Le seuil de pauvreté : un indicateur relatif et monétaire
En France, le seuil de pauvreté est fréquemment cité dans les débats publics, mais sa signification et ses limites sont rarement expliquées. Pourtant, bien le comprendre est indispensable pour appréhender la réalité de la pauvreté.
Le seuil de pauvreté est un indicateur statistique. Il correspond à un niveau de vie inférieur à 60 % du niveau de vie médian, c’est-à-dire celui qui partage la population en deux parts égales, une moitié au-dessus et une moitié en dessous.
Le niveau de vie est calculé à partir du revenu disponible du ménage (revenus d’activité, prestations sociales, pensions, etc., après impôts directs), rapporté au nombre de personnes composant le ménage selon le principe des unités de consommation (Le niveau de vie : une notion mal connue).
Que signifie être pauvre en France aujourd’hui ?
En 2023, le seuil de pauvreté s’élevait à 1 288 euros par mois pour une personne seule et 1 932 euros pour un couple sans enfant. Le taux de pauvreté atteignait 15,4 %, soit 9,8 millions de personnes.
Toutes les catégories sont concernées comme les salariés (6,6 %) et les retraités (11,1 %), mais les situations les plus difficiles touchent les chômeurs (36,1 %), les familles monoparentales (34,3 %) et les enfants de moins de 18 ans (21,9 %).
Tous les pays de l’Union européenne utilisent cette même définition, ce qui permet des comparaisons internationales. Mais ce seuil n’est pas un minimum vital : il évolue avec le niveau de vie général. Ainsi, si le revenu médian augmente, le seuil augmente aussi. À l’inverse, une baisse globale des revenus peut faire diminuer le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté sans amélioration significative de leurs conditions de vie.
C’est pourquoi, être sous le seuil de pauvreté ne signifie pas automatiquement être pauvre au sens social. Deux ménages disposant du même niveau de vie peuvent connaître des situations très différentes selon leur logement, leur état de santé, leur lieu de résidence, leurs charges contraintes ou leur accès aux services publics. À l’inverse, certains ménages situés juste au-dessus du seuil peuvent rencontrer de grandes difficultés au quotidien.
Améliorer la connaissance de la pauvreté
Pour mieux appréhender la pauvreté, l’Insee et les organismes sociaux prennent en compte des critères plus concrets : difficultés à se chauffer ou à se nourrir correctement, impossibilité de remplacer des équipements essentiels, conditions de logement, accès aux soins, à l’emploi ou à l’éducation, etc.
Les statisticiens croisent ainsi trois approches complémentaires :
– Le seuil de pauvreté monétaire (15 % des ménages sont en dessous) ;
– Les privations matérielles et sociales (14 % des ménages dans l’incapacité à accéder à des biens ou services essentiels) ;
– Les difficultés nancières (22 % des ménages font face régulièrement à la fin du mois à des retards de paiement, des découverts bancaires, etc.).
Les chômeurs (62 %), les familles monoparentales (57 %), les enfants (42 %) et les locataires du parc social (62 %) connaissent au moins une de ces situations. Une grande partie des enfants concernés vivent dans une famille monoparentale. Au total, 4 % des Français cumulent ces trois formes de pauvreté soit plus de 2 millions de personnes considérés par certaines études comme étant en grande pauvreté.
Être sous le seuil de pauvreté ne signifie pas vivre systématiquement dans la misère, mais se trouver en situation de vulnérabilité économique par rapport au reste de la population. C’est la raison pour laquelle l’Insee travaille depuis plusieurs années avec ATD Quart Monde et le Secours Catholique - Caritas France pour mieux mesurer la pauvreté dans toutes ses dimensions, au-delà des indicateurs basés sur les seuls revenus.
[François Jaboeuf