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« Les héroïnes de l’aide à domicile »


La crise sanitaire a mis sur le devant de la scène des travailleuses, « invisibles » jusque-là, les auxiliaires de vie et aides à domicile. Le quotidien Libération en avait fait le titre d’une tribune en mars, « Les héroïnes de l’aide à domicile ». Reconnues par la population, elles ne l’ont guère été pendant la période la plus dure de l’épidémie par les pouvoirs publics.

Réduites souvent à une seule de leur fonction – l’entretien du logement – ces professionnelles (de l’ordre de 600 000 et pour la quasi-totalité des femmes) qui s’occupent des personnes âgées en perte d’autonomie, des malades et des personnes en situation de handicap, échappent à la reconnaissance et à la considération dont jouissent à juste titre les « soignants ». Si une aide à domicile, c’est quelqu’un qui fait le ménage, pourquoi aurait-elle besoin de masque ? Et pourtant, si elle réalise cette tâche souvent considérée comme subalterne, mais ô combien nécessaire, l’essentiel de son activité consiste à fournir des prestations dites de gestes au corps (aide au lever et au coucher, aide à la toilette, aide à l’élimination, etc.), des prestations d’aide au repas, d’accompagnement à la vie sociale (courses, sorties…). Elle passe, en fonction des degrés de perte d’autonomie, entre 28 et 52 heures par mois auprès des personnes âgées bénéficiaires de l’aide personnalisée d’autonomie (moyenne plus élevée, en prestation de compensation du handicap, soit 72 heures). Une partie de ses actes se passe au plus près de la personne, sans pouvoir respecter la règle de « distanciation sociale ».

Pas de priorité pour les masques et les équipements

Pendant la crise, elles n’ont pourtant jamais été parmi les personnels prioritaires pour bénéficier des équipements et ont donc été particulièrement exposées au virus. Guillaume Quercy, président de l’Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles (UNA), s’exprimait ainsi au mois de mars : « Les pouvoirs publics doivent prendre conscience que nous jouons un rôle de digue. On fait tout pour maintenir les gens chez eux et que l’hôpital soit le moins submergé possible. On nous sollicite aussi pour assurer les sorties d’hospitalisation de malades, atteints par d’autres pathologies que le Covid-19, que l’on renvoie à domicile pour libérer des lits. On le fait avec des effectifs réduits, sans protections… La situation est très tendue, on espère juste que la digue ne lâchera pas. »

Des conditions de travail et des rémunérations dénoncées depuis longtemps par la CFDT

Cette situation n’a malheureusement pas constitué une surprise pour la CFDT. Le manque de considération a des conséquences très concrètes. Des métiers mal rémunérés avec un démarrage au Smic, voire en dessous, des progressions salariales et des perspectives d’évolution très faibles, des conditions d’exercice très difficiles se traduisant par un nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles « trois fois supérieur à la moyenne nationale ». À cette liste s’ajoute un travail à temps partiel souvent subi. 79 % des salariés sont à temps partiel dans cette branche. La conclusion s’impose avec 17,5 % de ménages pauvres parmi les intervenants à domicile contre 6,5 % en moyenne pour l’ensemble des salariés.
Pendant les débats autour de la loi de financement de la Sécurité sociale, quatre organisations du secteur, l’UNA pour l’associatif, la Fedesap (Fédération des services à la personne et de proximité) et le Synerpa (Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées) pour le privé et l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées) pour les directeurs de structures exigeaient une « refondation profonde » du secteur associé à « un investissement massif » qu’elles chiffraient à 2,8 milliards d’euros. Elles prévenaient que sans cet investissement, les structures « ne pourront plus continuer à accompagner les personnes âgées et handicapées » et que cela conduira à « une situation de crise sans précédent ».

Yves Vérollet

L’aide à domicile ne peut pas respecter la « distanciation sociale ».