Action internationale


Les esclaves modernes


Ils sont des dizaines de millions au service des particuliers. Ils nettoient, pouponnent, cuisinent, conduisent et jardinent. La plupart du temps pour rien ou un salaire de misère et dans des conditions de vie et de travail indignes.

Le 16 juin 2011 fut un jour historique pour des millions d’esclaves modernes. Ce jour-là, l’Organisation internationale du travail (OIT) a reconnu l’existence des 52,6 millions de travailleurs domestiques déclarés à travers le monde. Ils seraient en réalité le double. Parmi eux, plus de 7 millions d’enfants de moins de 15 ans.

En affirmant que ces hommes (20 %) et ces femmes (80 %) sont des travailleurs comme les autres, qu’ils ont droit à un contrat de travail, à un jour de congé hebdomadaire et à un numéraire minimum, l’OIT encourage la régulation d’un secteur dont 30 % des travailleurs sont totalement exclus de toute protection sociale.

Un phénomène mondial

Bien qu’inégalement concernés, l’exploitation des travailleurs domestiques est une chose avérée dans tous les pays. En Arabie Saoudite, les travailleurs domestiques sont peu protégés contre les abus commis par leurs employeurs comme les retenues de salaires, la durée du travail et parfois les violences physiques et sexuelles. Les employeurs sont rarement condamnés et les travailleurs ne peuvent se défendre.

Dans ce pays les syndicats sont interdits. Cependant, sous la pression du gouvernement philippin, son homologue saoudien a été obligé à certaines concessions pour la protection des 180 000 à 400 000 domestiques philippins présents dans le royaume. Sans mécanisme de surveillance, il sera toutefois difficile de faire entrer dans les faits ces nouveaux droits.

Dans un magasin de Moscou, 10 travailleurs forcés s’affairaient dans les entrepôts. Les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale restent un gisement de travailleurs esclaves pour l’économie russe. Une association semi-clandestine essaye de venir en aide et à libérer ces travailleurs. Elle collecte chaque mois quelque 500 appels d’anonymes ou de parents sans nouvelles de leurs enfants.

Un combat pour le droit

L’adoption d’une convention par l’OIT sur les travailleurs domestiques est symboliquement forte. 20 000 d’entre eux se sont déjà syndiqués selon la confédération syndicale internationale. C’est peu. Mais c’est déjà beaucoup lorsqu’on connait les difficultés pour approcher ces travailleurs par définition très isolés.

Mais pour que cette convention entre en vigueur, les gouvernements doivent la ratifier, la transposer dans leur droit national et l’appliquer. La convention a aujourd’hui été ratifiée par une dizaine d’États (Philippines, Uruguay, Paraguay …) Et l’Italie, seul pays occidental, s’apprêterait à le faire. Selon J-C. Javillier, professeur de droit, les plus rapides à signer ne sont pas toujours les plus prompts à mettre en application. Reste l’exemplarité de la ratification : « il ne faut pas laisser penser que les normes sont bonnes pour les autres et pas pour nous. Les pays émergents ne sont plus disposés à écouter des discours moralisateurs de la part de pays qui sont loin d’être toujours exemplaires. »

Guy Gouyet

Sources : Alternatives internationales

La France épinglée

Salma avait huit ans quand une amie de son père lui a proposé de venir en France « pour aller à l’école ». Un an après, la jeune marocaine, déscolarisée, se retrouve à devoir faire toutes les tâches ménagères de différentes familles. Son calvaire a duré deux ans. Jusqu’à ce qu’elle croise la route du Comité contre l’esclavage moderne (CCEM). Qu’il soit domestique ou sexuel, l’esclavage est une réalité française dans les beaux quartiers mais aussi dans les banlieues défavorisées. Et pourquoi se priver quand on sait qu’un an de prison ferme est la peine la plus lourde qu’ait prononcée un tribunal à l’encontre d’un employeur « indélicat » ? La France a déjà eu droit à deux condamnations devant la Cour européenne des droits de l’homme en 2005 et 2012 qui exige que la France crée une incrimination spécifique sur le travail forcé et la servitude.