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Nicole Bénévise, infirmière retraitée volontaire pour la « réa »


À la retraite depuis trois ans, Nicole Bénévise, fait spontanément acte de candidature pour la réserve sanitaire fin mars 2020. Déterminée dans son engagement, elle suit une remise à niveau puis plonge dans l’univers clos de la réanimation à l’hôpital Bichat de Paris.

Pourquoi t’es-tu portée volontaire pour lutter contre le Covid-19 ?

J’aime la vie, les gens, j’ai un esprit de solidarité. Dès l’arrivée du Covid-19 et de l’appel au secours des services de santé, je me suis dit : « Si je peux faire quelque chose, apporter mon concours, aider des équipes… »

En tant qu’ancienne infirmière, tu as été accueillie à bras ouverts !

Je me suis inscrite sur trois plateformes. Les réponses ont été rapides mais négatives. Pour l’une, j’étais retraitée, pour l’autre, retraitée depuis plus de cinq mois et pour la troisième, je n’appartenais pas à l’ordre des infirmiers.

Quelques jours après, j’ai eu connaissance d’une autre plateforme. Prévue pour traiter par téléphone les patients atteints du Covid-19, elle s’était enrichie d’un volet recrutement. J’ai déposé mon CV : 25 ans à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), dix ans en « réa ». Très rapidement, la directrice des ressources humaines de l’AP-HP m’a appelée : « Vous nous intéressez ! » Je m’assure que je disposerai des moyens de protection. Quelques jours plus tard, j’étais en formation au Centre hospitalier universitaire de Bichat afin de rejoindre un service de réanimation.

Comment s’est déroulée cette formation ?

Une journée de formation avec d’autres soignants venant d’hôpitaux d’Île-de-France. Après une remise à niveau sur le service réanimation (cela faisait 18 ans que je n’avais pas pratiqué), nous avons été informés et formés aux particularités du Covid-19. À la fin de la journée de formation, visite du service : une salle de réveil transformée en « réa Covid-19 » avec douze lits.

Tu prends tes fonctions au service réanimation de Bichat. Que découvres-tu ?

J’ai commencé au moment de l’occupation maximale des lits de réa. J’ai été très bien accueillie. Je me suis retrouvée avec des infirmières qui n’exercent pas en réanimation. Il y avait des renforts Covid venant d’Île-de-France, du public et du privé, des médecins anesthésistes de Bordeaux, puis de Rouen.

Dans la salle, les douze lits étaient disposés en U sans séparation. Les patients, plongés dans un coma artificiel, étaient raccordés à des colonnes de seringues et de respirateurs artificiels. C’était presque un spectacle de science-fiction. Au départ ce fut « lourd » avec en plus douze heures non-stop. Mais, à ma grande surprise, les gestes sont revenus automatiquement. Je ne les avais pas oubliés.

Que retiens-tu de ces semaines passées en réanimation ?

Ce fut une expérience exceptionnelle. Il y avait une forte solidarité. La hiérarchie avait disparu. Tout cela rendait les soignants plus efficaces. J’ai mesuré combien c’était dur de s’occuper de patients qui ressemblaient à des objets immobiles, inertes, intubés et ventilés, avec le sentiment qu’on ne voyait pas d’amélioration jour après jour malgré les traitements. Certains étaient là depuis près de quatre semaines, ce qui est plutôt long en réanimation. On travaillait dans un univers clos, les familles des patients ne pouvant pas venir les voir.

On soigne des patients qui approchent la mort et on se demande : « Quel est le sens de tout cela, cela va-t-il servir à quelque chose ? N’est-ce pas de l’acharnement thérapeutique ? » Bien que professionnelle, on ne s’habitue jamais à une telle charge mentale. Mais en même temps, il faut garder espoir, certains patients en sont sortis guéris. On est là pour leur donner un souffle de vie.

Propos recueillis par Jean-Pierre Druelle

Nicole Bénévise