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Le vote des seniors


Dans leur grande majorité, les seniors détestent les grands chamboulements. C'est pourquoi sur le plan électoral on les retrouve dans les grandes formations « de gouvernement ». Une étude menée par S. Guerin (sociologue) et C. Guilluy (géographe) entrevoit que cela ne dure pas.

Les retraités représentent le tiers des ménages en France. Près de 65 % d’entre eux sont issus des milieux populaires. Comme leurs cadets, ils vivent dans une relative fragilité sociale. Contrairement aux idées reçues, ces ménages disposent de revenus modestes.

La retraite médiane se situe autour de 1 100 euros par mois. La moitié des retraités doit vivre avec tout juste le Smic, et la moitié, les femmes en particulier, se retrouve avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. L’importance de ce phénomène risque de s’aggraver. Ajoutons à cela que les retraités supportent plus que d’autres l’augmentation des dépenses de santé non remboursées.

Ces retraités subissent la même « relocalisation » que les classes populaires chassées des grandes métropoles et reléguées dans la France périphérique, dans les espaces ruraux, industriels et périurbains. Ils vivent bien séparés des retraités issus des catégories plus privilégiées et supportent une forme de relégation sociale et culturelle.

Rempart brisé ?

S’ajoute à cela une inquiétude singulière liée à la peur de la solitude et de la dépendance. Peur de ne pouvoir financer seul une entrée en maison de retraite ou le recours à des services à la personne, de ne plus trouver les soins nécessaires, les services publics et les institutions de proximité. Ils sont également fragilisés par leur patrimoine difficilement cessible car vétuste et éloigné des zones touristiques ou d’activité.

Enfin ils sont entourés d’enfants et petits-enfants qui subissent la précarisation et le pessimisme social. Avec leurs revenus modestes ils doivent soutenir leurs cadets. Parfois ils sont les seuls sur trois générations à avoir un revenu régulier.

Les situations sociales « retraités/cadets » se recoupent. Mais le comportement électoral est différent. Les cadets, en particulier les plus jeunes, s’abstiennent ou votent de plus en plus pour le Front National. En revanche les retraités populaires résistent au grand soir des extrêmes. Ils votent plutôt à droite mais très peu encore pour l’extrême droite.

Les retraités populaires ont une conscience claire que leur pension même modeste leur assure une forme de protection face à la mondialisation et leur garantit une intégration culturelle à un système hérité de l’État providence des trente glorieuses. C’est ce qui explique leur soutien aux deux grands partis de gouvernement. Le poids de ces votes constitue un rempart à l’extrême droite. Mais pour combien de temps ? On peut craindre que ce « rempart » finisse par se briser.

Ignorer ou imaginer

Si le gouvernement ne lance pas de véritables réformes et actions en faveur de la solidarité intergénérationnelle et du soutien aux populations fragilisées par la mondialisation, c’est aussi la digue de la solidarité et du sentiment de partager un avenir commun qui peut se rompre. L’aggravation du délitement social et du sentiment d’abandon se joue dans les années à venir. Si rien n’est fait, ce sera source de troubles et de révoltes sur lesquels le FN pourra surfer.

Le gouvernement est donc devant un choix de société : ignorer la situation de ces populations et des territoires, abandonnant ainsi tout projet de transformation, ou imaginer une politique de reconnaissance et d’accompagnement de ces publics marginalisés et précarisés, permettant ainsi d’inventer une vraie solidarité entre les générations, les cultures et les territoires.

Guy Gouyet