Actu revendicative


Les retraités face aux difficultés d’accès aux soins


Pénurie de médecins dans certaines régions, cabinets qui ferment en milieu rural, en banlieue, réforme du secteur hospitalier, déremboursements de médicaments : le monde médical et les malades ont connu d'importantes évolutions en cinq ans, qui n'ont pas forcément facilité l'accès aux soins. Avoir accès aux soins est pourtant un droit fondamental qui doit être effectif pour tous, partout et à tout moment. Notre système de protection sociale repose sur la solidarité nationale, solidarité entre tous les citoyens, entre tous les travailleurs, entre les actifs et les retraités. Cette valeur de solidarité est à la base de la création de la Sécurité sociale.

Les constats

29 % des Français, soit près de 20 millions de personnes, ont renoncé à se soigner ou ont reporté des soins faute de moyens au cours des mois précédents. Ils étaient 11% seulement il y a deux ans.
En quatre ans, le gouvernement a décidé :
- en 2009, d’augmenter de 2,5% à 5,9% la contribution CMU ;
- en 2010, d’instaurer une taxe de 3,5% sur les contrats solidaires et responsables ;
- en 2011, de doubler cette taxe, passant de 3,5 à 7%.

Depuis des années, les réformes successives remettent en cause le niveau de remboursement de l’assurance maladie. Même si la Sécurité sociale assure toujours la prise en charge de 75% des dépenses de santé, elle ne rembourse plus qu’1 euro sur 2 en ce qui concerne la médecine de ville.

Des dispositifs existent pour faciliter l’accès à une complémentaire santé. La CMU‐C concerne 4,2 millions de bénéficiaires. L’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS) a bénéficié en 2011 à 560 425 personnes. Mais le nombre de personnes qui l’utilisent est inférieur au nombre de personnes qui pourraient en bénéficier. Selon Philippe Warin, directeur de l’Observatoire du non-recours, « cela peut grimper très haut, jusqu’à 80% pour les aides à la complémentaire santé. »

En outre, pour bénéficier des aides en 2012, pour une personne seule, le seuil de la CMU-C est fixé à 648 euros, le seuil de l’ACS à 874 euros. Ces chiffres sont à mettre en corrélation avec le montant de l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées) à 777 euros depuis le 1er avril 2012 et le seuil de pauvreté à 954 euros.

Or sans complémentaire santé, la santé coûte très cher. Pour les soins dentaires et d’optique, les complémentaires assurent l’essentiel des remboursements avec de grandes disparités. Les difficultés prennent une importance accrue pour les retraités, particulièrement, pour les plus âgés en raison des handicaps liés au vieillissement.

Les difficultés liées à l’organisation des soins

La répartition des professionnels de santé est très inégale dans notre pays. Certaines régions comme l’Île-de-France ou Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Corse sont bien dotées, que ce soit en médecins généralistes ou en spécialistes. Par contre, le Nord, le Centre ont des besoins criants. À l’intérieur de chaque région, la répartition est également très irrégulière : les zones rurales, les zones montagneuses, certains quartiers urbains difficiles sont très mal dotés.
Cette pénurie de professionnels sur certains territoires entraîne de fortes inégalités dans l’accès aux soins, surtout pour les personnes âgées qui ont des difficultés de déplacement.
La loi HPST (hôpital, patients, santé et territoires) a mis en œuvre une carte hospitalière qui entraîne une centralisation excessive des centres hospitaliers au détriment des hôpitaux de proximité.

Les difficultés liées au comportement de certains professionnels de santé

Le nombre des médecins, et en particulier des spécialistes, qui n’appliquent pas les tarifs définis dans les conventions et qui pratiquent des dépassements d’honoraires est en constante augmentation. Plus de quatre médecins spécialistes sur dix sont installés en secteur 2. Avec des inégalités selon les spécialistes : 11% pour les généralistes, mais plus de 50% pour les ophtalmologues, les ORL et 85% pour les chirurgiens. Les dépassements d’honoraires atteignent 2,5 milliards d’euros par an. Mal remboursés ou non remboursés, ils aggravent le reste à charge des patients.

Une étude a été menée par l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES) à la demande du fonds de financement de la protection complémentaire de la couverture universelle du risque maladie (fonds CMU) à Paris. Le test réalisé sur un échantillon représentatif des professionnels médicaux à Paris (868 praticiens) fait apparaître que dans plus de 20% des cas, il y a eu refus d’accorder un rendez-vous, au prétexte qu’ils ne sont pas équipés d’un système permettant la lecture de la carte vitale. Quand les difficultés d’accès aux soins relèvent d’une discrimination…

La santé – la prévention

La santé relève aussi d’une politique de prévention menée de manière régulière. La prévention, c’est le suivi régulier pour certaines pathologies, mais c’est aussi la possibilité pour le médecin d’expliquer, d’accompagner. La santé, c’est donc aussi lutter contre l’isolement des personnes, pratiquer la mixité sociale, la mixité générationnelle dans les villes, les quartiers. La possibilité donnée à chacun d’une vie relationnelle, culturelle.

Santé : les réformes ont-elles forcément facilité l’accès aux soins ?

63% des Français jugent que les médecins généralistes sont mal répartis sur le territoire.
Selon les professions libérales de santé, un patient sur deux (53%) repousse certains soins pour des raisons économiques (étude commandée par Médiforce).

Nos propositions

Pour la CFDT Retraités, il faut :
- la fin du désengagement de la couverture de base assurée par la Sécurité sociale ;
- la réduction du reste à charge supporté par les malades, la suppression des franchises médicales et du forfait hospitalier, l’arrêt des déremboursements des médicaments et du transfert vers les complémentaires santé ;
- l’amélioration des aides permettant à tous, et en particulier aux retraités, d’avoir une complémentaire santé ;
- des mesures incitatives à l’égard des médecins afin de favoriser une meilleure répartition géographique des professionnels de santé ;
- le développement des services hospitaliers publics de proximité ;
- l’arrêt des dépassements d’honoraires et le respect des conventions médicales ;
- le renforcement de notre système de protection sociale solidaire par des mesures concrètes et rapides.

Marie-Solange Petit

Parole d’expert

Une profonde injustice

S’il y a une chose sur laquelle les retraités sont très mal lotis par rapport aux actifs, c’est bien l’accès aux soins. Dans la mesure où les complémentaires santé des retraités prennent une partie de la couverture santé et que les mutuelles au sens large ont le droit de faire payer le risque, elles font payer davantage les personnes âgées. Celles-ci payent 4 fois plus leurs mutuelles que les jeunes actifs. Cette injustice vient de ce que nous sommes dans le secteur marchand qui ne peut faire de l’argent que s’il sélectionne le risque.
Il y a bien une profonde injustice et un vrai problème ! Cela doit aussi se traduire par une remise en cause des dépassements d’honoraires et par un encadrement des tarifs des mutuelles au sens très large car celles qui sélectionnent le plus le risque sont les assurances privées.
Bruno Palier

42% des Français concernés auraient renoncé l’an dernier à se faire poser une prothèse dentaire. (photo : Françoise Stijepovic)