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Le pacte de refondation des urgences


Devant la nouvelle crise des urgences, Agnès Buzyn a présenté un « pacte de refondation des urgences » en 12 mesures qui n’a pas rencontré un accueil enthousiaste des professionnels concernés.

La mesure la plus emblématique est que d’ici l’été 2020, les Français disposeront d’un service qui fournira l’information et l’orientation sur tout le territoire pour toutes leurs questions de santé.

Une mesure concerne plus particulièrement les personnes âgées. Cela passerait d’abord par une généralisation « des filières d’admission directe » permettant aux seniors d’être hospitalisés dans un service de médecine sans passer par les urgences, notamment à la suite d’un accord entre le médecin hospitalier et le médecin traitant, si le patient vient de son domicile, ou le médecin coordonnateur, s’il vient d’un Ehpad. « Une incitation financière serait octroyée dès l’an prochain aux hôpitaux qui [les] mettront en place », selon Mme Buzyn.

Autre mesure, le développement d’une « vidéo-assistance entre les Ehpad et le Samu » pour éviter des hospitalisations en cas de pathologies bénignes, par exemple via des valises de télémédecine équipées pour transmettre en temps réel des photos de plaie ou de brûlure. De façon générale, indique le document de la ministre, « l’ensemble des travaux concourant à éviter l’hospitalisation de la personne âgée dépendante et à lutter contre l’iatrogénie de l’hospitalisation, lorsqu’elle est nécessaire, seront soutenus. Cet axe de travail est commun avec le plan Grand âge et autonomie ».

La conséquence d’une rigueur budgétaire absolue

La crise des urgences met en lumière pour l’hôpital un double problème que nous avons pointé depuis longtemps. La rigueur budgétaire absolue appliquée aux hôpitaux provoque l’asphyxie progressive de ces derniers. Du fait de l’inorganisation de notre système de soins, dans de nombreuses agglomérations, les urgences des hôpitaux sont anormalement surchargées.

En vingt ans, la fréquentation des urgences a plus que doublé, avec 21,4 millions de passages enregistrés en 2017. En aval, quelque 100 000 lits ont été supprimés dans les hôpitaux, limitant les places disponibles pour accueillir les patients.

Les médecins de ville ne sont parfois plus assez nombreux et consultent de plus en plus souvent presque uniquement sur rendez-vous. Surtout, ils ne veulent plus connaître les horaires à rallonge des décennies passées. 43 % des patients accueillis aux urgences pourraient être pris en charge dans un cabinet, une maison ou un centre de santé, sous réserve d’avoir pu trouver un rendez-vous le jour même ou le lendemain. Au final, c’est l’embouteillage dans les services d’urgence.

À cela s’ajoutent les difficultés pour transférer dans un autre service du même hôpital les patients qui ne relèvent pas forcément de la spécialité du service d’urgences.

Les solutions sont connues

Le plan « Ma Santé 2022 » propose des solutions intéressantes comme les communautés professionnelles territoriales de santé et les hôpitaux de proximité, mais cela prendra du temps. Il faudrait trouver quelques mesures fortes et simples à mettre en œuvre tout en s’inscrivant dans une réorganisation structurelle de fond.

Agnès Buzyn vient d’annoncer 750 millions d’euros de crédits jusqu’en 2022 pour mettre en place ces transformations. Si, en parallèle, le chiffre de l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam) qui sera voté dans les prochaines semaines n’est pas relevé, il faudra qu’en parallèle les hôpitaux continuent à se serrer la ceinture et même plus !
Yves Vérollet

Une situation dénoncée dès 1993

Le Professeur Adolphe Steg, médecin hospitalier reconnu, dans un rapport qui, en 1993 avait fait autorité, recommandait de « réintégrer le médecin généraliste dans la chaîne de l’urgence et d’assurer une meilleure coordination entre l’hôpital public et les établissements privés. » « À l’évidence, l’hôpital a pris la place du médecin de famille dans la gestion des urgences », déplorait-il tout en martelant que « la médecine de ville devrait pouvoir organiser elle-même en priorité en amont de l’hôpital la permanence des soins de l’ensemble de la population. »

Embouteillage aux urgences !