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Médecine générale et spécialistes : accès encore fonctionnel mais tensions croissantes


L’accès aux soins tient encore, mais les tensions montent. Si les médecins restent globalement accessibles, les délais s’allongent, les inégalités territoriales se creusent et le renoncement aux soins progresse. C'est ce que démontre une grande enquête publiée par la Fondation Jean Jaurès.

L’accès aux soins tient encore, mais les tensions montent. Si les médecins restent globalement accessibles, les délais s’allongent, les inégalités territoriales se creusent et le renoncement aux soins progresse.

La qualité du système de santé français reste reconnue, mais son organisation et son accessibilité posent un défi central : garantir aux patients un accès aux soins au bon moment. Pour y répondre, il faut dépasser les perceptions et s’appuyer sur des outils de pilotage fondés sur un diagnostic précis. C’est l’objectif du rapport « Cartes de France 2026 de l’accès aux soins », publié par la Fondation Jean-Jaurès et Doctolib, à partir de statistiques analysées par Joy Raynaud, qui éclairent l’état actuel de l’accès aux soins en France.

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Médecins généralistes : les délais s’allongent

En 2025, l’accès aux médecins généralistes en France reste globalement rapide avec un délai médian de 3 jours pour obtenir un rendez-vous via Doctolib, illustrant un premier recours encore fonctionnel à l’échelle nationale. La majorité des départements (78 %) enregistrent des délais compris entre 1 et 5 jours, et seulement une minorité dépasse 8 jours. Toutefois, cette stabilité nationale masque des dynamiques territoriales contrastées et une dégradation progressive : près de 47 % des départements voient leurs délais s’allonger entre 2023 et 2025, tandis que seulement 4 % enregistrent une amélioration.

La carte départementale (ci-dessous) révèle que les écarts ne suivent pas une simple opposition entre zones urbaines et rurales. Des départements du centre (Yonne, Cher, Nièvre) et des Alpes-de-Haute-Provence présentent des délais plus élevés, alors que le sud de la façade atlantique et l’Ouest francilien bénéficient de délais plus courts. Ces variations reflètent des facteurs locaux complexes : démographie médicale, organisation des cabinets, coordination des soins et conditions d’exercice.

Médecins spécialistes : des délais plus longs

Pour les médecins spécialistes, les délais sont plus contrastés et souvent plus longs, reflétant des tensions structurelles fortes. En cardiologie, le délai médian atteint 42 jours, et en dermatologie 32 jours, dépassant largement le seuil de trois semaines considéré comme acceptable pour une consultation spécialisée. L’ophtalmologie (21 jours) et la gynécologie (19 jours) montrent des délais modérés, tandis que la psychiatrie (15 jours) se distingue par une grande variabilité sans corrélation avec la densité médicale.

L’étude révèle des écarts départementaux spectaculaires :

  • Cardiologie : de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers (un rapport de 1 à 10)
  • Ophtalmologie : 5 jours en Seine-Saint-Denis contre 153 jours dans le Gers (1 à 30)
  • Dermatologie : 7 jours en Savoie, mais 90 jours dans l’Aisne.

L’Île-de-France reste la région la mieux lotie, avec les délais les plus courts pour presque toutes les spécialités. À l’inverse, l’Occitanie, la vallée du Rhône et le Grand Ouest concentrent les tensions les plus fortes, notamment en cardiologie et ophtalmologie.

Ces différences soulignent que l’organisation et la coordination entre professionnels jouent un rôle crucial : certaines spécialités ont amélioré leur accès via le travail aidé, la télé-expertise ou la mise en place d’équipes spécialisées, tandis que d’autres restent sous forte tension.

Renoncement aux soins, un phénomène massif et sous-estimé

Les délais ne racontent qu’une partie de l’histoire. 63 % des patients déclarent avoir renoncé à chercher un rendez-vous en 2025, selon l’enquête complémentaire menée auprès de 8 000 personnes. Contre toute attente, ce ne sont pas les plus précaires qui renoncent le plus : les cadres (71 %) sont en tête devant les ouvriers (63 %). Le taux de renoncement passe de 75 % chez les 25-34 ans à 43 % chez les 65-74 ans. Les 75 ans et plus affichent un taux de 44 %, proche de celui des 65-74 ans, confirmant l’effet protecteur de la flexibilité horaire des retraités.

Autre chiffre frappant : 23 % des patients se sont rendus aux urgences faute de rendez-vous disponible, tandis que 20 % les ont évitées grâce à la prise de rendez-vous en ligne. Un paradoxe qui souligne l’impact des outils numériques (comme Doctolib) sur la régulation des flux.

La pérennité de l’accès aux soins en cause

Pour les auteurs de l’enquête, le constat est clair : la médecine générale et les spécialistes constituent ensemble le socle de l’accès aux soins, mais les pressions démographiques et territoriales, combinées à la croissance des besoins, mettent en évidence la nécessité de leviers organisationnels et numériques.

Les assistants médicaux, les équipes pluriprofessionnelles et la téléconsultation sont essentiels pour préserver l’accès et limiter la saturation des agendas. En somme, ils estiment que, si le système tient encore, cette stabilité globale apparente cache une fragilisation diffuse.