Notre dossier Europe


Les noces d’or du couple franco-allemand


L'histoire nous l'apprend : on devrait interdire le divorce pour le couple franco-allemand ! Fondé sur le traité de l'Élysée, ce mariage de raison va avoir 50 ans.

Le couple franco-allemand est né de la volonté de bâtir une entente durable entre deux pays qui se sont durement affrontés à plusieurs reprises tout au long de leur histoire. Cela s’est traduit notamment par le traité de l’Élysée du 22 janvier 1963 signé entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer.

Ce traité répond à trois objectifs :
- sceller symboliquement la réconciliation franco-allemande ;
- créer entre les deux peuples et, en particulier leurs jeunesses, une véritable amitié ;
- favoriser la construction de l’Europe unie.

On compte depuis de nombreuses réalisations communes :
- Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) : créé dès 1963, qui a permis à environ 7,5 millions de personnes jeunes de découvrir le pays voisin ;
- Arte : créée en 1990, elle constitue depuis une chaîne de référence pour la culture ;
- université franco-allemande : créée en 1999 sous forme d’un réseau d’accords entre universités françaises et allemandes ;
- sommets franco-allemands bimestriels ;
- désignation dans chaque pays d’un secrétaire général pour la coopération franco-allemande (les deux ministres délégués ou secrétaires d’État aux Affaires européennes ;
- Haut Conseil culturel franco-allemand : fondé en 1988 lors du sommet Kohl – Mitterrand, il a pour objectif de conseiller les deux gouvernements en matière de politique culturelle ;
- brigade franco-allemande : créée en janvier 1989 à la suite du sommet franco-allemand de novembre 1987.

50e anniversaire du traité de l’Élysée

À ces diverses réalisations il faut ajouter la coopération entre les assemblées parlementaires des deux États et les nombreux jumelages entre les communes et les régions des deux pays.

Dans une coopération qui cherche à se renouveler aujourd’hui dans une Europe en crise, les cérémonies du 50e anniversaire du traité de l’Élysée prennent un relief particulier. Parmi ces initiatives mentionnons :
- organisation d’une année franco-allemande (de septembre 2012 à juillet 2013 : période choisie pour tenir compte des vacances scolaires) ;
- 8 juillet 2012 : cérémonie à Reims entre les deux chefs d’État pour commémorer la rencontre entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer ;
- 22 septembre 2012 : rencontre pour célébrer le discours du Général de Gaulle à Ludwigsburg ;
- 22 janvier 2013 : cérémonies officielles du 50e anniversaire du traité ;
- juillet 2013 : le 50e anniversaire de l’OFAJ (Office franco-allemand pour la jeunesse).

L’avenir des relations franco-allemandes

Cet avenir est aujourd’hui problématique. Plusieurs évènements majeurs sont venus perturber l’édifice. En premier la réunification de l’Allemagne (1990) – dont il n’est pas sûr qu’en France on ait pris l’exacte mesure. Ensuite l’élargissement de l’Union européenne notamment aux pays de l’Europe centrale et orientale (2004). Dans la période présente les fortes différences pour ne pas dire divergences entre l’Allemagne et beaucoup d’autres pays européens dans la gestion de la crise.

L’Allemagne est devenue une grande puissance économique qui s’est quelque peu autonomisée vis-à-vis de l’Europe, elle a réorienté ses relations à l’Est de l’Europe (y compris avec la Russie) ; ses performances économiques actuelles (en matière de déficits publics et de commerce extérieur) lui donnent quoiqu’il en soit un poids significatif dans les rencontres et négociations européennes.

À cela il faut ajouter des divergences diverses citons pêle-mêle :
- la création de l’UPM (Union pour la méditerranée) lancée par la partie française : belle idée mais gâchée au départ car enclenchée sans concertation européenne ;
- les choix énergétiques dont notamment la décision allemande, suite à l’accident nucléaire de Fukushima - là aussi sans concertation européenne - d’arrêter toutes les centrales nucléaires allemandes d’ici 2022 ;
- l’abstention de l’Allemagne à l’ONU en mars 2011 relative à l’intervention militaire en Lybie.

La question fondamentale est donc posée (et le cinquantième anniversaire du traité de l’Élysée en fournit l’occasion) de savoir si l’intérêt général européen peut à nouveau prévaloir en s’appuyant sur le moteur du couple franco-allemand, lequel ne peut de toute façon pas dans une Europe à 27 se transformer en directoire et doit donc s’adapter et se transformer.

À l’évidence une meilleure compréhension mutuelle des intérêts, des cultures, des stratégies est nécessaire pour donner un nouveau souffle au couple franco-allemand : en aucun cas les règles ne pourront se substituer à un projet européen solide et partagé.

Jean-Pierre Moussy

En savoir plus : quelques textes de référence
- 22 janvier 1963 : traité de l’Élysée ;
- 22 janvier 1988 : création du Conseil économique et financier franco-allemand (CEFFA) ;
- 22 janvier 1988 : création du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité ;
- 1989 : création du Conseil franco-allemand de l’environnement (CFAE) ;
- 4 février 2010 : agenda franco-allemand 2020.