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Lulu Pannecoucke bâtisseuse chez les travailleuses familiales


Lutgarde, dite « Lulu », parle comme un livre. Cette militante retraitée de Douai a de quoi raconter. « Bonne à tout faire » à 14 ans, elle construit le syndicalisme chez les travailleuses familiales et termine son parcours professionnel comme directrice d’un centre d’éducation ouvrière et populaire.

Au pays des mines, issue d’une famille ouvrière de sept enfants, Lulu arrête l’école à 14 ans. Le choix des filles est limité : ouvrière dans les filatures ou « bonne à tout à faire », Lulu trouve du travail au service d’une famille bourgeoise de la banlieue lilloise. Elle travaille sept jours sur sept et 14 heures par jour.

L’influence de son père adhérent à la CGT dans une verrerie se réveille en elle. Lulu se permet d’exprimer à ses patrons catholiques engagés et les curés qui se réunissent à la maison les conditions injustes des employées de maison. Étonnés de son courage, ils l’orientent vers la Joc (Jeunesse ouvrière chrétienne). Une équipe d’employées de maison naît. Les jeunes filles découvrent leurs droits et réagissent. Les patrons du coin s’inquiètent, défilent chez ses patrons qui, malgré cette pression, soutiennent Lulu.

Trop de choses

Pour assurer leur défense, les filles font le tour des syndicats. Seule la CFTC est prête à accueillir ces travailleuses « isolées ». Peu à peu, sa condition bascule. Lulu est sollicitée pour négocier avec le permanent syndical, la convention collective des employées de maison du Nord-Pas-de-Calais. Un accord est signé sur les jours de repos. La profession peut enfin se faire connaître et reconnaître. L’adhésion suit. Un collectif syndical prend forme.

Lulu, au bout de dix ans chez le même employeur, décide de passer du service de la bourgeoisie à celui des milieux populaires. Elle effectue une formation de travailleuse familiale. Avec le même engouement, elle contribue à la naissance du syndicat dans ce secteur professionnel encore cloisonné. Les négociations débouchent sur l’amorce du droit à la représentation collective et à la formation professionnelle. Lulu raconte : « Au début de la réunion paritaire, ma directrice commençait par pleurer. Elle trouvait qu’on réclamait trop de choses et ne voulait pas se considérer comme patronne. »

Lulu, une vie militante

La dignité ouvrière

Nouvelle expérience, à 45 ans Lulu devient permanente nationale à la fédération santé service sociaux CFDT. « Ça a été très dur au début. Écrire des articles, animer des formations, négocier…, il a fallu que je me débrouille au milieu de militants et de professionnels avertis. J’ai aussi pesé dans la fédération pour que nos métiers soient considérés autant que ceux du social ou du sanitaire. » Ses compétences en sortent renforcées, que ce soit avec les militants et responsables syndicaux ou face aux patrons et aux ministres.

Retour sur le terrain à 54 ans. Malgré son étiquette syndicale nationale, Lulu parvient à être embauchée dans le secteur à domicile, pour intervenir dans les familles les plus en difficulté. Elle regrette seulement de ne pas avoir pu réutiliser toutes ses compétences acquises. Repérée à nouveau, la région CFDT qui lui propose le poste de directrice du centre régional d’éducation ouvrière (Grefo).

Une fois à la retraite, Lulu devra trouver sa place chez les retraités CFDT. Elle n’aura de cesse de militer pendant près de 20 ans, et sept ans comme responsable de l’Union territoriale des retraités du Hainaut Avesnois et au Coderpa. À nouveau, Lulu convainc dans tous ses engagements à prendre en compte l’aide à domicile et la loi de 2002 sur les droits des usagers du médico-social.

Lulu a encore plein de récits de vie à raconter. La dignité et la solidarité ouvrière, transmises par son père, sont une fierté qu’elle continue de faire partager.

Jacques Rastoul