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Les aidants : un fait social majeur


Spécialiste de la politique gérontologique, auteur prolifique (1), Serge Guérin est devenu une référence sur les enjeux de l’accompagnement des plus âgées, la place des seniors, l’intergénérationnel, les coopérations entre les personnes.

Questions à Serge Guérin, sociologue et enseignant

Les aidants sont une réalité importante, en quoi sont-ils un apport dans notre société ?

C’est un fait social majeur. Plus de huit millions d’aidants bénévoles accompagnent une personne âgée proche. Ce n’était pas le cas autrefois. Il y a cinq ans, le terme « aidant » n’était pas connu. C’est aussi un fait économique, l’équivalent de 164 milliards d’euros d’économies pour la collectivité (2). C’est, enfin, un fait sociétal révélateur de solidarités, au cœur du « care » (3), du vivre ensemble et de l’intergénérationnel. Les femmes sont les plus nombreuses. Les aidants familiers (voisins, amis, bénévoles) représentent 18 % ; avec les aidants familiaux, il est plus juste de parler des « proches aidants ».

Comment les pouvoirs publics prennent-ils en compte leur situation et attentes ?

Ce sont d’abord les collectivités locales qui ont enclenché des actions ; surtout les conseils généraux et les grandes villes. La mobilisation par le réseau mondial « ville amie des aînés » en est un bon exemple. En 2010, le gouvernement précédent a instauré une Journée nationale des aidants. La future loi sur le vieillissement, par sa construction et son contenu, a suscité un début de prise de conscience pour aujourd’hui et pour l’avenir. Son report est inadmissible, d’autant qu’il s’agit d’une des rares lois sociales de cette ampleur, complémentaire de celle sur l’économie sociale et solidaire. Du fait du recul de l’État sur ces questions depuis des années, la société civile se mobilise. Un collectif d’associations agissant en faveur des proches aidants vient de voir le jour.

Comment voyez-vous l’évolution des aidants dans les prochaines décennies ?

Vu la situation sociale de plus en plus complexe et fragile, on peut effectivement s’interroger sur la capacité des familles à prendre en charge leurs proches, demain comme aujourd’hui. Face à cette tendance, trois pistes sont à mon sens à explorer : le développement des aidants bénévoles non familiaux ; un statut nouveau de ce bénévolat mieux reconnu et protégé, avec une articulation nouvelle avec les professionnels ; la prise en compte du gisement d’emplois avec des métiers mieux reconnus, des nouveaux parcours professionnels, en prenant en compte l’impact sur la prévention de la santé et l’économie globale pour notre société.

L’aidant familial est le plus souvent isolé dans sa fonction d’accompagnement, quelles sont les approches collectives existantes et celles à développer comme le CVS entre les aidants, les personnes concernées et avec les professionnels ?

Le développement des réseaux sociaux des aidants sur le net est la preuve d’un besoin d’approches collectives. Ils permettent de partager sa situation d’aidant, de libérer la parole, d’avoir des conseils. Un sentiment d’appartenance à une même communauté d’aidants émerge. L’envie de s’organiser est présente. Le tissu associatif et syndical, à partir de leurs membres concernés, peut être un levier pour sensibiliser et organiser les proches aidants. L’instauration d’un dialogue social entre tous les acteurs, que ce soit à domicile et en établissement, comme le permet le conseil de vie sociale, est une voie intéressante. Un rapport de force est à instaurer pour faire bouger la société.

Entretien réalisé par Jacques Rastoul

Serger Guérin, sociologue et enseignant (photo DR)

(1) La solidarité, ça existe et en plus ça rapporte, Serge Guérin, 2013, éditions Michalon.
(2) L’estimation repose sur un temps bénévole de 20 heures par semaine à 19 euros de l’heure pour 8,5 millions d’aidants.
(3) Le care est une éthique et un mouvement international. Il valorise l’idée et le fait de vivre les uns avec les autres, plutôt que les uns contre les autres. www.carefrance.org