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Les Français champions du pessimisme


Le chômage, la pauvreté, la précarité, l'avenir… inquiètent. Mais pourquoi les Français font-ils partie des Européens les plus pessimistes ?

75% des Européens pensent que la crise va s’aggraver. Mais il y a de fortes variantes au sein de chaque peuple. Les Espagnols, pourtant les plus touchés, seraient ainsi les plus optimistes. Par contre, les Français pensent à 85% à une aggravation de la situation. Seuls les Italiens ont un moral plus bas que les Français.

Le mensuel Alternatives Économiques (1) de cet été a consacré un dossier complet à « Cinq raisons de pas désespérer ». Pour ses auteurs, la France a été jusqu’ici moins violemment touchée par la crise que beaucoup d’autres pays. Le taux de chômage a dépassé les 10 %, mais il reste en dessous de la moyenne de la zone euro.

Le taux de pauvreté monétaire demeure plus bas en France, y compris par rapport à l’Allemagne et au Royaume-Uni. Les inégalités de revenus (des 20% les plus riches et des 20% les plus pauvres) sont légèrement inférieures à la moyenne européenne précise Sébastien Legay. Enfin l’espérance de vie en bonne santé est au-dessus de la moyenne européenne (63,6 ans dans l’Hexagone, contre 62,2 ans dans l’Union européenne et 58,7ans en Allemagne).

Respect des règles

Ces constats sont également partagés par Hervé Le Bras et Emmanuel Todd dans « Le mystère français (2) ». Pour le démographe et l’historien, les Français ont tort d’être pessimistes. Des progrès considérables ont été effectués par notre pays en matière d’éducation et de niveau de formation, de réduction des violences, de mœurs. Ses habitants communiquent comme jamais.

Parmi les explications de ce pessimisme, plusieurs chercheurs notent : une culture nationale qui attend trop du politique et de l’État, le sentiment d’un déclin relatif de la France de son influence dans le monde par rapport à son histoire, la fin des Trente glorieuses. Dans un climat d’incertitude chacun a tendance à se replier sur ses petits et gros avantages acquis, souligne Hervé Le Bras.

L’hypothèse d’une société de défiance est indiquée par Yann Algan et Pierre Cahuc (3) « La France reste dans un système conservateur et corporatiste qui cultive des distinctions de statuts et de hiérarchies entre individus ». Ils poursuivent : « le mélange de corporatisme et d’étatisme est au coeur du cercle vicieux de la défiance actuelle et des dysfonctionnements de notre modèle économique et social. Le bon fonctionnement des marchés et des échanges requiert une confiance mutuelle et le respect des règles ».

Contagion

La France n’est pas inévitablement condamnée au pire selon Guillaume Duval d’Alter Eco qui argumente. D’abord, la mondialisation peut changer de chemin par les pays émergents et le recul des inégalités que cela entraine. Ensuite, la transition énergétique et la conversion écologique de nos économies peuvent nous sortir de la crise et préserver notre modèle social. Enfin l’architecture plus rationnelle de la zone euro commence à se mettre en place, (notamment en termes de contrôle démocratique et contre la spéculation sur les titres de dette publique).

Plus spécifiquement, la France a plusieurs atouts : sa démographie, ses infrastructures et sa culture, sa capacité à dépasser les clivages habituels pour établir des diagnostics partagés et dégager des priorités communes. Le Grenelle de l’environnement en 2007 et les conférences sociales régulières qui associent plus étroitement les partenaires sociaux à la définition des politiques publiques en sont de bons exemples.

Le pessimisme comme l’optimisme s’auto alimentent, amplifient ou réduisent la crise. Lequel sera le plus contagieux ?

Jacques Rastoul

(1) Alternatives Économiques n°326, juillet 2013
(2) « Le mystère français », édit. La République des Idées, mars 2013.
(3) « Comment le système français s’autodétruit », édit. de la rue D’Ulm, 2007.

Les paradis (fiscaux) doivent se réguler davantage

Les déséquilibres mondiaux ont été puissamment aggravés par le développement spectaculaire des paradis fiscaux. Une part essentielle de la finance a échappé à toute régulation, tandis que riches et multinationales se soustrayaient toujours plus à l’impôt. Même si cela ne va pas encore assez loin, les progrès rapides (enfin !) enregistrés ces derniers mois confirment que si quasiment rien n’avait été fait jusque-là c’était surtout parce que les dirigeants des grands États cherchaient en priorité à préserver les intérêts des plus riches et des multinationales. On reste encore très loin du compte. Mais on peut réussir à réguler la mondialisation mieux qu’on ne l’a fait depuis trente ans.
Source : Alternatives Économiques

Les Français sont, avec les Italiens, les plus pessimistes des Européens. (Fotolia)