Actu revendicative


Les populismes en question


Les idées simples, la peur de l'autre et des cultures différentes progressent. Le rejet des dirigeants et des élites aussi. La crise et la précarité accélèrent la montée des populismes. Face à cette menace, comment faire preuve de pédagogie contre les idées reçues et revivifier notre démocratie ?

« On paie trop d’impôts, c’est toujours les mêmes qui paient, les pauvres n’en paient pas ».
Faux, ce sont les non imposables qui paient le plus par ce que représente la TVA dans leurs revenus modestes. Les impôts divers, si injustes soient-ils, financent le fonctionnement de notre société.

Autre idée fausse à démonter. « L’immigration augmente d’année en année (…), les étrangers prennent les emplois des Français. Ils creusent le trou de la Sécu… » La France est dans la moyenne européenne, un grand nombre d’emplois occupés sont non pourvus par les Français. La présence des populations de nationalités étrangères en France crée de la richesse et donc de l’emploi, grâce à l’apport de leur consommation, de leurs impôts et de leurs cotisations.

« Les étrangers profitent facilement des minima sociaux ». C’est encore faux, puisqu’il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du RSA si on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne.

« Les politiques, les dirigeants sont tous pourris »… Point par point, à partir de la réalité, il nous faut donc expliquer ce qui constitue la réalité et le fonctionnement de notre société, apporter des réponses aux convictions qui dérangent.

Des boucs émissaires faute de réponse

La campagne présidentielle de plusieurs candidats s’est appuyée sur un désarroi réel, une incertitude de l’avenir pour opposer les Français entre eux et leurs différentes cultures. Les victimes de la crise sont devenues des « assistés » et des coupables. « Le vrai travail » est opposé aux sans emploi. Faute de réponse économique et sociale, on met en avant des boucs émissaires : les étrangers, les musulmans, les élites dirigeantes, les corps intermédiaires, les voisins européens…

Le populisme est une critique des élites qui prône un recours au peuple par la démocratie directe. Le peuple est présenté comme une masse unie. Face à des difficultés réelles ou ressenties, on assiste à une forme de réponse simplificatrice et perverse. Pour le politologue Dominique Reynié, « le peuple du populisme est une agrégation de colères individuelles, de protestations disparates, morcelées qui n’ont pas grand chose à faire ensemble quand elles ne sont pas purement et simplement contradictoires (…) Les référendums nationaux sur les questions européennes ont favorisé puis amplifié le succès des populistes de droite, mais aussi de gauche… »

Pour l’historien Pierre Rosanvallon, il s’agit d’une culture du rejet : « On assiste à une montée en puissance des sentiments protectionnistes accompagnés de xénophobie (…) La seule façon de faire régresser le Front National, c’est de s’atteler à la résolution de la question sociale et de redonner un cadre rénové à la vie démocratique (…) La République exemplaire, c’est celle de la démocratie complexe. »

Jacques Rastoul

Pour aller plus loin

- « Les idées fausses, ça suffit » Document téléchargeable sur www.atd-quartmonde.fr
- Le faux « nouveau FN » www.cfdt.fr (rubrique Boîte à outils/Argumentaires)
- Le Manifeste « Pour un pacte social » www.cfdt.fr
- « Populismes : la pente fatale » de Dominique Reynié, Éd. Plon.
- « Penser le populisme » de Pierre Rosanvallon, document téléchargeable sur www.laviedesidées.fr
- « Droites populistes et extrêmes en Europe occidentale » de Gilles Ivaldi, Éd. La Documentation française, collection Études.
- « Après la démocratie » d’Emmanuel Todd, Éd. Gallimard.