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Les déserts médicaux gagnent du terrain


Depuis une vingtaine d’années, les déserts médicaux gagnent du terrain. Longtemps la région Centre-Val de Loire était la référence du désert médical, désormais l’Île-de-France, la Bourgogne-Franche-Comté sont aussi touchées.

Sommaire du dossier
- Les déserts médicaux, une inégalité de santé
- Les déserts médicaux gagnent du terrain
- S’opposer à la déprise médicale est possible
- Pour un accès aux soins partout et pour tous !
- Permettre une prise en charge de tous les patients

À part quelques zones privilégiées (Paris, le pourtour méditerranéen, les côtes bretonnes), les déserts se développent dans les villes petites et moyennes, les communes rurales et les quartiers en difficulté. La pénurie ne concerne plus seulement les médecins généralistes, désormais ce sont aussi des spécialités et même les dentistes, les infirmiers. Le nombre des pharmacies est en diminution : 35 % des officines se situent dans des communes de moins de 5 000 habitants.
Conséquence de la pénurie des médecins spécialistes, les délais d’attente avant un rendez-vous peuvent osciller de 30 jours à 6 mois chez un ophtalmologiste, un rhumatologue ou encore un dermatologue. Alors que le site de l’Assurance maladie spécifie que le médecin traitant apporte un meilleur suivi médical et offre de soins adaptés, 11 % de la population des plus de 17 ans se trouve sans médecin traitant.

Une situation insupportable

Le non-accès aux soins constitue une rupture d’égalité entre les citoyens. Conformément au Préambule de la Constitution de 1946, la Nation « garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé ».
La pandémie de Covid-19 a désorganisé le système de soins, mais elle a aussi rappelé que la santé est une préoccupation majeure. Ce sujet a été présent dans l’ensemble des programmes des élections, présidentielle et législatives, et sans pour autant faire la Une dans les débats.
La pénurie de soignants conduit près d’un tiers des Français à renoncer à consulter un médecin généraliste et 40 % à renoncer à un rendez-vous chez un spécialiste. L’Association des maires ruraux a publié une étude en septembre 2021 intitulée « Accès aux soins en milieu rural : la bombe à retardement », qui souligne un accroissement des inégalités de vie en milieu rural. Ces inégalités territoriales accentuent le sentiment d’abandon ressenti par certains de nos concitoyens.
Le vieillissement de la population engendre de nouveaux besoins. Même si l’on vit plus longtemps en bonne santé, les personnes âgées doivent pouvoir bénéficier d’un suivi médical et d’actions de prévention. Les maladies chroniques se développent et le changement climatique aggrave certaines pathologies et en fait apparaître de nouvelles.

Comment en est-on arrivés là ?

Pendant cinquante ans, le numerus clausus [nombre d’étudiants autorisés à poursuivre des études de médecine] a été utilisé par les pouvoirs publics comme un outil de régulation car on estimait qu’il y avait trop de médecins en France. Dans les années 1990, seulement 3 500 places étaient ouvertes. Dans les années 2010, on passe à 7 000 à 8 000 jeunes formés. La réforme du numerus clausus en 2020 a permis à 10 500 étudiants d’entrer en seconde année en 2021. Mais le mal est fait. Le déficit, accentué par le départ en retraite – prévisible – de nombreux médecins, n’a cessé de se creuser. Mais cela n’explique pas tout.
La répartition des médecins sur le territoire est une autre composante du développement des déserts médicaux. Certes, les pouvoirs publics ont mis en place des aides financières à l’installation des jeunes médecins en territoire fragile, mais ceux-ci partent exercer vers des villes plus importantes deux ou trois ans après. Les médecins étrangers, venus en France dans l’espoir d’un exercice libéral de leur métier, ne se sont pas davantage installés de manière pérenne. Tout cela malgré les aides de l’État qui ont permis aux communes de mettre à disposition gratuitement des locaux, des logements…
Quant à l’obligation à l’installation, la plupart des syndicats de médecins professionnels la rejettent si elle est « brutale et aveugle et ciblée seulement sur les jeunes médecins ». Cela pourrait être contre-productif, car les professionnels visés partiraient ailleurs ou vers d’autres modes d’exercice.
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), dans une étude publiée fin 2021, montre que la problématique des déserts médicaux est un phénomène mondial. Le temps du médecin de campagne ne comptant pas ses heures et dont l’épouse assurait le secrétariat est depuis longtemps révolu, même s’il demeure un idéal pour nombre de patients. Le médecin d’aujourd’hui, comme ses concitoyens, souhaite des horaires compatibles avec sa vie privée, accéder, pour sa famille et pour lui-même, aux loisirs et à la culture. Il est rarement tenté par l’aventure en solitaire dans un désert médical.

