Actu revendicative


Le scandale des « biens mal acquis »


À qui profite le crime ? Sous ce titre, le CCFD-Terre Solidaire vient de publier un ouvrage extrêmement documenté sur la corruption à l'échelle internationale et sur ses bénéficiaires. Extraits.

En mars 2007, plusieurs associations (ONG) déposent une plainte pour recel de détournements de fonds auprès du Parquet de Paris. Elle vise plusieurs dirigeants africains accusés d’avoir amassé un patrimoine colossal qui « n’a pu être acquis par le seul fruit de leur salaire ».

Pression des intéressés sur l’Elysée. La plainte est classée sans suite.

En 2008, l’affaire rebondit dans les médias, au grand dam des présidents africains pour lesquels les plaignants sont « des descendants de l’esclavagisme et du colonialisme ».

La justice est saisie une nouvelle fois par Transparency International et un contribuable gabonais. La plainte est reconnue comme recevable par le juge d’instruction mais le parquet fait appel. La décision appartient aujourd’hui à la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris. La procédure risque d’être longue et les pressions politiques aidant, il n’est pas certain qu’elle débouche.

Parmi les nombreux cas étudiés, celui d’Omar Bongo, dont le fils vient de prendre la relève après une élection contestée au Gabon. Avec 1,3 million d’habitants, le pétrole est sa principale richesse.

Total y est bien implanté grâce notamment aux bons rapports des chefs d’État français avec le président. Quarante et un ans de mainmise sur le pays ont permis à Omar Bongo et son clan d’amasser un immense patrimoine immobilier. Au total les fonds détournés sont estimés à 600 ou 700 millions d’euros.

Le crime profite d’abord à ceux qui puisent directement et sans danger dans les caisses de leur pays. Mais, et sur un pied d’égalité, il y a aussi les pays riches pour qui le dépôt des sommes volées constitue, par des placements dans les paradis fiscaux, une véritable manne financière.

En fait, les pays riches sont les premiers responsables de ces détournements qu’ils ne souhaitent pas voir étalés sur la place publique. Cela mettrait à mal leur complaisance à l’égard des dictateurs et risquerait de compromettre les bénéfices économiques et diplomatiques que les multinationales et certains États continuent à trouver dans leur maintien au pouvoir.

Le tableau du déshonneur des fonds détournés

Voici un aperçu non exhaustif du palmarès des chefs d’Etat (en milliards de dollars) :
- Saddam Hussein (Irak) : entre 10 et 40.
- Mohammed Suharto (Indonésie) : entre 15 et 35.
- Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire) : 8.
- Saparmourat Niazou (Turkménistan) : 3.
- Moussa Traoré (Mali) : 1,5.
- Alberto Fujimori (Pérou) : 1.
- Slobodan Milosevic (Serbie) : 1.
- Denis Sassou NGuesso (Congo Brazzaville) : 0,9.
- Omar Bongo (Gabon) : 0,6 ou 0,7.

Laisser faire ?

Les sommes placées ou investies appartiennent aux peuples des pays concernés, des peuples qui, le plus souvent, vivent dans une extrême pauvreté. Elles doivent leur être restituées. Cette bataille est en cours depuis quelques années.

Sous la pression des ONG et de contribuables de plusieurs pays (parfois au péril de leur vie) des initiatives sont prises et des conventions signées. Mais à ce jour pour une estimation globale comprise entre 105 et 180 milliards de dollars d’argent volé, seuls 4,4 ont été restitués. Une grande partie de l’argent volé est blanchi.

Michel Camdessus (ex-directeur du FMI) a avancé en 1998 que le montant total d’argent blanchi chaque année était compris dans la fourchette de 640 et 1600 milliards de dollars.

Le véritable scandale est donc du côté des pays riches qui favorisent et laissent faire. Aujourd’hui plus que jamais la responsabilité de la France et des pays occidentaux est clairement engagée.

Au-delà des belles paroles et pour reprendre les termes de Guy Aurenche, président du CCFD-Terre Solidaire, ce que réclame l’humanité c’est un peu de justice.

Guy Gouyet

En savoir plus :

Ouvrage de 215 pages disponible sur le site ww.ccfd.asso.fr