Actu revendicative


Les trois « i »


Par Michel Devacht, Secrétaire général

« Vieux, privilégiés, égoïstes ». Le titre à la Une d’un grand quotidien national (1) est sans ambiguïté. Aux yeux de l’éditorialiste, parce que nous sommes vieux nous sommes privilégiés et égoïstes !

C’est là une expression idiote, indigne et injuste selon la formule des trois « i ». Idiote car, par amalgame, elle fait des retraités les prédateurs de leurs propres enfants. Serions-nous devenus cannibales ?

Elle est aussi indigne d’une rédaction qui sait habituellement accompagner les lames de fond des sociétés françaises, européennes et mondiales plutôt que de céder à la facilité d’une formule journalistique.

Elle est enfin injuste car elle se trompe de cible. Ne faudrait-il pas élargir le regard et remonter aux causes ?

Comment ignorer, dans ce débat, le défaut de croissance ? Les jeunes d’aujourd’hui risquent en effet de connaître demain des conditions d’emploi encore plus dégradées, et après-demain, une retraite au rabais. Une génération sacrifiée donc. Mais par qui ?

Osons l’affirmer : si les jeunes d’aujourd’hui connaissent, toute leur vie durant, le libéralisme débridé, ils trinqueront, en effet, toute leur vie durant, comme génération sacrifiée... par le libéralisme débridé.

Dans les rapports que nous entendons avoir avec les générations qui nous suivent - et ce numéro en est la parfaite illustration - nous entendons substituer aux propos précédents trois autres « i ». Un premier « i » pour inconditionnel. L’homme plutôt que le marché financier ! C’est pour l’avoir trop souvent oublié que nous avons connu et connaissons encore bien des difficultés.

Le deuxième « i » pour intergénérationnel. Personne ne vit dans une bulle. Les échanges que nous pouvons avoir entre générations sont riches d’enseignements, de profits, de fécondité, de qualité. Et s’il faut parler chiffres, parlons-en. Chaque semaine, les retraités consacrent, avec bonheur, 23 millions d’heures de garde pour leurs petits-enfants. Ils facilitent ainsi l’activité professionnelle des parents. Chaque année, les transferts intergénérationnels intra familiaux seraient équivalents au montant des prestations familiales des caisses d’allocations familiales…

Le troisième « i » est celui d’infini. L’échange ne se compte pas. Il ne se monnaye pas ! Alors « vieux » certes. Mais « l’un des privilèges de la vieillesse, c’est d’avoir tous les âges » disait Victor Hugo. Privilégiés ? Quand on sait que la moyenne des pensions de retraite est de 1 200 euros par mois, on s’interroge. Et notre appartenance à la CFDT nous protège sûrement de tout égoïsme.

(1) In Le Monde 24 novembre 2011