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Malte préside l’Union européenne


Depuis le 1er janvier et jusqu’au 30 juin 2017 la république de Malte préside l’Union européenne. C’est une première pour cet État membre l’UE depuis mai 2004. Fin janvier, le Premier ministre de Malte prononce un discours fort devant le parlement européen. L'auteur complète son article en publiant des extraits du discours.

Article complété le 29 janvier.

La cérémonie officielle d’ouverture de la présidence maltaise se déroulera le 11 janvier. Les citoyens sont annoncés comme devant être au cœur de cette présidence.

Malte est un archipel de cinq îles dans la zone centrale de la mer méditerranée, au sud de la Sicile, à l’est de la Tunisie et au nord de la Lybie.

Avec une superficie de 315 km2, la capitale est La Valette, la population est de 430.000 habitants (2015), elle représente 0,1% de la totalité de l’Union européenne et son PIB est de 8,8 milliards d’euro. Deux langues officielles sont pratiquées, le maltais et l’anglais.

Malte est membre de la zone euro depuis le 1er janvier 2008, et membre de l’espace Schengen depuis le 21 décembre 2007.

Malte en Europe

Le nombre de parlementaires européens maltais est de six. Cinq maltais siègent au Comité économique et social européen et cinq au Comité des Régions.

La Commissaire européen est Mme Karmenu Vella, chargée des questions d’environnement, des affaires maritimes et de la pêche.

Le taux de syndicalisation est relativement élevé à Malte. Près de la moitié des travailleurs est membre d’un syndicat. Les deux centrales syndicales majoritaires sont la GWU et l’UHM.

Relations financières

La contribution totale de Malte au budget européen est de 0,09 milliard d’euros, ce qui représente 1,1% du revenu national brut.

Le total des dépenses de l’UE à Malte est de 0,13 milliard d’euros, ce qui représente 1,57% du revenu national brut. L’effet solidarité joue son rôle.

La présidence maltaise s’est fixée six priorités

- Migration : application des décisions déjà prises, assurer une répartition équitable des charges migratoires,
- Marché unique : priorité au numérique,
- Sécurité : Lutte contre le terrorisme, garantir un meilleur contrôle des sorties des populations des pays tiers aux frontières extérieures de l’UE,
- Inclusion sociale : protection des minorités, lutte contre le sexisme, garantir l’accès des femmes au marché du travail,
- Politique européenne de voisinage : sensibilisation aux conflits en Lybie et en Syrie,
- Maritime : développement durable du secteur maritime.

Jean-Pierre Bobichon

Pour en savoir plus sur la présidence maltaise (en français) : www.eu2017.mt

Petit pays, grande présidence ?

Chaque État membre de l’Union européenne est à égalité de droits et de devoirs. Souvent des États membres considérés comme « petits » ont réalisé de grandes présidences comme cela a été le cas par exemple avec la Belgique, le Luxembourg ou encore les Pays Bas, certes États membres fondateurs. La situation géographique de Malte peut contribuer à jouer un rôle de « ponts » non négligeables et c’est l’occasion de découvrir d’autres cultures, d’autres réalités, d’autres populations, d’autres façons de vivre. Durant cette présidence, c’est l’occasion de vivre ensemble, encore plus que d’habitude « Unis dans la diversité »


Complément le 29 janvier 2017

Un discours que l’on n’a plus entendu depuis longtemps en Europe

Président l’Union européenne jusqu’au 30 juin prochain, Joseph Muscat, ancien parlementaire européen, Premier ministre de Malte, est intervenu devant le parlement européen. Il a été accueilli par Antonio Tajani, tout nouveau Président du Parlement européen succédant à Martin Schulz.

Il a annoncé que sous sa présidence, il compte « attirer l’attention sur six secteurs » : l’immigration, le marché unique, la sécurité, l’inclusion sociale, le voisinage européen et le secteur maritime.

« Je suis convaincu que nous devrions commencer par l’immigration », a affirmé haut et fort, J.Muscat, car « nous savons très bien qu’il existe un besoin de politique globale, qui manque depuis des années… »

Ce discours, fait du bien dans ces temps de morosité ambiante… Vous pouvez lire ci-dessous les principaux extraits sur les questions de l’immigration.

Jean-Pierre Bobichon

NB : Pour en savoir plus sur les autres aspects de ce discours novateur y compris sur l’Europe sociale : www.eu2017.mt/fr

L’argent, pas la solution

« Cela fait plus d’une décennie que la situation migratoire dans la région méditerranéenne est insoutenable. Nous étions parmi les premiers à aborder, au sein de ce Parlement, la nécessité d’un partage des responsabilités, et le fait que le fardeau de la gestion des flux ne peut tomber exclusivement sur les épaules des États membres situés en première ligne. Or, nous nous sommes retrouvés quasiment seuls, durant de nombreuses années, essayant de remédier à une situation de crise qui n’était pas de notre fait. La seule solution qui nous a été donnée, occasionnellement, a été davantage d’argent. Mais cela n’est pas une solution. »

La solidarité, une valeur européenne

« J’avoue que lorsque nous sommes parvenus l’année dernière à prendre parti au sein du Conseil sur le mécanisme de répartition proposé par la Commission, un certain nombre de voix dans mon pays m’ont expressément demandé de m’opposer à la relocalisation de migrants. « Personne ne nous a aidés quand on en a eu besoin. Nous avons déjà assez donné. Maintenant, laissez-nous nous occuper de nos propres affaires. » Je peux vous assurer que cette position aurait été très populaire au sein de la majorité silencieuse.

