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Le long combat de la scolarisation des filles


En France, la scolarisation des filles fut historiquement une lente et difficile conquête. La parité dans l’accès à l’éducation ne date que de quelques générations et cette égalité reste inaboutie car les filles, malgré tous les progrès des dernières décennies, sont encore victimes de stéréotypes et de subtiles discriminations.

Sous l’Ancien Régime, l’enseignement relève de l’initiative privée ou religieuse et à la veille de la Révolution de 1789, seules 27 % des femmes sont capables de signer les registres de mariage (le double pour les hommes). Et signer son nom ne signifie pas forcément savoir lire et écrire ! C’est pourquoi en 1792, Condorcet déclare : « L’instruction doit être le fait de l’État et s’étendre à tous, garçons et filles, sans distinctions sociales. » La tête de Condorcet roule sous l’échafaud et l’intention reste lettre morte !

Après les projets avortés de la Révolution, le XIXe siècle sera la période de tous les combats pour l’instruction avec, en toile de fond, l’affrontement farouche entre tenants de la laïcité et tenants de l’enseignement catholique. Mais, dans les deux cas, c’est l’instruction des garçons qui prime. Si Napoléon crée les lycées et des établissements supérieurs, c’est pour fournir les cadres de son administration qui est évidemment exclusivement masculine. Si la loi Guizot permet en 1833 la création d’écoles pour les garçons, il faut attendre la loi Falloux de 1850 pour rendre obligatoire une école de filles dans les villages, de plus de 800 habitants ! La fréquentation de l’école n’est pas encore obligatoire, cependant se répand peu à peu une nécessité de l’instruction et, en 1875, 66 % des femmes sont capables de signer le registre de mariage. Ce sont bien sûr les lois Ferry de 1881-1882 qui rendent l’école laïque gratuite et obligatoire de 6 à 13 ans pour les garçons et les filles ! Au départ, l’obligation scolaire est diversement respectée, en particulier pour les filles, mais cette loi a l’avantage non négligeable de retarder, pour les enfants, l’entrée dans la vie professionnelle.

Le poids des représentations traditionnelles

Si l’enseignement primaire est finalement communément accepté, il en va différemment pour l’enseignement secondaire et a fortiori supérieur des jeunes filles. À la fin du XIXe siècle, malgré le travail des femmes dans tous les milieux populaires, c’est l’image de la jeune fille destinée aux rôles d’épouse et de mère qui continue de prévaloir.

Il faut attendre 1880 pour que soient créé par la loi Camille Sée un enseignement secondaire pour les filles, et 1924 pour que l’enseignement dispensé soit le même que celui des garçons et offre enfin aux filles la possibilité de passer le bac sans dispense spéciale. « L’aiguille est à la femme ce que la plume est à l’écrivain », pouvait-on encore lire en 1927 dans un livre de conseils aux épouses !

La deuxième moitié du XXe siècle va apporter sa contribution à l’égalité filles / garçons : le collège unique, la mixité, l’ouverture des concours des grandes écoles aux filles. Alors que les filles réussissent mieux que les garçons dans l’enseignement secondaire, elles choisissent souvent des filières moins prestigieuses en se conformant à ce qui est présenté comme leur domaine de compétence. C’est pourquoi a été promulguée la loi du 8 juillet 2013 pour la refondation de l’école de la République : elle vise à favoriser la réussite de tous, renforce une plus grande mixité des filières et une culture scolaire de l’égalité pour permettre aux filles de s’affranchir du poids des stéréotypes sociaux.


Françoise Berniguet

La scolarisation permet de s’affranchir du poids des représentations traditionnelles.