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Les diverses formes d’habitat (2/6)


Si l’Europe du Nord voit la réalisation de plusieurs formes d’habitat partagé, cette démarche est encore très timide en France, malgré l’investissement de plusieurs communes.

Sommaire du dossier
- De nouvelles formes d’habitat pour les retraités (1/6)
- Les diverses formes d’habitat (2/6)
- L’habitat participatif et solidaire, une réalité en Allemagne (3/6)
- L’intergénérationnel au quotidien (4/6)
- Changer les politiques territoriales du vieillissement (5/6)
- Un cadre de vie adapté à toutes les générations (6/6)

Dans de nombreux cas, la propriété empêche la mobilité. Une maison s’avère être « une maison pour la vie », 64 % des ménages de plus de 65 ans vivent en maison individuelle, ils veulent laisser un héritage à leurs enfants d’où le refus pour beaucoup de demander l’Aspa (allocation de solidarité aux personnes âgées), car les actifs successoraux supérieurs à 39 000 euros devront être remboursés par les héritiers. Beaucoup de ces seniors ont un faible niveau de revenu sachant qu’à 80 ans, 70 % des femmes ne vivent plus en couple, et les nouveaux modes de vie familiaux, comme la dispersion géographique des familles, ne permettent pas toujours un soutien au quotidien. Les personnes vivant « en solo » sont de plus en plus nombreuses, avec des difficultés pour sortir de chez elles. Quelles solutions de vie choisir ?

La colocation
Plusieurs associations font la promotion d’un habitat intergénérationnel, dont la CFDT, avec « Partage de toit ». Des plus jeunes viennent habiter chez des plus âgées. Le dispositif CoSI (Cohabitation solidaire intergénérationnelle) coordonne toutes les associations adhérentes. D’autres associations existent, certaines à caractère religieux, d’autres à caractère marchand. Les personnes âgées doivent être autonomes et les étudiants ne doivent pas être considérés comme « aidant familial ». De multiples arrangements existent, surtout dans les villes universitaires où le logement est rare et cher.

L’habitat partagé
À titre individuel, certaines personnes âgées se regroupent pour trouver une alternative à l’habitat collectif traditionnel. C’est le cas des Babayagas, groupe de femmes à Montreuil. Créer une coopérative pour vivre ensemble, comme le définit l’association Lo Paratge (le partage, en occitan), un lieu de compagnonnage solidaire. « L’idée est de créer un lieu de vie autogéré, où l’on s’entraidera. Nous voulons aussi que cet espace soit ouvert au monde extérieur : participation à la vie locale, aide scolaire, stages de cuisine… ».
Les réalisations les plus structurées sont les béguinages, très nombreux en Belgique, au Pays-Bas… Ce sont des lieux de vie privée avec un espace collectif, géré souvent par une association, au centre de la ville. La personne peut faire ses propres repas, laver son linge et recevoir de la famille. Une ou plusieurs personnes référentes aident à l’organisation. Une vingtaine de villes du nord de la France, aidées par les HLM, montent des projets de béguinages.

L’habitat participatif
La loi Alur en 2014 a ouvert des possibilités pour des coopératives d’habitants. En France, ce dispositif reste minoritaire car les institutions ou la famille font souvent blocage. Les financements ne sont pas adaptés et les arrêtés tardent à être publiés. Les banques refusent de reconnaître le groupe d’habitants, n’acceptant comme interlocuteurs que les ménages individualisés. Pourtant les personnes âgées, en faisant valoir leur patrimoine déjà constitué, pourraient être des garants pour les membres considérés comme précaires par les organismes de crédit. Certains projets ne sont éligibles qu’aux bénéficiaires de logements sociaux. Enfin, la famille s’oppose souvent à ce nouveau choix de vie qu’elle juge hasardeux et elle vit mal la vente de la maison familiale.

