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Mai 2014 : des anniversaires libérateurs mais dramatiques


Comment en ce mois de mai ne pas se souvenir qu’il y a 70 ans, la France, dans la douleur des combats et des bombardements, allait sortir du joug nazi ? Au prix de trop de souffrances pour elle et ses alliés.

Le 6 juin 44, les troupes alliées débarquaient sur les plages de Normandie. C’était le début de la libération de la France. Mais à quel prix ? Ce soir-là, 170 000 soldats alliés débarquaient en Normandie. Le 24 juin, 750 000 hommes, Américains, Britanniques, Canadiens mais aussi des Français et des Polonais, combattaient les troupes allemandes.

Le bilan de cette bataille qui a duré 85 jours fut de 37 000 tués et 172 000 blessés côté alliés, et de 50 000 morts, 80 000 blessés et 210 000 disparus côté Allemands. Mais on oublie souvent qu’un grand nombre de civils ont aussi été victimes de ces combats, et surtout des bombardements successifs pour « préparer le terrain » et déstabiliser les troupes aux ordres de Hitler.

À Caen, les bombardements ont duré 72 jours : 10 000 tonnes de bombes, 1 967 morts, une ville détruite à 80 % ! Dans le département du Calvados, on a dénombré 8 100 morts. Et 4 850 en Seine-Maritime. Globalement, toutes les villes des deux Normandies ont payé ce trop lourd tribut. Pourtant malgré ces souffrances, les Normands ont bien accueilli leurs libérateurs. Ils ont souvent hébergé et caché aviateurs et résistants.

La population à majorité ouvrière est déjà confrontée à des difficultés sociales et économiques. (crédit photo DR)

Impatience

Et les bombardements sur d’autres grandes villes ont aussi frappé les civils. Le comptage des morts à cette époque n’était pas d’une grande précision. On évoque le chiffre de près de 70 000 morts civils sous les bombes des avions alliés britanniques et américains dans la période de mai 1944. Les villes les plus touchées furent notamment Marseille, Saint-Étienne, Nantes, Lyon, Rennes, Toulon, Brest…, certaines à cause de leur proximité maritime, d’autres par leur situation stratégique et industrielle exploitée par les Allemands.

Ainsi Saint-Étienne. Le 11 novembre 1942, les forces allemandes investissent la ville. Elles y installent leurs principaux rouages administratifs et économiques. Une véritable chape de plomb pèse sur la cité. La population à majorité ouvrière est confrontée à des difficultés sociales et économiques : chômage, augmentation des prix, marché noir, malnutrition. Elle attend en 44 avec impatience le débarquement des Alliés.

Au quartier du Soleil, même les tombes ont été touchées par les bombardements alliés. (crédit photo DR)

Jamais identifiés

Mais la réussite des débarquements en Normandie et en Provence est conditionnée par le démantèlement et la désorganisation des forces allemandes. La cité stéphanoise est une cible prioritaire pour les Alliés. Elle offre une très large panoplie d’industries, textile, métallurgie, armement, mines de charbon. De ce fait, elle est dotée d’un large réseau de communication, notamment de voies ferrées.

Ce 26 mai, comme souvent, les sirènes sonnent l’alerte. Les Stéphanois sont perplexes : combien de fois se sont-ils réfugiés dans des caves, au cimetière, dans les tunnels de la mine, au point qu’ils hésitent à le faire encore ? Mais à 10 h 17, les bombardiers américains sont dans le ciel. Les bombes commencent à tomber. C’est la panique ! Un déluge de fer et de feu s’abat sur les quartiers ouvriers. Des centaines d’incendies s’allument. Pendant 18 minutes, entre 1 500 et 2 000 bombes pleuvent sur la ville. Le bilan sera lourd, car les cibles industrielles et les voies ferrées n’ont été que partiellement atteintes. Mais les habitations, hôpitaux, écoles, églises ont été plusieurs fois touchés. Au soir de ce 26 mai, on compte 987 tués, dont 129 ne seront jamais identifiés.

Des corps jamais identifiés sous les décombres. (crédit photo DR)

Georges Goubier