Stats et études


Les pauvretés au féminin


Depuis près de trente ans, le rapport du Secours Catholique fait la une de l'actualité. En 2009 le document se focalise sur « la pauvreté au féminin ». Sur 630 000 situations de pauvretés rencontrées en 2008, les femmes représentent 54,4%.

Vivre seule, avec ou sans enfants, rend plus vulnérable à la pauvreté. En 20 ans, la proportion des familles monoparentales accueillies par les équipes du Secours Catholique est passée de 49 à 60 %. Elles sont 3,4 fois plus nombreuses qu’au sein de la population française.

À cela plusieurs raisons : l’activité professionnelle des femmes reste inférieure à celle des hommes. Et quand on parle de « travailleurs pauvres » il serait plus judicieux de parler de « travailleuses pauvres. »

Beaucoup travaillent à temps partiel, une situation subie qui engendre une insuffisance chronique de ressources. Les autres ont dû faire le choix ( ?) de rester au foyer pour s’occuper des enfants. En l’absence de solution de garde, l’accès à l’emploi devient impossible. Conséquence : plus de 52 % ne vivent que de transferts sociaux.

Dans ce panorama général, des situations apparaissent très différentes suivant la présence ou non d’enfants au foyer, suivant l’âge et le montant des ressources.

Premier profil, les jeunes femmes précaires (6 % des femmes accueillies).Il s’agit de très jeunes femmes, étudiantes ou fugueuses, en logement précaire ou à la rue. Près de 60 % d’entre elles déclarent n’avoir aucune ressource ni aucune activité professionnelle reconnue. Proies faciles pour le travail au noir, les violences subies ou la prostitution.

La rupture du couple

Deuxième profil, les jeunes mères (27 % du total). La rupture du couple est dans 80 % des cas la cause première de la situation. Ayant un enfant, ces femmes bénéficient de ressources régulières mais très faibles : 70 % d’entre elles ne vivent que de transferts sociaux avec un niveau de vie moyen de 600 € par unité de consommation. La pauvreté s’enracine alors dans la durée.

La catégorie suivante (17 %) est composée de femmes en couple avec enfants. Elles ont entre 25 et 40ans. Leur niveau de vie est presque toujours en dessous du seuil de pauvreté (908 € en 2007). Que le handicap, la maladie, un accident survienne et ces mères basculent. L’endettement voire le surendettement est beaucoup plus présent que dans les autres groupes. Plus de huit familles sur dix ont des dettes de loyers, d’électricité, d’assurance, de consommation.

Aides financières et lien social

La catégorie des mères seules plus âgées se retrouve dans un cas sur cinq. Le compagnon a quitté le domicile. Les enfants ont grandi. Le niveau de formation peu élevé les éloigne du marché de l’emploi. Leur inactivité est surtout liée à des problèmes de santé auxquels vient s’ajouter l’isolement.

Enfin les femmes sans enfant à charge représentent 30 %. La moitié d’entre elles ont 50 ans et plus, 43 % n’ont plus d’activité professionnelle (pour cause d’invalidité dans 20 % des cas). Elles disposent de ressources variées mais insuffisantes. Rarement surendettées, elles cumulent des impayés liés au loyer, l’énergie et l’eau dans un cas sur deux. Seules, très exposées à la solitude, avec de faibles ressources et une famille peu présente, elles ont autant besoin de créer du lien social que de recevoir une aide financière.

L’apanage des femmes

Comment ne pas partager l’impatience du secrétaire général du Secours Catholique ? En présentant cette enquête, Pierre Levené l’affirme : « Il reste beaucoup à faire pour garantir l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes que ce soit au niveau des rémunérations, de l’accès à la formation ou du statut de l’emploi. Il est en particulier intolérable que le temps partiel subi et les horaires atypiques soient l’apanage des femmes. »

Daniel Druesne

Source : Rapport 2008 du Secours Catholique reposant sur les statistiques d’accueil de 633 000 situations de pauvreté touchant 1,45 million de personnes.

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