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Marie-Paule Brisciano, visiteuse à la prison de Fresnes


En mars 2015 la France compte 66 434 personnes écrouées et détenues, pour 57 856 places. La population carcérale fait partie de notre société. Mais les détenus en sont séparés. De nombreux détenus vivent isolés, sans contact avec l’extérieur. Le visiteur de prison apporte un peu d’air de l’extérieur. Mais il a surtout un rôle d’écoute.

Au moment de prendre ma retraite, j’ai pris contact avec l’Association nationale des visiteurs de prison (ANVP). Un visiteur de prison s’engage à des visites régulières, en général une fois par semaine, et à une grande discrétion. En trois ans, j’ai « visité » plus d’une dizaine de détenus, condamnés à de courtes ou de longues peines avant pour ces derniers d’être transférés dans une centrale. À Fresnes, on voit surtout des personnes en détention provisoire, qui attendent leur avocat, leur mise en liberté conditionnelle, leur jugement, qui attendent…

Formalités d’entrée, contrôle de carte d’autorisation, passage de portique, inscription dans les registres, passage des grilles… le chemin du visiteur est long au Grand Quartier (maison d’arrêt des hommes). Dans les couloirs, du bruit, des cris incessants. Le Grand Quartier renferme plus de deux mille détenus. Un chiffre qui a augmenté depuis la fermeture de la prison de la Santé. La prison est surpeuplée et les incidents sont fréquents. Toute cette atmosphère est oppressante.

Nous nous retrouvons, visiteur et détenu, dans un petit parloir avec une table et deux chaises, face à face, porte vitrée fermée. La durée de la visite n’est pas limitée. Les sujets de conversation sont aussi variables que les détenus et visiteurs sont différents. Je suis d’abord là pour écouter. Il faut savoir entendre la souffrance, le stress, l’angoisse, l’incompréhension que cachent les silences.

Deux portables

Certains me disent pourquoi ils sont là. D’autres ne le disent jamais. Je n’ai pas besoin de savoir. Les détenus parlent beaucoup de leur famille. Avec comme personnage central leur mère, soit parce qu’elle est loin, soit parce qu’ils s’inquiètent pour elle, mais aussi des fois parce qu’elle est à l’origine de leur histoire compliquée. C’est aussi très souvent la mère qui vient les voir, qui fait parfois un long chemin pour trois quarts d’heure de parloir. Certains détenus parlent de leurs enfants, plus rarement de leur femme ou compagne. Les victimes ne sont pas non plus au cœur de nos entretiens. Je ne saurais pas dire si c’est à cause d’un sentiment de culpabilité, par pudeur, par honte ou par indifférence.

Et puis il y a le pays, ce pays si loin, si beau ! Un jour j’ai amené une mappemonde et avec R. j’ai regardé où se situait son pays, sa ville et le chemin qu’il avait parcouru pour venir en Europe. Chaque semaine, il me parle de sa famille, des coutumes, des paysages. Il me dit qu’il en rêve tout le temps, qu’il veut rentrer dans son pays. Son avocat commis d’office ne vient pas le voir. Il a le vide devant lui.

Souvent, à la libération du détenu, nos relations cessent. Un jeune dont j’étais « presque la grand-mère » m’a laissé un mot très touchant et deux numéros de portable qui ne répondront jamais !

J’écoute des histoires de vie qui ont mal commencé. D’où peut venir la force pour recommencer une nouvelle vie ? Beaucoup ont besoin de pouvoir croire de nouveau en eux-mêmes, Certes, il y a en prison des possibilités de se former, de faire du sport, d’avoir une activité artistique. Mais les places sont rares. Certains détenus arrivent à acquérir de nouvelles connaissances.

Pour tout citoyen, détenu ou pas, les lieux privatifs de liberté doivent rester des lieux où la dignité de l’homme est respectée, où l’espoir a sa place. Les prisons sont des lieux d’exécution de peines certes, mais aussi des lieux de réinsertion.
Marie-Paule Brisciano

L’association nationale des visiteurs de prison (ANVP)

Créée en 1932, l’ANVP a été reconnue d’utilité publique le 9 mai 1951. Son objet, depuis l’origine, est l’aide morale et matérielle aux personnes détenues et à leurs familles et le soutien pour la réussite du retour à une vie libre.
L’association accueille et accompagne les 15 000 visiteurs qu’elle rassemble. Elle leur propose des formations et des groupes de parole. Un code de déontologie définit les valeurs fondamentales qui portent l’action des visiteurs de prison adhérents à l’ANVP.
Site : www.anvp.org

Marie-Paule Brisciano : « Il faut savoir entendre la souffrance, le stress, l’angoisse que cachent les silences. » (photo DR)