Action internationale


Lula et la CFDT, une rencontre historique


Roger Briesch, ancien responsable du service international de la CFDT et actuel président du Comité social européen était l'un des invités de Lula lors de l'investiture de ce dernier le 1er janvier. Entretien.

Quelle est l’origine des relations entre la CFDT et le nouveau président brésilien ?

Les liens sont anciens entre la CFDT et le Brésil. La Confédération s’est engagée aux côtés des syndicalistes brésiliens dans la période noire de la dictature à la fin des années 70. Un mouvement syndical indépendant tentait alors de se constituer dans la clandestinité. Organisée sous forme de réseau, « l’opposition syndicale » se démarquait alors du syndicat officiel. Mais plutôt que demeurer en marge, certains militants, dont Lula, ont choisi de se faire élire au sein de l’organisation légale tout en contestant la ligne officielle. C’est ainsi que furent organisées les grandes grèves de la métallurgie dans l’État de Sao Paulo au début des années 80, emmenées par un leader qui n’était autre que Lula.

Quelle a été la la nature de la coopération tout au long de ces années ?

Financière, d’abord. Politique, ensuite. Nous cherchions à aider les Brésiliens à constituer un vaste mouvement de travailleurs. C’est pour cela que nous avons favorisé, avec des personnalités comme Lula, la réunion de l’opposition syndicale et les militants engagés au sein du mouvement officiel qui, pour marquer leur différence, se sont appelés « les authentiques ». C’est à la suite de rencontres avec les syndicats européens que les Brésiliens ont opéré plusieurs tentatives pour créer une confédération unique. Après de longs et difficiles débats, un congrès de syndicalistes a abouti à la constitution de la CUT. La CFDT a alors immédiatement reconnu cette organisation. Compte tenu de cette histoire, la CFDT est restée une image de référence pour la CUT. Dans le même temps, Lula quittait ses responsabilités syndicales au sein de la nouvelle confédération, pour prendre la tête d’un tout nouveau Parti des travailleurs, dont l’objectif avoué était la conquête du pouvoir.

Que t’inspirent la personnalité et le programme du nouveau président ?

Il y a de quoi être admiratif du personnage. Qu’un émigré du Nordeste, métallo de base, devienne président d’un pays de plus de 170 millions d’habitants représentant la quatrième plus grande démocratie mondiale, chapeau bas ! Quant à son programme, on ne peut que souscrire à l’objectif premier d’éradiquer la faim. Mais d’autres points sont aussi remarquables : la réduction des inégalités qui, comme le dit Lula, sont intolérables dans un pays aussi riche, la réforme agraire, l’important volet social, l’égalité homme-femme... Au plan international, il compte favoriser une solidarité latino-américaine via le Mercosur qui, à ses yeux, est l’instrument privilégié d’une plus grande intégration régionale. Les relations avec l’Union européenne seront favorisées afin de développer les relations commerciales mais aussi en raison du modèle démocratique et social que l’Union représente aux yeux des Brésiliens. Enfin, ce programme se veut réaliste et doit se concrétiser au jour le jour. Et Lula résume ce pragmatisme par la formule : « On ne peut vouloir cueillir les fruits des arbres que l’on n’a pas plantés. »

En savoir +

Roger Briesch et Denis Jacquot étaient les invités personnels de Lula lors de l’investiture. Une délégation CFDT, emmenée par Jean-François Trogrlic, se rendra au Brésil fin janvier et rencontrera le président à Brasilia au moment du Forum social de Porto Alegre. Un programme de travail entre le Comité social européen et le Brésil va se mettre en place. Brasilia envisage la constitution d’un Conseil économique et social. Des rencontres sont envisagées dès le mois de février.