’interdiction du cumul des mandats politiques et syndicaux au niveau national.

La génération des militants issue des grèves de 1936 et de la Résistance accède aux responsabilités dans les unions interprofessionnelles et les fédérations. En janvier 1946, des groupes d’études « Reconstruction » se créent, chargés de réfléchir à une refondation du contrat social dans une France fortement affaiblie par la guerre. Dès les premiers congrès, une opposition s’exprime contre l’orientation de la confédération.

Par la suite, la guerre d’Algérie suscite des débats au sein de l’organisation. L’expression de la CFTC pour l’autodétermination du peuple algérien provoque des attentats contre des responsables syndicaux et le plastiquage de Bierville par l’OAS (Organisation de l’armée secrète) en 1961.

La transformation de la CFTC en CFDT

Dès 1960, plusieurs fédérations s’interrogent sur la nécessité d’aller vers une centrale syndicale s’inspirant de valeurs partagées au-delà des chrétiens, comme la dignité humaine et la liberté. La confédération met en place une « Commission pour l’étude des problèmes d’orientation ». Ses conclusions sont débattues lors du congrès de 1963, qui décide alors d’entamer une seconde phase, la rédaction de nouveaux statuts.

Les 6 et 7 novembre 1964, les 2 300 délégués sont réunis en congrès et adoptent une résolution affirmant solennellement que les modifications proposées entendent assurer la continuité de l’organisation. Les nouveaux statuts suppriment toute référence à la morale sociale chrétienne, soutiennent que le combat du mouvement ouvrier « est fondé sur la notion fondamentale que tous les êtres humains sont doués de raison et de conscience, et qu’ils naissent libres et égaux en dignité et en droit ».

C’est par 70,11 % des mandats que la CFTC se transforme en Confédération française démocratique du travail (CFDT).

Et après…

Depuis 1964, la CFDT n’a cessé d’évoluer, s’adaptant ainsi aux nombreuses transformations de la société. Elle le fait en s’appuyant sur ses valeurs : solidarité, démocratie, respect de l’autre, émancipation et indépendance. Valeurs partagées par des centaines de milliers d’adhérents et de militants, en France, en Europe, dans le monde, et dans la continuité de ce qu’ont voulu nos anciens depuis 100 ans. Alors, bon anniversaire à nous toutes et tous.

Michelle Aribaud et Jean-Pierre Bobichon

Congrès confédéral extraordinaire CFTC, les 6-7 novembre 1964, vue de la tribune, « La CFTC construit la grande centrale démocratique moderne ». (photo Coll. Archives CFDT)