Au lieu de cela, nous avons choisi de faire exactement l’inverse car nous savons qu’il s’agit d’une question de principes et de crédibilité. La solidarité n’est pas une solution à la carte que nous pouvons utiliser quand nous en avons besoin, et fermer les yeux lorsque d’autres personnes sont dans le besoin. La solidarité est une valeur européenne essentielle, au cœur même de ce que les fondateurs envisageaient il y a 60 ans à Rome.

C’est ainsi que le plus petit État membre qui, au fil des ans, à part les quelques dernières années, a subi de plein fouet le fardeau de la misère humaine de la migration avec peu ou pas d’aide, s’est engagé à accueillir les demandeurs d’asile d’autres États membres en crise. Pour moi, c’est plus que suffisant pour affirmer que nos valeurs européennes et humaines sont indiscutables. »

Que chacun prenne ses responsabilités

« C’est avec regret que j’ai pu voir une minorité d’États membres s’opposer à ce système. D’autre part, nous pouvons chercher à comprendre les préoccupations et les doutes sérieux que ces États membres, voire même nos concitoyens de nos propres États membres, ont sur la façon dont l’Europe traite la question de la migration.

Nous avons opté pour une approche double, qui met l’accent sur la gestion efficace de nos frontières tout en tentant de progresser sur la répartition équitable des responsabilités, et, pour être parfaitement clair, de ce fardeau étant donné que nous sommes habitués à l’appeler ainsi. La bonne gestion de nos terres et, plus problématique, celle des frontières maritimes, fait partie intégrante de notre approche à l’égard de la révision du règlement de Dublin, qui doit être une solution réaliste et ambitieuse ».

Doit-on fermer les frontières oui ou non ?

« La dernière crise majeure que nous avons connu à pris l’Europe au dépourvu, également car la situation était rendue encore plus critique par nos propres procédures et systèmes européens inadéquats et datés. En effet, ces carences ont été exposées dans leur intégralité. Tout ceci a conduit à des tensions sur plusieurs approches. Doit-on fermer les frontières, Oui ou non ?

À la fin, la seule façon dont le flux a été endigué a été par le biais d’un accord avec la Turquie. Nous savons tous que cette solution n’est pas parfaite et qu’il ne s’agit pas d’une solution à long terme, mais c’est seulement cela qui, jusqu’à présent, a fait une certaine différence. »

« L’Europe ne peut plus se retrouver dans une telle situation. Au printemps prochain, l’Europe devra faire face à un afflux massif de migrants à travers la Méditerranée centrale. Il va sans dire que la composition, l’origine et les raisons pour lesquelles ces personnes acceptent de subir le voyage le plus dangereux de leur vie à travers une mer mortelle, est différente de celle des réfugiés principalement syriens traversant la mer Égée.

Nous savons tous que les pays du littoral méridional de la Méditerranée centrale sont différents à bien des égards de la Turquie. Toutefois, selon moi, il ne fait aucun doute que l’Europe devra faire face à une importante crise migratoire sauf si l’accord avec la Turquie est reproduit en Méditerranée centrale. Permettez-moi de ne pas mâcher mes mots. Je ne vois vraiment pas la façon dont un État membre peut gérer ou absorber cette nouvelle vague. Ainsi, l’essentiel des principes fondamentaux de l’Union européenne passera un test sérieux si nous n’agissons pas dès maintenant. »

« Je veux également être très clair sur ce que j’entends par reproduction de l’accord avec la Turquie. Je veux dire, ce qui est le plus important, est de démanteler le modèle économique des groupes criminels qui ratissent des millions d’euros de cette entreprise inhumaine. Je crois qu’un message politique fort est nécessaire à ce stade. Et si je dis que nous parviendrons à un accord dans ce domaine, nous devrions alors, en tant qu’Union européenne, organiser des passages et des couloirs sûrs pour les humains qui permettraient d’accueillir des demandeurs d’asile reconnus en Europe en toute sécurité. »

Le 3 février à Malte

Un dernier point sur la migration. Je n’ai aucun doute que si nous ne sommes pas prêts à prendre de telles mesures audacieuses, nous serions amenés à prendre des mesures encore plus drastiques dans les mois à venir, et ces décisions seraient dirigées par des personnes qui ne portent pas le projet européen dans leur cœur. C’est une question que nous avons l’intention d’aborder directement au cours de la réunion des chefs d’État ou de gouvernement à Malte le 4 février. »