Les expérimentations territoriales du logement intermédiaire
Certains bailleurs sociaux, vu le vieillissement de la population, expérimentent de nouveaux projets avec l’aide de collectivités locales. Ils travaillent en réseau pour conjuguer les financements dont bénéficie l’habitat intergénérationnel, par le biais des agences régionales de santé (ARS) et des PRS (projets régionaux de santé). Selon la Caf (Caisse d’allocations familiales), il s’agit de petites unités de vie intégrant des espaces privés et des espaces communs, pour accueillir des locataires jeunes et des personnes vieillissantes.
Sans être une vie communautaire, ce dispositif est plus qu’une simple cohabitation. Il propose une pièce commune pour des activités diverses définies en fonction du projet. Il comporte également une salle annexe qui permet d’organiser des rendez-vous médicaux (kinésithérapie, soins infirmiers…).
Une charte de vie est élaborée pour fixer et partager collectivement les règles de bon fonctionnement du lieu. Les activités sont pensées en lien avec les services de la commune. Des activités physiques adaptées aux personnes âgées (ateliers équilibre et prévention des chutes…) sont proposées. Pour les services médicaux, un partenariat avec l’Ehpad le plus proche est négocié. Des informations sont dispensées sur les dispositifs d’aide à domicile et d’adaptabilité du logement. Les activités culturelles et artistiques sont partagées avec les familles. Des espaces de loisirs sont prévus, espaces de jeux pour enfants, médiathèque et coin lecture, point multimédia avec Internet et TV… À Amiens, la résidence intergénérationnelle a été mise en service en 2018.

L’habitat inclusif
Ce type d’habitat est destiné aux personnes handicapées et aux personnes âgées. Les Petits Frères des Pauvres ont créé des colocations pour malades d’Alzheimer. C’est une alternative à l’hébergement en institution. Il s’agit de petits ensembles de logements indépendants, caractérisés par des espaces de vie individuelle, associés à des espaces de vie partagés dans un environnement aidant et sécurisé. Le logement peut être meublé ou non. Il est adapté aux handicaps, fauteuil roulant, domotique… Les résidents bénéficient de services sociaux et médico-sociaux, aides de vie et infirmières, ainsi que d’animateurs ponctuels en fonction des besoins.

La famille d’accueil
L’accueil familial est une solution d’hébergement pour les personnes âgées, seules ou en couple, qui ne peuvent ou ne veulent plus vivre chez elles, momentanément ou définitivement. L’accueil familial est proposé par des accueillants familiaux agréés par le conseil départemental. Ainsi, 119 familles sont titulaires de l’agrément dans le département des Côtes-d’Armor et elles accueillent 203 personnes. Les accueillants font partager aux personnes âgées leur vie de famille, moyennant rémunération. L’hébergement, la restauration, l’entretien des effets personnels et des pièces mises à sa disposition sont assurés par les accueillants. Le dispositif « Famille d’accueil » permet aux personnes âgées de bénéficier des aides sociales et fiscales.

Lors des trophées « Silvereco 2019 », parrainés par le ministère des Solidarités et de la Santé
Sur 150 projets proposés, la meilleure initiative intergénérationnelle a été attribuée aux « maisons de Marianne ». Elles répondent à une double problématique, prendre en compte les petites retraites et protéger de l’isolement. La réussite d’un projet intergénérationnel passe par un objectif clair, celui de lutter contre l’isolement et ses conséquences sur la perte d’autonomie. L’implication de tous les partenaires, ville, bailleur social, associations et prestataires locaux est requise ainsi que l’adhésion des résidents. Tous doivent partager l’objectif et la philosophie du projet : adapter la fonctionnalité des lieux, bénéficier de services et de lieux communs animés par une équipe compétente. La cohabitation doit être organisée.

Inventer une autre façon de vivre et de vieillir
Toutes ces initiatives veulent expérimenter un habitat intermédiaire entre son logement et la maison de retraite. Parce que nous vivons de plus en plus longtemps en bonne santé, parce que nous pouvons bénéficier des progrès de la domotique dans notre quotidien, mais aussi d’une meilleure prise en charge de la société. À nous de nous mobiliser pour inventer une autre façon de vivre nourrie de sécurité, d’indépendance et de liens sociaux. Nous ne pouvons accepter une société ségrégationniste en fonction de l’âge. Désormais, nous voulons vivre dans une société intergénérationnelle.

Des espaces de convivialité.