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Michel Thivent ou Titi « tête de l’art »


Rien a priori ne prédestinait Michel Thivent, dit « Titi », au syndicalisme. En effet, très tôt, ce jeune menuisier s’engage pour cinq années d’armée. Une période de son propre aveu marquée d’un parti pris antisyndical. Et puis, au sortir de l’armée, la découverte d’une autre réalité fait son œuvre.

Lui se définit comme « cabochon », « tête de lard »… Il sait rapidement mettre sa gouaille bressane et sa détermination au service de ses collègues, à la préfecture de l’Ain d’abord, puis vers les « interco » du département. Et c’est dans les valeurs de la CFDT qu’il se reconnaît spontanément. Une fidélité indéfectible où il alterne responsabilités professionnelles et interprofessionnelles, notamment au sein de son Union départementale CFDT.

Embauché fin 1967 à la préfecture, il prend ses premières responsabilités au début des années 70 et devient secrétaire de la section de l’Ain. Et lorsque la confédération met en place en 1974 la fédération interco et les syndicats départementaux, il est le secrétaire de son syndicat, s’attachant prioritairement au développement.

Sa façon de voler au service des adhérents fait merveille. Son truc ? Les impliquer dans toute action : « Les adhérents, on est là pour les aider, pas pour les remplacer, et le résultat s’obtient ensemble. » Son sens du concret paie et le résultat ne se fait pas attendre, le syndicat passant en 25 ans de 100 à 1 000 adhérents.

Mais voilà, après trente années de militantisme, l’heure de la retraite sonne, il prépare la relève et c’est décidé, il va se reposer. C’est sûr, il ne « repiquera » pas chez les retraités !

À livre ouvert

C’est à ce moment qu’un virus l’atteint, tout à fait inattendu, celui de l’écriture. Et notre homme se métamorphose en poète et fabuliste. Dans un premier temps, il diffuse ses premiers textes discrètement autour de lui. Et puis, comme « les gens aimaient bien », deux albums sont nés, pleins de textes émouvants et joliment illustrés, fruits d’une belle collaboration avec deux peintres et un dessinateur.

Le début d’une autre vie déconnectée de la première, direz-vous ? Eh bien pas du tout, car c’est dans son passé et notamment son passé syndical que notre poète puise son inspiration. Sa famille, son engagement, sa vision du monde sont pour lui des sources inépuisables.

Le poète se double d’un facétieux fabuliste, qui jette un regard à la fois tendre et ironique sur le monde. Des fables « en aucun cas faites pour donner des leçons, mais pour inciter à la réflexion ». Au final, un art maîtrisé qu’il dit devoir à son parcours syndical : « Je n’aurais jamais écrit si je n’avais pas été syndicaliste, cela m’a apporté compétence et inspiration. »

Lié au terroir

Sa tranquillité de retraité ne va pas durer bien longtemps. Très vite, il est sollicité pour assumer la responsabilité de la CFDT Retraités de l’Ain car, on l’aura bien compris, Michel a toute une vie solidement ancrée dans le terroir bressan. Son parcours d’engagement se poursuit donc chez les retraités, où il s’impliquera au sein de l’Union régionale retraités de Rhône-Alpes dont il sera à un moment secrétaire général adjoint.

Son passage à la tête de l’union des retraités de l’Ain durera 14 ans. Des années elles aussi placées au service de l’humain, au cœur d’une CFDT bien présente dans le département et la région.

Cette année, « Titi » a décidé de raccrocher, au grand dam de ses camarades. Une nouvelle page tournée dans une vie d’ores et déjà bien remplie et dont l’histoire va se poursuivre intensément. 44 années d’un engagement sans faille, célébrées lors d’une soirée concoctée par ses amis en mai dernier.

Jean-Paul Rueff

Les étonnnants chemins du syndicalisme conduiront Michel de la menuiserie à la poésie.