Stats et études


Non à l’Europe allemande


Ulrich Beck est un sociologue allemand réputé, auteur notamment de la « Société du risque ». Son livre est critique à l’égard des eurosceptiques et de la politique européenne menée par Angela Merkel. Il la qualifie de « Merkiavel » (en référence à Machiavel : 1469-1527 auteur d’un livre cynique sur l’optimisation du pouvoir : « Le Prince »).

Reprenant ses analyses de la société du risque, l’auteur indique que les événements marquants de ces dernières décennies - catastrophe de Tchernobyl ; effondrement de l’Union soviétique ; crise financière et crise de l’euro - ont deux caractéristiques communes : ils étaient inimaginables et sont dans leur forme comme dans leurs conséquences des phénomènes globaux.

Sur l’Europe, Beck poursuit : « beaucoup de choses pourraient être plus simples si les gens, les parties prenantes et les politiques abandonnaient l’idée de la souveraineté nationale et comprenaient qu’ils ne retrouveront une souveraineté qu’à l’échelle européenne sur la base de la coopération, de la concertation et de la négociation ».

Concernant la place de l’Allemagne, il invente l’expression de « Merkiavel » pour signifier que Merkel a su utiliser l’occasion (la crise) pour transformer le rapport de force en Europe au profit de l’Allemagne avec comme méthode l’hésitation. Il décrit le penchant de cette dirigeante à ne pas agir et sa propension à tergiverser.

Le « merkiavélisme » est définit à travers quatre composantes : combiner souverainisme et construction de l’Europe ; l’art de la tergiversation comme disciplinaire ; le primat de l’éligibilité nationale et la culture allemande de stabilité se renforcent les unes les autres et sont alors au cœur de « l’Europe allemande ».

L’auteur souhaite que naisse une nouvelle confiance dans l’Europe basée sur quatre principes : le principe de « fair-play » ; le principe d’équilibrage entre les grands et les petits États ; le principe de réconciliation (il faut évacuer les accusations et les humiliations) ; le principe d’opposition à l’exploitation (des garanties institutionnelles doivent empêcher les pays les plus puissants d’exploiter à leur profit les faiblesses des autres).

Pour terminer Ulrich Beck appelle de ses vœux un contrat social pour l’Europe. Il considère que la vision institutionnelle de l’UE doit être complétée afin de prendre en compte l’individu : la « génération Erasmus » est mise en avant. Il faut nous poser la question de la démocratie du point de vue des individus « d’en bas »… Nous avons besoin d’une campagne d’alphabétisation interculturelle à l’échelle de l’Europe ».

Un livre clair, critique sur la posture prise par l’Allemagne et Angela Merkel. L’auteur profondément européen est ouvert à l’autre, aux autres. Il s’agit d’un livre stimulant de réflexion : « à mettre entre toutes les mains » !

Jean-Pierre Moussy

Auteur : le sociologue allemand Ulrich Beck
Éditeur : Autrement, 150 pages, 12 €