Des perspectives pour endiguer les déserts médicaux

Le Plan « Ma santé 2022 » privilégie une approche multi leviers. Il ne se limite pas à l’aspect quantitatif, il propose de restructurer le système de santé français. Pour l’accès aux soins, deux axes d’intervention : « Encourager de nouvelles formes d’exercice médical dans les déserts médicaux » et « Libérer du temps médical en s’appuyant sur d’autres professionnels de santé ».
Les nouvelles formes d’exercice existent déjà dans les Maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) et les centres de santé où travaillent, de façon coordonnée, différents professionnels. La pluridisciplinarité permet la prise en charge globale du patient, et les MSP ont vocation à devenir des « objets de la vie quotidienne ».
L’objectif de doublement des MSP et centres de santé d’ici à fin 2022 a été freiné par la crise Covid-19. Malgré la perspective du travail en équipe pluridisciplinaire, la recherche de médecins généralistes s’avère complexe. Peu de jeunes sont prêts à rejoindre les MSP. Les candidats sont plutôt des médecins proches de la retraite qui voient dans ce type d’exercice une bouffée d’air.
Libérer du temps médical passe par une délégation des tâches. Pour des patients chroniques ou âgés, la prise en charge passe par un professionnel paramédical supervisé par le médecin traitant.

Maison de santé, pôle de santé, centre médical, de quoi parle-t-on ?

Dans les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), introduites dans le Code de la santé publique en 2007, les professionnels (médecins, infirmières, sages-femmes…) gardent leur statut libéral mais adhérent à une association porteuse du projet de santé sur le territoire. C’est ce qui fait leur union et donne un caractère spécial à leur exercice en commun. En juin 2021, 1 889 MSP fonctionnent et 366 sont en projet.
Dans les centres de santé, les professionnels sont salariés. Dans certains centres, ils ont un contrat où leur rémunération est fonction du nombre d’actes réalisés au-delà d’un certain seuil. Le statut des centres de santé a été complètement révisé par l’ordonnance 2018-7 du 12 janvier 2018.
Les autres formules (pôle médical, maison médicale, pôle de santé, centre médical) correspondent à des formes de regroupement de moyens (locaux, secrétariat…) mais sans projet de santé commun formalisé.
www.ecologie.gouv.fr/maisons-sante-pluriprofessionnelles

Dans les territoires, les actions se multiplient

Des régions et des collectivités locales recrutent des médecins généralistes salariés dans l’optique de créer un service public de santé de proximité, comme en Occitanie, Centre-Val de Loire…
Les bornes de téléconsultations sont accessibles dans les pharmacies ou les espaces France services. Mais l’utilisation de l’appareil de téléconsultation nécessite d’être accompagné par un infirmier ou un pharmacien.
Pour rompre l’isolement médical des personnes âgées, une expérimentation est conduite par La Poste et le Gérontopôle de Toulouse. Une dizaine de facteurs, à l’aide d’outils de diagnostic très simples, collectent des informations sur la santé des seniors (audition, vue, mémoire).

La borne Medadom propose une mise en relation rapide avec un médecin généraliste, en pharmacie ou dans une maison France services.