Action internationale


Madagascar : une crise surtout culturelle


Madagascar s'enfonce toujours un peu plus dans la crise depuis des décennies. Jacques Rastoul a pu recueillir le point de vue des Malgaches, des ONG, des religieux pour comprendre l'état du pays et les causes de la pauvreté.

Les riches sont de plus en plus riches. Les pauvres de plus en plus pauvres. La couche moyenne est en recul. Ce constat est partagé par les Malgaches et par de nombreuses ONG, comme ATD Quart Monde (1) qui sort les plus pauvres de la rue pour leur apprendre un métier et leur donner une identité.

À Madagascar, la corruption est généralisée. La population demeure vulnérable et crédule. L’exploitation par les pays riches accroît les inégalités. Cependant, pour comprendre ce qui se passe, il faut comprendre les blocages. « Ils sont avant tout culturels » souligne Sylvain Urfer, écrivain (2), chercheur et religieux (3) présent à Madagascar depuis 1974.

Un demi-siècle d’instabilité

Selon cet observateur, dans la Grande Île, on n’est pas encore sorti de la société traditionnelle. Le comportement de chacun est réglé par la coutume. Les relations interpersonnelles, les solidarités de caste et d’ethnie prennent le dessus sur le rôle de l’État. L’État n’a jamais vraiment existé. De plus, les dirigeants successifs et les fonctionnaires sont plus attachés à leur statut social qu’à la responsabilité de leur fonction.

Pour que le pays évolue, il faut que la société traditionnelle se décompose, que toutes les barrières tombent. La culture malgache ne favorise pas la responsabilité personnelle et la confiance dans l’autre. Le problème n’est donc pas qu’économique.

Pour Sylvain Urfer, tant que le citoyen malgache ne sortira pas du « henamaso » (la honte du regard de l’autre) et de la jalousie, le changement ne pourra pas s’opérer. Il s’agit à la fois de parvenir à l’expression libre des citoyens pour combattre la corruption entre Malgaches à tous les niveaux de l’échelle sociale, et donner sens au bien commun. Le changement de comportement des mères sera déterminant, surtout vis-à-vis de leurs filles, pour ne pas reproduire leurs propres situations.

Enfin, la sortie de la crise politique de 2009-2010 devra trouver une issue à un demi-siècle d’instabilité politique pour parvenir à un équilibre social et un développement économique du pays. Tous ces défis ne seront relevés ni par les investissements étrangers, ni par la compassion des humanitaires.

Jacques Rastoul

(1) www.atd-quartmonde.org/-Madagascar-.html
(2) Récents ouvrages de l’auteur : « Madagascar : une culture en péril », Ed. L’Harmattan, 2012 ; « La crise et le rebond » Ed. Foi et Justice, Tananarive, 2010.
(3) Sylvain Urfer, jésuite, a été expulsé en 2007, il y est revenu en 2009. Il a été curé d’une paroisse populaire de la capitale pendant 25 ans. Membre fondateur de l’Observatoire de la vie publique malgache, il a crée le centre Foi et Justice à Tananarive.

Madagascar : une pauvreté accrue

En 1960, une heure de travail au salaire minimum, permettait d’acheter un kilo de riz, il faut aujourd’hui près de trois fois plus de temps pour obtenir le même kilo. 10% des actifs ont un travail déclaré. Les femmes et les enfants sont surexploités. À Tananarive, 60% des tailleurs de pierres sont des femmes. Les aides ménagères occupent plus de la moitié des travailleurs, soit 52,3%. Les plus jeunes sont victimes d’un esclavage moderne.

La majorité des femmes de 18 à 60 ans, sont veuves ou abandonnées par leurs maris.

1 377 800 enfants de 7 à 17 ans sur un total de 4 204 000 enfants, sont des enfants travailleurs ! On les trouve y compris dans les carrières, les mines. Ailleurs, ils sont aussi victimes des coutumes traditionnelles (par les mariages précoces) ou soumis à l’exploitation sexuelle de la part de leurs compatriotes et des touristes.

Les salaires sont tellement faibles que nombre d’employés complètent leur revenu par le vol ou la corruption pour survivre. Le salaire minimum mensuel est autour de 30 euros.

Le droit du travail et le droit syndical existent, mais ne sont pas appliqués et applicables pour ces populations vulnérables. Près de 75% de la population vit en desous du seuil de pauvreté malgache. Toujours l’insécurité alimentaire est de mise 63% actuellement. 48% des enfants de moins de 5 ans sont malnutris.

À Madagascar, un enfant sur trois travaille. (crédit photo J. Rastoul)