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Les défis du temps de la vieillesse


La longévité de la vie est généralement abordée sur le plan statistique alors que les enjeux sont dans le mouvement. Parcours de formation, parcours de santé, parcours de travail, parcours de carrière professionnelle… C’est la notion de parcours qu’il va falloir prendre en compte.

L’allongement de la vie est une très bonne nouvelle pour la société. Mais la longévité bouleverse notre modèle d’organisation des temps sociaux. C’est dans la définition même de chaque âge de la vie, et pas seulement de la vieillesse, qu’il faut repenser les politiques publiques pour s’adapter à cet accroissement de la longévité.

La presse adore évoquer la « guerre des âges ». C’est une contrevérité. Nous ne sommes plus dans les trois âges de la vie : jeunesse et formation, adultes et travail, seniors et retraite. La formation, c’est tout au long de la vie. L’activité avec le vieillissement actif, c’est aussi tout au long de la vie. L’OCDE avait calculé que, dans les années 1960, un homme passait 50 ans au travail sur 68 ans, avec quelques années de formation et 2-3 ans de retraite. Dans les années 1990, il montrait qu’on ne passait plus que la moitié de sa vie au travail (38 ans). Le temps de formation s’était un peu allongé. Mais surtout le temps de retraite avec les 25 ans de retraite que nous avons, aujourd’hui, auraient dû changer notre mode de pensée.

Aspirations

Dans le modèle à trois temps, on avait deux transitions majeures : l’entrée dans la vie professionnelle et la sortie vers la retraite. Les politiques publiques s’attachaient à favoriser ces transitions. Aujourd’hui, la vie est un entremêlement de tous ces temps. La formation tout au long de la vie, le travail et ses interruptions, les transitions, comme le congé parental d’éducation, sont multiples. Le chômage et les carrières multiples imposent des périodes de reconversion dans sa vie professionnelle.

Cette vie flexible est aussi très individualisée. Là où, dans le passé, nous avions un parcours de vie bien prévisible, aujourd’hui, il y a un grand flou. On connaît la précarité des entrées et des fins de carrière. Chacun a un parcours de vie différent des autres. Du coup, on ne peut plus gérer en développant des politiques publiques par l’âge mais sur le parcours de vie. Il y a aussi une aspiration des individus à plus de capacités à faire des choix. Nous ne sommes pas du tout en France dans ce modèle, parce que les entreprises font pour leurs salariés des choix liés à l’âge, sauf dans la Fonction publique.

Refonder le pacte de solidarité

Comment, dès lors, garantir la sécurité des individus dans une temporalité devenue flexible et individualisée ? On connaît les problèmes des jeunes en difficultés d’insertion professionnelle, les risques de sortie précoce de chômage en fin de carrière, l’obsolescence rapide des connaissances, un nouveau risque sur le parcours de vie ! Comment repenser une société qui a besoin de prendre soin de ses membres ? Cette protection sociale ne doit plus être simplement curative, mais aussi préventive. La stratégie d’investissement social devient centrale dans ce nouveau modèle de protection sociale.

Nous devons enfin repenser la solidarité intergénérationnelle. Nous sommes passés de trois générations à quatre, voire cinq générations coexistantes, dont deux au travail. Le pacte de solidarité d’après-guerre a permis de créer un droit universel à la retraite. Ce deal a volé en éclats. Les jeunes voient l’horizon de la retraite s’éloigner. Il faut donc refonder ce pacte de solidarité entre les générations aussi pour l’emploi, pour le prendre soin (care) et l’éducation. Cela signifie des jeunes mieux insérés, mieux équipés pour l’emploi, des seniors plus attractifs pour les entreprises. Concevoir une solidarité entre les personnes très âgées fait aussi partie du deal.

Anne-Marie Guillemard

Anne-Marie Guilemard

Membre du Haut Conseil de la famille et de l’âge, et du COR (Conseil d’orientation des retraites).
Auteur des Défis du vieillissement : âge, emploi, retraite paru chez Armand Colin en 2010.