Les aliments ultratransformés : danger pour la santé publique
En novembre 2025, The Lancet, une revue scientifique des plus anciennes et respectées, a confirmé la nocivité des aliments ultratransformés (AUT). Dans le même temps, en France, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), dont la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 fixait la publication au plus tard au 1er juillet 2023, a été de nouveau remisée dans les cartons.
Pour le consommateur, les produits ultratransformés sont difficiles à identifier. Ce sont des produits du quotidien, céréales du petit-déjeuner, biscuits et pains industriels, plats cuisinés, charcuterie industrielle et autres desserts lactés, largement mis en avant par la publicité. Ces aliments constituent, en moyenne, près d’un tiers des apports caloriques journaliers.
Une consommation des AUT en progression
Dans la seconde partie du XXe siècle, les comportements alimentaires des Français se sont modifiés. La généralisation du travail des femmes, l’allongement des durées de transport domicile/travail, l’augmentation des horaires décalés se sont traduits par un recul de la cuisine à domicile.
Les produits ultratransformés sont prêts à être consommés, faciles à préparer. Ils sont hyper appétissants et méga goûteux. Ils sont aussi moins chers que l’alimentation traditionnelle. Dans les magasins de la grande distribution, les consommateurs, en particulier les plus précaires, privilégient ces produits. « 88 % des Français comparent toujours le prix des produits alimentaires avant d’acheter. Pour 68 %, c’est le premier critère pour leurs achats », précise le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans son avis « Permettre à tous de bénéficier d’une alimentation de qualité et en quantité suffisante » adopté le 22 avril 2025.
Les alertes des scientifiques se multiplient
Dès 1979, en France, les dangers de la malbouffe sont dénoncés par le biologiste Joël de Rosnay.
Au niveau international, les études scientifiques mettent en évidence l’accroissement des pathologies liées à la consommation des AUT. La recherche démontre que si les produits transformés sont nocifs, la composition de leurs emballages accentue leur dangerosité.
Ces études sont controversées à la fois par d’autres scientifiques et par les multinationales de l’agroalimentaire qui n’ont de cesse de les discréditer. Les AUT, fabriqués à partir d’ingrédients bon marché, avec des méthodes industrielles réduisant les coûts, constituent le secteur alimentaire le plus rentable, avec un chiffre d’affaires annuel mondial de 1 900 milliards de dollars.
La revue scientifique The Lancet publie, fin 2025, une série d’articles, issus de près de dix ans de travail et signés par 43 spécialistes de différents pays, dont la France, avec l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).
Les auteurs estiment qu’il y a « aujourd’hui besoin d’une réponse mondiale audacieuse et coordonnée pour mettre en place des systèmes alimentaires qui accordent la priorité à la santé et au bien-être des populations ». En France, cette publication est aussitôt relayée et commentée par l’ensemble des médias.
Où en sommes-nous à ce jour ?
L’avis publié par le CESE ne se limite pas à la qualité de l’alimentation, il développe le thème de la précarité alimentaire qui rime souvent avec alimentation de piètre qualité. Le document est très riche et d’une lecture accessible avec nombre de graphiques. La CFDT a commenté et voté cet avis en précisant notamment : « Nous soutenons les préconisations courageuses et pragmatiques portées ici, telles que l’obligation d’un Nutriscore européen, la taxation des produits ultratransformés nuisibles à la santé des populations, l’encadrement renforcé de la publicité à destination des enfants et l’interdiction des publicités comparatives des prix par les chaînes de magasins. »
Deux votes contre, dont le groupe Entreprises car il « s’oppose à la notion d’aliment dit “ultratransformés”, » estimant que « ce terme stigmatise une grande partie des aliments produits par les industriels. »
La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), prévue par la loi Résilience et Climat, doit traiter de la qualité de l’alimentation, dont les produits ultratransformés.
Alors que sa publication était fixée au plus tard 1er juillet 2023, « un cafouillage ministériel » selon Le Monde, a empêché sa présentation à la presse le 28 novembre. La mention appelant à limiter les produits ultratransformés a été supprimée par le ministère de l’Agriculture, au prétexte que ce terme ne dispose pas de définition ni scientifique ni réglementaire.
De son côté, le Sénat a voté contre la généralisation du Nutriscore sur tous les emballages des aliments, mesure préconisée par le PLFSS 2026, au motif que cette mesure serait contraire aux normes européennes.
Que peut-on encore manger ?
Les recommandations de Mathilde Touvier, directrice de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l’Inserm. Il n’y a pas d’aliment interdit : tout est question de fréquence et de quantité… Mais il est important de décrypter ce que contiennent nos assiettes.
Trois critères à surveiller :
– qualité nutritionnelle des aliments : le logo Nutriscore, un outil simple et validé par plus de 130 publications scientifiques ;
– transformation et formulation industrielles des aliments : les additifs (édulcorant, émulsifiants, nitrites…) ;
– les pesticides, utilisés pour lutter contre les nuisibles.
Le site mangerbouger.fr du Programme national nutrition santé et l’application gratuite Open Food Facts sont de bons alliés pour choisir une alimentation saine.
[Nicole Chauveau
Des pathologies liées en forte hausseDes pathologies liées à l’alimentation sont en forte hausse :
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- 20 millions de personnes ont des pathologies liées à l’alimentation (maladies cardiovasculaires, diabète, cancer) ;
- 32 % des adultes et 13 % des enfants (6-17 ans) sont en surpoids ;
- le nombre de personnes en situation d’obésité a été multiplié par 3 depuis 40 ans : 26 % des plus pauvres ; 7 % des plus riches ;
- 54 Mds€ de dépenses (santé publique, impact économique) dont 12 Mds€ liés au diabète et à l’obésité.
Source : Avis du CESE « Permettre à tous de bénéficier d’une alimentation de qualité en quantité suffisante » adopté le 22 avril 2025.
Pour en savoir plus Le CESE : « Faire de l’alimentation saine et de qualité une grande cause nationale »
