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Les conséquences économiques et sociales de la pandémie


La moitié de la population mondiale vit à l’heure du confinement avec des répercussions économiques et sociales énormes. Dans le monde, les pays ont réagi différemment, soit de façon totalement irresponsable et désinvolte, comme D. Trump et J. Bolsonaro, soit en passant par le confinement total et strict, à l’instar de la Chine ou par des mesures glissantes en fonction des évolutions de la maladie, comme en Europe.

Dans ce cadre, les prévisions macroéconomiques du Fonds monétaire international (FMI) font état d’un recul au plan mondial du produit intérieur brut (PIB) de 4,4 % en 2020, suivi d’une progression de 5,2 % en 2021. Pour la zone euro, le FMI prévoit un recul de 8,3 % puis une progression de 5,2 % en 2021. Pour la France, le recul serait de 9,8 % en 2020, avec une reprise de 6 % en 2021.

Autant dire que bien des secteurs d’activité vont se trouver abîmés au cours de cette période.

Le retour de « l’État protecteur » de type keynésien est la caractéristique de cette période marquée par des interventions économiques publiques significatives, des plans de soutien sectoriels et des plans de « relance ».

Le plan de relance de la France complète les mesures de soutien aux entreprises et aux salariés prises durant l’année 2020. Prêts garantis par l’État afin de soutenir le financement bancaire des entreprises à hauteur de 300 milliards. Financement du chômage partiel. Mesures relatives aux plans sectoriels des secteurs touristiques, des entreprises françaises exportatrices, des entreprises technologiques, des commerces de proximité, du secteur du livre, du bâtiment et des travaux publics, de l’aéronautique, du secteur automobile, du sport…

La panoplie des dispositifs est complexe et amène trois remarques

La concertation internationale, qui avait été importante lors de la crise financière de 2007-2008 dans le cadre du G20, a été cette fois inexistante, victime des nationalismes et de la guerre commerciale USA/Chine.

L’imbrication des intérêts et enjeux économiques entre la France et l’Union européenne est de plus en plus marquée, comme on l’observe avec l’affectation de 40 milliards du plan européen au plan de relance français de 100 milliards.
La lisibilité des enjeux et stratégies est rendue difficile par la multiplication des procédures et des institutions. Ainsi, en France, il aura fallu quatre projets de lois de finances rectificatives en 2020 pour intégrer en partie certaines des mesures précitées.

Trois questions pour l’avenir, la dette, les inégalités sociales, la démocratie

La question de la dette
Le gouvernement a mis en place, début décembre, une Commission présidée par Jean Arthuis, un des ministres des Finances de Jacques Chirac, pour faire des propositions sur cette question. L’annulation et l’effacement ne sont guère envisageables, pas plus que le retour de l’inflation. Il reste alors le « cantonnement de la dette Covid » (type Cades, Caisse d’amortissement de la dette sociale) ou le « roulement de la dette », c’est-à-dire profiter des bas taux d’intérêt pour contracter de nouvelles dettes, afin de rembourser sur la durée les anciennes.
Quoi qu’il en soit, il faudra être attentif à l’évolution de cette question pour éviter que ne ressurgissent des politiques d’austérité désastreuses.

Les inégalités sociales
Toute crise économique ou/et financière comporte son lot de reconfiguration des entreprises et de « redistribution sociale ». Les chiffres officiels actuels de l’évolution de l’emploi et du chômage sont brouillés par le développement du travail partiel et rendent peu compte de la réalité.
La Confédération CFDT vise juste lorsqu’elle insiste, au cours de la conférence de presse du 15 décembre 2020, sur la reconnaissance des métiers dont l’utilité sociale a été mise en lumière par la crise sanitaire. Elle vise juste, à nouveau, lorsque, avec d’autres syndicats et associations, elle critique l’injuste réforme de l’assurance chômage décidée par le gouvernement.

La démocratie
La pandémie bouleverse les habitudes et le contexte politique n’échappe pas à ces bouleversements. Les élections municipales de mars 2020 avec le maintien du 1er tour ont fait l’objet de critiques. Les élections régionales et départementales ont été reportées en juin 2021.

Si les élections sont un exercice régulier de respiration démocratique, elles ne règlent pas tout. Entre-temps apparaissent de nouveaux problèmes, catastrophes naturelles, attentats, restructurations d’entreprises, conflits sociaux… auxquels il faut répondre.
La gestion de la pandémie par les pouvoirs publics aboutit à renforcer les pouvoirs centralisés de l’exécutif. L’état d’urgence du 24 mars 2020 a été, au total, prolongé sept fois et devrait l’être jusqu’au 30 juin 2021. Les pouvoirs du Parlement sont, par conséquent, réduits. Le Conseil de défense et de sécurité nationale, créé par un décret du 24 décembre 2009, a été fortement utilisé par le président de la République pour gérer la crise sanitaire. Il s’est réuni en formation très restreinte une quarantaine de fois au cours de l’année 2020. Par ailleurs, des pouvoirs spécifiques émergent comme le Conseil scientifique Covid-19, créé le 11 mars 2020, ou encore le collectif citoyen, composé de 35 citoyens tirés au sort, chargés de suivre la stratégie vaccinale.

Cette effervescence donne l’impression d’être désordonnée, comme si la démocratie demeurait un impensé. Une réflexion collective s’impose, à la lumière de la pandémie, sur l’organisation des pouvoirs et contre-pouvoirs de notre pays.

La pandémie en cours n’a pas fini de nous inquiéter tout comme de nous instruire : en plus du vaccin, une information claire, responsable et partagée est indispensable pour faire face aux immenses défis qui se présentent à nous, qu’ils soient sanitaires, écologiques, économiques ou sociaux.

Jean-Pierre Moussy

Les hôpitaux et les métiers de la santé bénéficiaires du plan de relance.