Actu revendicative


Les résultats en graphiques de l’enquête retraités modestes


Il est des évidences qu'on devine, mais qui n'en finissent pas d'étonner. Mener l'enquête sur les basses pensions, c'est toucher du doigt les mécanismes qui discriminent. C'est passer de slogans faciles maintes fois répétés à des réalités de vie partagées.

Soyons précis. Les chiffres ici présentés ne relèvent ni d’un sondage ni d’une enquête scientifique. Il s’agit seulement d’une photographie prise « au hasard » de rencontres et d’initiatives de militants de la CFDT Retraités qui ont cherché à en savoir plus. Mais les résultats de l’enquête recoupent étrangement (à vrai dire pas si étrangement que cela) les principales conclusions des études et observations relatives au sujet (voir « En Chiffres ») Mieux encore, elles les affinent, les approfondissent.

Âge de la population

Et femmes. Et seules

Alors que 52 % des ménages retraités sont imposables, seuls 21 % des répondants paient des impôts du fait de leurs revenus d’épargne ou de loyers perçus. Dès lors, il fallait écrêter l’échantillon des 1 563 questionnaires reçus pour se concentrer sur les 1 505 seuls « retraités aux revenus modestes », voire sous le seuil de pauvreté.

Et là les chiffres se mettent à parler ! 75 % des personnes vivent seules, soit du fait du décès du conjoint, d’un divorce ou d’un célibat. 80 % des situations concernent des personnes qui croisent isolement et seuil de pauvreté. Cette solitude touche près de 9 femmes sur 10. À l’inverse, 6 hommes sur 10 vivent en couple.

Les droits à la retraite

87 % des femmes et 96 % des hommes ont eu une activité professionnelle. Mais le calcul de la retraite dépend de plusieurs facteurs. Et on va de surprise en surprise.

La population concernée a commencé à travailler jeune, voire très jeune : 6 personnes sur 10 ont commencé avant 16 ans. Et 9 sur 10 avant vingt ans, sans qu’il y ait, en la matière, de différence significative entre les hommes et les femmes.

Pas de différence notable non plus entre les carrières des hommes et des femmes dans le secteur privé (64 %) et l’ensemble des fonctions publiques (16,5 %). Juste note-t-on quelques variables dans l’agriculture (moyenne 11 %) dont 15% pour les hommes contre 9% pour les femmes.

Dans un cas sur deux, les personnes concernées touchent une pension complète, mais avec des variables significatives entre les hommes (71 %) et les femmes (41 %). Plus encore : 67% des personnes vivant sous le seuil de pauvreté « touchent » une pension complète. Plusieurs explications à ces résultats étonnants, à commencer par la déliquescence progressive au fil des ans du montant des pensions, et les modes d’évolution du minimum contributif.

Quelles sont les raisons principales des pensions incomplètes ? On sera d’abord surpris du taux de non réponse (71 % chez les hommes et 43 % chez les femmes) dû sans doute à la diversité des 36 régimes de retraite et règlementations qui rendent illisible notre système de retraite. Parmi les raisons identifiées, 59% des hommes déclarent avoir changé de secteur d’activité contre 45% des femmes. Mais l’éducation des enfants frappe aussi particulièrement les femmes.

Les raisons d’une pension incomplète

HommesFemmesEnsemble
J’ai connu une ou plusieurs périodes d’inactivité ou de travail à temps réduit 6,2% 8,7% 7,8%
Je n’ai pas toujours été salarié ou je n’ai pas toujours cotisé pour la retraite 5,1% 11,0% 9,3%
Je me suis arrêté pour élever les enfants 19,4% 13,5%
Autre raison 10,3% 11,3% 11,0%
Sans réponse 71,1% 43,3% 52%

Dernier facteur de l’ouverture des droits à la retraite : l’âge de départ. 40% des personnes aux revenus modestes sont parties à 60 ans. Et 25% d’entre elles sont parties après 65 ans (14 % des hommes et 28 % des femmes !).

L’âge de départ en retraite

Avant 60 ansA 60 ansEntre 61 et 64 ansA 65 ans et plus
Homme 19 % 52 % 15 % 14 %
Femme 11 % 47 % 14 % 28 %

Mode de vie et habitat

L’échantillon de la population est peu urbain. Plus de 3 personnes sur 10 vivent en zone rurale : un bourg ou un village. La moitié dans une petite ville et dans une ville moyenne. Un peu moins de 2 sur 10 en zone très urbaine, grande ville ou agglomération, et Paris. L’équilibre s’opère entre propriétaires (45 %) et locataires (46 %). Toutefois 90% des locataires et 75 % des propriétaires disposent de revenus modestes.

Mais le fait d’être propriétaire n’améliore que partiellement les conditions de vie. La différence de 10 % entre les charges des locataires et celles des propriétaires est significative. Le coût du loyer explique ce résultat.

Les dépenses de logement

Le Top 5 des dépenses

Avec le loyer, l’alimentation et les charges du logement constituent à elles seules 65 % des dépenses. Viennent ensuite la cotisation à une complémentaire santé (une personne seule acquitte 80 euros par mois pour sa complémentaire santé).

Les retraités modestes économisent, en réalité, à la fois sur la complémentaire santé en termes de garantie, et les frais de santé non remboursés auxquels ils consacrent deux fois moins en valeur. À prendre en compte également dans le poste « dépenses », les frais d’entretien du logement.

Maîtriser l’équilibre entre revenus et dépenses

Les retraités modestes vivent dans des situations financières difficiles. La moitié remédie d’abord aux charges incontournables. L’autre moitié doit en permanence surveiller son budget. Il existe, en très faible proportion (7 %), des personnes qui disent s’accommoder de leurs petits revenus.

Comment gérer la pénurie ?

On économise en premier lieu sur les charges d’habitation (eau, électricité, chauffage) qui sont pourtant des dépenses de base. Mais aussi sur l’habillement et les voyages.

Les postes sur lesquels on se prive

Entretien du logementVacances VoyagesHabillementNourritureCharges d’habitation
Position 1 11 % 14% 20% 15% 23%
Position 2 5% 9% 27% 13% 10%
Position 3 7% 22% 13% 10% 11%
Total 23% 45% 60% 38% 44%

Plus encore, on se prive de tout ce qui est considéré, par nécessité, comme superflu : habillement, loisirs, aides ou cadeaux aux proches.

Les postes sur lesquels on économise

OuiClassement
S’habiller 65% 1%
Accéder à des loisirs 65% 1%
Mettre de l’argent de côté 60% 3%
Aider ses proches 51% 4%
Se déplacer 40% 5%
Se nourrir 34% 6%
Se soigner 24% 7%

Mais les retraités ne sont pas dans la plainte. Pour 9 % d’entre eux, leur niveau de vie est convenable : « mieux que pour d’autres » en tout cas. Pour 38 %, « en faisant attention, je n’ai pas de problème ». Reste que pour plus de la moitié c’est difficile « parfois » (35 %), voire « tous les jours » (17 %).