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Les dépenses de protection sociale témoignent du niveau de solidarité 6/6


Pour Philippe Le Clézio, « nous devrions plutôt être fiers : un taux élevé des dépenses de protection sociale témoigne d’un haut niveau de solidarité ».

Sommaire du dossier
- Notre protection sociale coûte-t-elle trop cher ? 1/6
- Les dépenses de santé en France sont proches des autres pays 2/6
- L’État fait main basse sur l’Unédic 3/6
- Bismarckien ou beveridgien ? 4/6
- Seulement 3 % pour la lutte contre la pauvreté et l’exclusion 5/6
- Les dépenses de protection sociale témoignent du niveau de solidarité 6/6

Philippe Le Clézio, responsable du service Protection sociale de la CFDT, répond à nos questions.

La France a l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés d’Europe ?

Philippe Le Clézio

Philippe Le Clézio. Ces comparaisons internationales n’ont pas grand sens. S’il n’y a pas versement à un organisme tiers, il n’y a pas prélèvement. Ainsi lorsqu’une entreprise prend en charge directement le versement des pensions de retraite, ces ressources ne sont pas comptabilisées dans les prélèvements obligatoires, donc pas dans les ressources publiques. Il en va de même pour la dépense correspondante. Ceci explique l’écart conséquent avec les États-Unis et l’Allemagne.

De plus, pour être considéré comme un prélèvement obligatoire, le cotisant ne doit pas avoir le choix entre plusieurs organismes prestataires. Dans plusieurs pays, l’assurance maladie y est obligatoire et tous les organismes doivent répondre à un cahier des charges assurant un panier de soins, parfois de haut niveau. Mais comme le ménage peut choisir entre plusieurs organismes, les ressources et les dépenses ne sont pas considérées comme publiques.

Certains disent que la protection sociale coûte trop cher, que cela nuit à l’économie…

La notion même de « coût » est ambiguë. La protection sociale est un énorme système de redistribution des revenus, dix fois plus puissant que l’impôt sur le revenu. Redistribution des actifs vers les retraités ou les chômeurs, redistribution vers les bas revenus quand il s’agit de l’assurance maladie, ou des prestations familiales.

Le système ne nuit pas à l’économie ! Les cotisations, impôts et taxes prélevés sur les ménages et les entreprises sont transformés en prestations. Elles bénéficient soit directement aux ménages pour les prestations en espèces (retraites, allocations chômage, prestations familiales…). Dépensées, elles alimentent la consommation et la croissance. Soit elles leur bénéficient indirectement pour les prestations en nature : maladie, services sociaux… Elles font vivre des professions et des salariés (secteur de la santé, des services à la personne par exemple) qui vont à leur tour consommer et alimenter la croissance.

Nous devrions plutôt être fiers : un taux élevé des dépenses de protection sociale témoigne d’un haut niveau de solidarité.

Face aux attaques contre les dépenses de santé, de chômage et de retraites qui seraient trop élevées, quel est avenir de la protection sociale française ?

L’avenir passe par un débat transparent sur ce que veulent les citoyens. On peut certes faire des économies dans certains secteurs, celui de la santé principalement, grâce à une meilleure organisation du système de soins. Mais il faut être lucide : le vieillissement de la population et le progrès médical accroissent les dépenses. On peut guérir aujourd’hui de plusieurs maladies dont une seule faisait mourir au moment de la création de la Sécurité sociale. Et alors que l’espérance de vie était inférieure à l’âge légal de départ à la retraite en 1945, on vit en moyenne bien plus de 20 ans en retraite de nos jours.

Les « libéraux » veulent nous faire croire que l’avenir serait la baisse des dépenses, qu’il n’y a pas de débat. Eh bien si, il y a débat ! On peut par exemple augmenter les ressources de l’assurance maladie. Pourquoi les ménages accepteraient-ils des hausses de cotisations des complémentaires santé et pas une augmentation de la CSG ? Et ceux qui acceptent de payer plus à une complémentaire sont-ils indifférents au sort de ceux qui, faute de moyens, renoncent ou diffèrent des soins essentiels ?
Pour la CFDT, il faut tenir un langage de vérité. Cela suppose beaucoup de pédagogie et de débats d’éducation populaire transparents, mais c’est la condition pour que les citoyens se réapproprient les enjeux et orientent les choix essentiels en toute connaissance de cause.

Propos recueillis par Claude Wagner