Stats et études


Le temps des riches


La richesse fascine et indigne nos concitoyens. Les hyper-riches desservent la démocratie et le développement durable. Thierry Pech, dans « Le temps des riches » explique avec clarté les causes et les conséquences de cette ascension.

Les très hauts revenus se portent bien, merci. L’explosion des grandes fortunes est devenue un problème. C’est un retour en arrière historique. Thierry Pech, directeur de la rédaction d’Alternatives Economiques nous donne le vertige. 5 à 10 millions d’euros de revenus par an pour ceux qui sont au sommet, avec tout de même 58 000 Français qui gagnent près d’un million d’euros par an et 380 000 qui possèdent un patrimoine équivalent à ce montant !

Parmi ces « grands » riches, on ne trouve pas que des dirigeants d’entreprises cotés en bourse, mais des élites de la finance, des stars du football ou des rentiers milliardaires. Leurs ressources ont augmenté très vite depuis vingt ans. Ils croient que la société leur doit quelque chose, alors qu’ils doivent à la société qui les a faits rois. Ces hyper-riches sont peu à peu sortis du champ de la dette sociale.

Thierry Pech démontre les conséquences. Cette sécession des riches, s’accompagne ainsi d’une récession de la démocratie. Elle discrédite les promesses d’égalité et de méritocratie associées au pacte républicain. Et en plus, les formes d’enrichissement aujourd’hui dominantes n’entraînent aucune dynamique productive et n’ont aucun effet positif sur les autres catégories sociales. Elles menacent même le développement durable notamment par leur type de consommation qui sert de modèle.

Utile et décapant

Autres paradoxes, les gens modestes tolèrent le spectacle de la fortune. La richesse fascine ceux qui en sont privés. Elle est à la fois objet de désir et de ressentiment, modèle de réussite et symbole d’injustice. Dans le même temps, les plus aisés stigmatisent sans complexe les plus pauvres, victimes de ce système.

Avec l’essor d’un individualisme sans attaches, la réussite personnelle est devenue une nouvelle religion. Contrairement à une idée reçue, le rapport à l’argent dans notre pays n’est pas autant décrié qu’on veut le faire croire. L’auteur soulève avec pertinence la contradiction d’une « démocratie déchirée entre la religion de la compétition et les impératifs de solidarité ».

Ni le talent, ni le mérite ne justifient de tels niveaux de revenus. Ce sont nos sociétés, et en particulier la société française, qui par leurs décisions politiques ont facilité pendant des décennies cet essor. On assiste du coup à une valorisation du capital au détriment du travail, à un retour des rentiers et à une société d’héritiers, par les nombreux avantages attachés au patrimoine familial.

Cette privatisation accrue de la richesse est insupportable. Elle est un obstacle à la lutte contre toutes les autres inégalités (1), elle va à l’encontre de valeurs communes qui fondent et forment notre société. Et en plus, elle fait le lit des populismes. Thierry Pech évoque quelques pistes pour changer de cap et sortir cette impasse. On lira sans difficulté cet ouvrage décapant et utile pour une autre approche de la richesse et de sa répartition.

Jacques Rastoul

« Le temps des riches. Anatomie d’une sécession » de Thierry Pech, Editions Seuil, 15 euros

Football 2011 : le salaire des joueurs Le classement des joueurs de football pour l’année 2011 a été réalisé par France Football. Sans surprise, Lionel Messi est le footballeur le mieux payé du monde avec 31 millions d’euros (10 millions de salaire à Barcelone et le reste en contrat publicitaire). L’Argentin est suivi de Cristiano Ronaldo (Real Madrid) avec 27,5 millions d’euros. En France, dans la Ligue 1, le footballeur le mieux payé est Gabi Heinze (à l’époque à Marseille) suivi de Yoann Gourcuff (4,4 millions d’euros). Sept joueurs de L’Olympique de Marseille, huit Lyonnais, quatre Parisiens figuraient parmi les 20 joueurs les mieux payés de Ligue 1. Avant l’arrivée des fonds qataris !

(1) L’OCDE indique que les inégalités de revenus ont atteint un niveau jamais vu depuis 30 ans.