Notre activité


Mutisme et autoritarisme au travail, c’est fini !


Avec « Parlons travail », la CFDT a voulu redonner la parole aux travailleurs sur leur relation au travail. Plus de 200 000 personnes ont répondu à l’enquête, pour un total de 20,4 millions de réponses apportées aux 172 questions de l’enquête.

Il n’est pas sûr que les candidats à l’élection présidentielle présents ou représentés lors de la publication des résultats de « Parlons travail » aient pris le temps d’analyser les résultats. Mais pour Hervé Lanouzière, directeur général de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), les réponses « constituent un matériau extraordinaire, y compris à l’échelle européenne ».

Sans catastrophisme ni angélisme, les relations au travail empruntent des expressions nouvelles. 77 % des répondants aiment leur travail. 57 % se disent globalement fiers de ce qu’ils font. Et même si 81 % travaillent avant tout pour subvenir à leurs besoins, l’engagement au travail dépasse la contrepartie financière.
Le travail n’est pas non plus la guerre entre collègues. 67 % des répondants affirment s’entraider. Pour 79 %, il suffit d’un collègue sympa pour rendre le travail agréable. À l’inverse, un collègue pénible peut rendre le travail invivable pour 86 % des répondants.

Violence

Mais les difficultés sont aussi nombreuses et les attentes variées. 35 % des répondants considèrent que leur travail nuit à leur santé. Les ouvriers, employés, ou les personnes gagnant moins de 1 500 euros sont environ 40 % à dire que le travail les délabre. 36 % déclarent avoir fait un burn-out. Et 34 % dorment mal à cause de leur travail. De fait, 34 % affirment que leur travail est pénible. Pour 97 % des personnes interrogées, il est juste de tenir compte de la pénibilité du travail dans le calcul de la retraite.

Les résultats de l’enquête sont sans appel : le manque d’autonomie est la seconde source de mal-être. Les travailleurs sont nombreux à réclamer davantage de marge de manœuvre pour organiser leur activité. 74 % des répondants préféreraient plus d’autonomie à plus d’encadrement. 40 % ont l’impression de passer plus de temps à rendre des comptes qu’à travailler. Il n’y a pas de bonne qualité de vie au travail sans marge de manœuvre pour bien faire son travail. Le mode de management est pointé du doigt. 51 % des répondants disent ne pas pouvoir compter sur l’aide de leur supérieur. Et 32 % reconnaissent avoir déjà eu envie d’être physiquement violent envers lui. Les managers semblent souffrir des mêmes difficultés que les autres catégories sociales. Eux-mêmes regrettent une marge de manœuvre beaucoup trop faible. 68 % des cadres doivent composer avec un niveau d’autonomie inférieur à la normale.

Des mots. Du sens

42 % des répondants estiment que la durée légale du temps de travail n’est pas LE problème. Jusqu’à 39 heures par semaine, ils sont plus de 65 % à estimer que leurs horaires s’accordent bien avec leur vie personnelle. Entre 40 et 47 heures, ils ne sont plus que 50 %. Et moins de 30 % au-delà de 48 heures hebdomadaires.

Par contre, le temps est venu de partager le pouvoir dans l’entreprise, et non plus seulement les richesses qu’elle crée. 73 % des répondants veulent participer davantage aux décisions importantes qui affectent leur entreprise ou administration. 73 % estiment que les salariés sont souvent plus lucides sur la réalité de l’entreprise que la plupart de ses dirigeants. 79 % aimeraient que leur entreprise ou administration ait un fonctionnement plus démocratique.

Les gens veulent s’exprimer, avoir leur mot à dire, être utile, avoir du sens. Ceux qui souffrent au travail sont ceux qui disent n’avoir aucune liberté pour l’organiser, aucun espace pour s’exprimer, aucun sens à leur activité. « Il y a encore du chemin avant que le monde du travail soit réellement respecté ! », a conclu Laurent Berger lors de cette présentation.

Daniel Druesne

36 % des salariés les plus exposés déclarent avoir fait un burn out.