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Histoire des couleurs en politique et mouvemens sociaux


Fin 2018 et début 2019, un mouvement de révolte social embrase les ronds-points et les rues des villes. La forte identité visuelle des gilets jaunes introduit une nouveauté dans la palette graphique des marqueurs sociaux ou politiques.

Car si la symbolique des couleurs évolue d’un pays à l’autre, en France, les différentes orientations politiques se sont figées peu à peu, officieusement ou officiellement, dans des couleurs connues de tous.

Parmi les couleurs utilisées, le jaune a été jusqu’à présent absent. En effet, cette couleur a une connotation, culturellement et historiquement en France, négative.

Dans l’iconographie médiévale, Judas ou le chevalier félon sont identifiés par leur vêtement jaune. Au XVIIe siècle, le marquis de Montespan, dont l’épouse est la maîtresse du roi, se vêt de jaune par dérision. Plus près de nous, les ouvriers briseurs de grève sont des « jaunes », et de façon tragique « l’étoile jaune » imposée aux juifs pendant la guerre est un signe discriminatoire. Exception notable : le « Maillot Jaune » du Tour de France. Mais si aujourd’hui la couleur jaune fait une entrée en force dans le champ revendicatif, pratiquement toutes les autres couleurs ont été annexées depuis deux siècles.

Bleu, blanc, rouge

Ces trois couleurs, ensemble ou séparément, sont les plus utilisées. Dès juillet 1789, la cocarde tricolore impose ses idées de liberté face au drapeau blanc de la monarchie absolue. L’origine de l’association des trois couleurs est controversée : couleurs de Paris enserrant la couleur blanche de la royauté ou reprise des couleurs du drapeau de la jeune république américaine ? En tout cas, le drapeau tricolore, né à la Révolution, est depuis plus de deux siècles le drapeau officiel de la France.

C’est aussi pendant cette période qu’émerge le drapeau rouge. À cette époque, les troupes qui répriment les émeutes et s’apprêtent à tirer lèvent, en avertissement, un drapeau rouge. C’est le sens des mots de La Marseillaise : « Contre nous de la tyrannie, l’étendard sanglant est levé ». Or lors de l’attaque des Tuileries, qui vise à renverser le roi le 10 août 1792, les révolutionnaires hissent à leur tour le drapeau rouge, retournant le sens de ce symbole répressif.

Ce drapeau rouge va s’associer aux révoltes tout au long du XIXe siècle. Et à la révolution de 1848, certains veulent choisir le drapeau rouge comme symbole national français. C’est Lamartine qui va imposer, par son éloquence, le drapeau tricolore. Mais le drapeau rouge deviendra l’étendard des mouvements communistes partout dans le monde.

Des marqueurs identitaires

Au cours du XXe siècle, les partis politiques pour asseoir leur visibilité associent leur nom à des couleurs identificatoires. Le bleu se range du côté de la tradition et de l’ordre, il fait référence à l’uniforme des poilus de la Première Guerre mondiale, à l’élection en 1919 de la Chambre bleu horizon, et est utilisé par le camp conservateur.

Le rouge, au contraire, appartient à la gauche, dont le drapeau se teinte du sang des martyrs. Mais la palette graphique se nuance et se diversifie. Au congrès d’Épinay, en 1971, les socialistes choisissent le rose avec, pour logo, la fleur du même nom.

En 1984 apparaissent les Verts, seul parti dont le nom revendique une couleur.

Aujourd’hui, le violet, choisi par les suffragettes il y a un siècle, est revivifié par les féministes actuelles.

Les syndicats aussi cherchent à se démarquer. Ainsi, la CFDT, en 2013, a choisi l’orange pour créer un marqueur visuel fort car une couleur doit immédiatement et symboliquement faire sens.

Françoise Berniguet

« Quand je n’ai pas de bleu, je mets du rouge » Picasso