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Les Français et leurs archives


Le passé se sédimente dans les familles, les communes, les entreprises, les syndicats, les offices notariaux, les associations, l’État sous forme d’archives protéiformes : papiers, photos, films, objets, fichiers numériques… et nos sociétés sont de plus en plus productrices d’archives. Mais si leur abondance est une véritable aporie, leur préservation demeure essentielle.

Dans les siècles passés, le Trésor des chartes royales atteste des prérogatives du roi et l’accompagne dans des coffres, au cours de ses déplacements. Or en 1194, Philippe Auguste perd ses archives au cours d’une campagne militaire. Aussi décide-t-il que les archives désormais ne le suivront plus et seront entreposées au Louvre. Mais c’est la Révolution qui donne, en 1790, aux différents dépôts le nom d’Archives nationales et qui, quatre ans plus tard, organise les archives par la loi fondatrice du 7 Messidor An II. Cette loi stipule que « tout citoyen pourra demander, dans tous les dépôts, communication des pièces qu’il renferme ». Pour les documents conservés en province est créé, dès 1796, un réseau d’archives départementales.

Un besoin d’espace récurrent

Les Archives nationales, c’est-à-dire toutes celles qui sont produites par l’administration centrale, sont, à partir de 1808, entreposées à l’hôtel de Soubise à Paris mais le lieu va vite se saturer. Aujourd’hui, les Archives nationales se répartissent en plusieurs lieux : à Paris, le quartier du Marais regroupe les archives publiques du Moyen Âge et de l’Ancien Régime.

Depuis 2013, à Pierrefitte en banlieue parisienne, un bâtiment moderne permet la consultation plus de cinq millions de documents postérieurs à la Révolution. Enfin à Fontainebleau, on trouve des fonds publics spécifiques, mais les bâtiments en état de péril vont fermer et les archives vont devoir être redéployées.

D’autres dépôts existent : archives militaires au Château de Vincennes, Centre des archives du monde du travail à Roubaix depuis 1993, diplomatiques à La Courneuve… Et si cette énumération recense quelques-uns des principaux lieux, elle n’est pas exhaustive. La numérisation des données devient un enjeu majeur de l’archivage avec l’immense avantage de faciliter les consultations de documents.

Des archives vivantes

En effet, les archives ne sont pas des documents inertes et la loi du 15 juillet 2008 impose, de manière légitime, des délais de confidentialité pour respecter la vie privée : par exemple, la consultation de l’état civil ne peut se faire en deçà de 75 ans. Chez les usagers, plusieurs conceptions de l’utilisation des archives se font jour.

Les plus nombreux en ont une conception intime ou géographiquement proche, en particulier dans les archives départementales où des millions de documents sont consultés chaque année. Ce sont des recherches généalogiques, familiales ou d’histoire locale. Mais les archives peuvent aussi permettre une démarche citoyenne : la commission Mattéoli, en 1997, a étudié la spoliation des Juifs de France entre 1940 et 1944 à partir des fonds d’archives de la période de l’Occupation, ce qui a débouché sur un processus d’indemnisation.

Enfin les archives, et c’est ce à quoi spontanément on les associe, sont une source indispensable pour l’historien. Elles sont notre mémoire collective, notre identité, elles font vivre notre passé et éclairent notre présent. Les archives constituent ainsi notre patrimoine, mais elles participent également à l’état de droit, car leur connaissance renforce la transparence d’une vie démocratique.

Françoise Berniguet

Des archives protéiformes dont la préservation demeure essentielle.